‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 4 sur 72 · DE I-A PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE I-A PREMIÈRE ÉDITION

HOBERT BniINg (1).

Qnand j'intitulai mon oavrage sur l'Angleterre et l'Ecosse « Voyage historique et littéraire , » j'avais l'arriére-pensée d'y ratlacber eo forme d'épisode quelque chronique empruntécà l'bistoire, qui me donnât l'occasion de rappeler les traits les plus saillants des annales des deus royaumes. Un roman de Wilter Scori entre nécessairement dans la bibliothéqne portative de toat voyageur eu Ecosse, comme auxiliaire dn Guide obligé. Je portais avec moi Waveblbt, auquel je m'étais engagé à joindre une espèce de com< mentaire qui a paru depuis. Mon attention se fixa donc tout natn- Tellement sur le principal personnage historique du livre , le prince CButLES-ÉDODABii. Telle fut la première pe^ée des deui volomes quejepoblieaujourd'hui,etqui, dans l'origiae, ne devaient former que la moitié, tout au plus, du tome quatrième de mou Voiage. Hais je vis peu à peu grandir mon sujet; l'histoire de Charles- Edouard , à intéressante par elle-même, se liait à celle des rois de sa race,' et l'histoire des rois du nom de Stuart à celle des deux pays qu'ils réunirent s^vs un même sceptre ; c'est-à-dire qu'un détail en appelait nn autre , et nous aimons maintenant les détails. Je m'étonne aujourd'hui encore de m'étre tenu dans les limites de

(I) «SraART, nom jadi» respecté, nom que tout cour loyal devail aimer, nom nésMgt et méprisé aujoard'liul. »

dt,Googlc

2 AVAItT-PBOPOS.

deus volumes, qaand je laisse dans le carton de mes matériaux tBDt de débris de notes, tant d'extraits , tant de descriptions de liens, etc. Le leclmr, qni me tronvera encore trop long, sera dn moins pins indulgent quand il saura que je pouvais l'être bien davantage.

Un sujet historiqae dont l'idée première a été prise dans on roman , une histoire qui avait même été étudiée d'abord sons son aspect romanesque, voilà unebriginc qui mettra peut-être en déflaoce cens qui penseront qu'il y a d'ailleurs dans mon livre une sympathie assez prononcée pour le héros. L'impartialité est certes la qualité essentielle de l'historien ; cependaut l'aime 6 croire que ce qu'on pourrait appeler ma partialité pour Charles-Edouard n'est heureusement que l'amonr de mon sujet , parce que j'ai encore plur redouté d'être froid qne d'être partial. H. Coosin pourrait me reprocher de n'avoir pas eu une foi assez vive à la moralité de la victoire; M. Thierry du moins m'approuvera, j'espère, de n'avoir pas dissimulé ma sympathie pour les vaincus. Si j'avais altéré un 7ait , dans l'un comme dans l'autre système , je ne serais pas aussi rassuré sur cette question de critique. Je relis donc sans trop d'inquiétude une des lettres démon Voyage, résnmêe par ces mots du sommaire : « L'aoteurse déclare jacobile en entrant en Ecosse. >

Ce jacobitisme relatif s'efface même complètement dans tout ce qui tient aux principes gËnéranx de la politique ; il ne m'a pas été âifllcite de le concilier avec ce qu'on appelle les idées libérales, sans qu'on puisse m'accnser d'être en contradiction avec moi-même : cela tient un peu , je pense , à ce qne je suis d'une ville où il y a un petit levain de républicanisme au fond de nos principes les plus monarchiques ; on plutdt n'est-ce pas là où en sont arrivées dans tonte la France les nuances d'opinion par la pente naturelle du siéde? La révolution nous a imposé à tous sou baptême de saag (i) :

(1) M, de CbaletubriaDâ a rendu i la dyaaBtie légitime le grand atatiee de {irooTer que la liberté ne loi était nnllement ÎDCoropstible. On a dit d'un autre noNe pair que c'était le répobliuin le plos dévoué h la mODirchie ; et dam le parti uttramontain, croit-on que l'àAié de Lamenaia, qu'il faut toujours admirer, ai on ne pense pas toujours comme lui, demande la «tuverainelé absolue? N'estce pas lui qui a dit : « Là [où est respril de Diett , là est la liberté. Pour constituer nue société parfaite, il fïut ne reconnaître de souveraineté abtoltie et

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AVANT-PBOPOS. S

sonsangoaTeramnent représentatif, iln'y aphis dediscassiOD qae sur le pins ou moJDS de liberté dont nons sommes m droitde jouir j la légilimité elle-même a en besoin d'nne charte qui consacrât en même temps les drqits du peuple et ceux du monarque; car lorsque la royanté a retrouvé ses sujets en France , c'est qu'ils étaient fatigaés des excès d'un gouTernement absolu. — Après cette déclaration francbe de principes, je puis dire que si, dans mon onvrage, je n'ai pas cberché les allusions , je ne me suis nuliemrat cru cAAigi de les éluder. J'en ai même franchement sigudé qndqnes-unes par une application directe, ponr aller au-devant de toute interprétation jésuitique. Vn assez long extrait de mon ÇHiBLES-ËDOOian a été publié en 1836, et cette date prouve que je me suis occnpé des Stnarls longtemps avant que le nouveau mioittëre en fit nn sujet de circODstance par les procès intentés récemment aux journaux (I)-

A dire vrai , l'bisloire de la dynastie malfaeorense des Stoaris occupe depuis longtemps tous nos écrivains , et si j'ai eboisi Cbarles-Édonard dans cette liste de rois et de princes, c'est parce qu'il était le seul qui n'eût pas encore servi de titre à aucun ouvrage wr les révolutions d'Angleterre, ie m'estimerai heureux si mes deqx volumes peuvent être un appendice des histoires justement eslimées deHH. Guiiot, Villemain, Mazure, Carrel, etc., etc., et do fragment éloquent intitulé • les Qcitbb Stoakts, • par H. de Chateaubriand.

Nous n'avons gu^ en France sur ChailestËdouard que le précis brillant nuds inexact de Voltaire dans son Siècle m Louis W, sonree où nos romanda^ et nos anteors dramatiques ont puisé leurs renseignements quand ik ont mis le dénier des Stuarts en scène. J'ai entendu cependant qoelques personnes citer ■ la ContinnadoB des Rétolctiohs d'Anolbtbbbi par Turpin , • et j'ai dH la lire. On critique des AacmvBatiTTËainBS db l'Edhotb (tome t")

étenteUrnnenllépUiineqa'ea'Dieaiiequi b vérité, la raison et la justice sont iMlrâtueooDskl^rtf lejMuvolr Atifnaln ou la eouTeraineté subalterne et dé< rhrée que comioe le miaistn: de Dieu, et ne possédant dès lois qu'un droit condjtianiiel;f^^<iTn«, quand il goureme selonlaraisoD, la vérité et la justice; sans autmrlté, dès qu'il la viole? »

(1} lln'ertpasaéce«eaire,je peese, derappder que ceci A»it imprimé quelqaeB noit avant jaillet 1830. (Mon dj

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4 avaut-piopos.

iraileH. TurpiD*cl'aulenrraméligiie. • C'était tootbonnemeat, à

ce qu'il paraît, on antear miDÎsIériel i car c'est lai qaî disait i H. de Boynes, miDisIrede la marine, daju une dédicace de l'Uistorb DE SiAv : ■ Je sois daDs l'habitude de chérir et de inspecter les minislres qui tous ont précédé , etc. • Sous le rapport du talent , La Harpe appelle M. Tnrpio ud phrasier; et certes La Harpe a raisoD. Jamais on n'abusa de la phrase comme ce paufre H. Turpo. Une manque pas d'une certaine chaleur factice ; ses décbunationa ont quelquefois ud air de yerve ; mais il est impossible d'être à la fois plus emphatiqne et plus incorrect que cet écrivain; et quant à sa Continuation des RÉvoLunoNS D'AnsiCTEiBB , le critique des Archives a bien raison de dire que rien n'est plus ridicule que cette rapsodie , où qnelqoes faits puisés à une source authentique sont travestis par le mélange des notions les plis fausses en style burlesque, où, d'au livre à su antre, les discours les plus contradictoires sont prêtés au même personnage, où les conclusioas les pins absurdes sont déduites des événements les plus simples. L'orthographe des noms est étrangement défigurée parM. Tnrpin. Par exnnple, ks Grants de Glenmoriston deviennent des ^uds de Glenmoriston ; mais c'est U «a moindre peccadille : on va juger de son talent à broder un fait et en inventer un autre. Non content àa créer en Angleterre et en Ëcœse des villes qui ne furent jamais ni snr le sol ni sur la carte, H. Turpin a grossi l'armé» de Charies- Ëdouard de deux espèces d'aniiljaires, dont j'ai, certes, r^rettëde n'avoir pu embellir moi-même mon histoire. On verra bien dans le dénombrement des forces jacobites quelques amazones ; j'en ai même fait parler une d'après une note ^ Jacobitb belics, recHjHl de poésies publié par Hogg. Hais voici les.amazones de H. Tnrpin qui méritent de passer avant les mienues :

■ Un enthousiasme héroïque avait saisi l'imaginatios des femmes

■ du Nord : la plupart furent subitement transformées en soldats

■ pour défendre leurs rochers et leurs montagnes; elles formèrent

■ une compagnie de cent trente combattants, dont la pins .Agée

■ n'avait pas encore qoarante ans. Toutes, endurcies par les tra- « vans les plus pénibles, pouvaient supporter sans effort les fatigues

■ de la guerre. Leur uniforme sauvage fusait méconnaître leur 1 sexe : au lieu de coiffes dies portaient un bonnet à la polonaise! • le reste de leur ajustement ressemblait à celui d'un courenr, ex-

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AYAKT-FB0F08. a

• cepté le jnpoD , qoi descendait plas bas, et qa'au liea de manteau,

• nae d«ni-capote les cooTrait jusqa'aux genoux. Des bâches et des

• sabres armaient leurs mains robnstes et valeureuses. Il n'y en avait

• que cinquante qui portassent des épées et des fosils : c'en était

■ les pins distingnées par leur naissance ou leur grade; leur dra-

• peau, delagrandenrd'nn parasol rond et plissé, était fait d'une

• toile bleu céleste ; on y lisait ces mots, brodés en langue vulgaire : < Pour la délivrance de rÉeoue. Cette troupe belliqueuse était

■ commandée par une fille de vingt-sept à trente ans. Ses grâces .

■ décentes et majestueuses semblaient annoncer qu'elle était née

■ poDf commander ; quoiqu'on peu bran , son teint uni et vermeil

• n'empruntait point son éclat de cet artifice dont les femmes des

• autres nations se servent pour rajeunir leur visage décrépît et

■ flétri ; c'était la beauté sortant des mains de la nature : ces dons

■ extérieurs étaient encore ennoblis par les qualités que donne une

• éducation soi^iée ; elle possédait tontes les finesses de sa langue,

• et pariait latin avec facilité. Une simplicité modeste, une pudeur

• innocente, embellissaient son front et manifestaient la pureté de

■ ses mœnrs ; ce n'était qu'à la tête de sa troupe qu'elle laissait •> Iran^frer cette fierté militaire qui assure l'autorité du coroman- •dément. Son ascendant sur l'esprit des compagnes do ses périls,

■ Tute prompte obéissance à ses ordres, semblaientdévoilerlëmys<

• tère d'une naissance illustre, qu'elle avait la discrétion de cacher, •sans doute pour ne pas compromettre sa famille; elle prenait,

■ ainn qna ses compagnes , des leçons de guerre d'officiers instmils

■ qni lui apprenaient à manœuvrer, ainsi qu'à ses compagnes; ■< mais ces officiers n'avaient aucune autorité sur sa troupe , et ue ' combattirent jamais confondus avec elle. Celte amazone moderne,

• en abordant le prince , lui adressa cette harangue :

■ Pbince,

« La sagesse et la modération font les grands hommes, et lorsque " ces deux vertus sont accompagnées de la valeur, elles eu font des

• héros: c'est à ces titres que nous vous reconnaissons pour notre " libérateur et pour un roi digne de l'être. Gémissantes dans nos

• déserts, nous formions depuis longtemps des vœux pour revoir

• nos légitimes maîtres sur le trdne où Fergus était assis du temps.

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6 AVAMT-PBOPOS.

■< d'Alexandre. L'électeur de Hanorre avait lié oos langues et nos

■ bras ; mais Dieu , qoi protège rinnoceoce , avait mis ud terme & " fesclavage des Oreadiens : les erreurs de dos pères devaioit être

• expiées après uu temps marqué daas les décrets de sa miséricorde.

• Notre pénitence sans doute est finie, puisque ce néme Dieu arme " votre bras pour nous délivrer, comme un autre juge d'Israël.

• La gloire d'opérer cette grande rëvolutioa vous était réservée. « Quel bonheur pour nous de pouvoir ajouter à notre amour une

- reconnaissance éclat^mte, saas avoir mérité vos bienhits! vtoti-

• mes de nos infidélités, c'est vous qui vous chargei d'en être l'ex- <t piateur. Sous votre régne, ta beaalé vfrtaevse n'oMra point à

• redouter les allenlats de Cimpudicité. Loin d'élre un attrait à " la licence, elle servirait d'ornement à la va^u ; sage et pu^oe, t sous vos auspices , notre sese faible et fragile s^a hoBOré , parce

■ » qa'il retrouvera des ressources contre la séduction.

- C'est dans ces heureuses espérances que nous avons pris les ar- ' mes pour avancer votre règne , pour étendre votre gloire et pour « cimenter les prospérités publiques : ces armes que nous portms , ■< et que la rouille a respectées , ne seront point déposées que bous " ne vous ayons conronné dans nos temples , au défaut de la pierre " sacrée de Fergus qu'Edouard enleva à notre nation. Mes compa-

- gués protestent de De jamais vous abandonner : toutes, émules de vos braves guerriers, sont disposées à vous suivre dans les plus " grands périls, à la honte de ces hommes dégradés qui , nés vos " sujets, trainent leurs chaînes sous un joug étranger, et se sont " rendus les esclaves et les complices d'un gouvernement impie qui

- a proscrit votre tête. Pour nous, grand prince, bous ne contrac- ' tons d'antres engagements que celui de vivre et mourir pour votre

- service. Le* hommes ne nous sont rien : nous n'ustms de nos " privilégesque pour faire notre devoir. Persuadées que Dieu vous

• protège, et qu'il vous envoie pour monter sur le tréne de vos " ancêtres, nos vœux seront comblés si nous pouvons nous associer « à la gloire de ce mémorable événement. »

« Ainsi parla celte femme guerrière, entourée de ses compagnes " armées, qui l'écontèrentavec un religieux silence. Quand elle eut

• fini sa harangue , le prince s'avança pour l'embrasser ; mais elle " le prévint, et, se jetant à ses genoux, elle lui baisa la main : il « l'admit deux fois à sa taUe, où, au milieu de l'abondance, elle

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