‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 49 sur 72 · H HISTOIRE · texte numérisé non relu

H HISTOIRE

Le tluc de Herlt,! faisait géDéralcmenl cause coinmune avec son frère, et lord Waldegrave s'appuyait du crédit de ta reine. Lord Waldegrave avait épousé une (îlle naturelle de Jaccjues, sœurde ce duc de Berwiek, qui paya par des victoires l'hospitalité de Louis XIV. Malgré «elte alliance avec la famille royïde, son iils rentra en .\ngleterre, et plus tard son petit-fds, converti à l'anglicanisme, devint l'ami de Geoi^esl^et le précepteur de son fils.

Ces quatre ftiiniatres laissaient Jacques aller en p'èterinage à l'abliaye de ta Trappe, ou écrire à l'alibé de Rancé; ils ne cessaient de parler «n son nom à Louis XIV, de solliciter en même temps -les autres souverains de l'Europe, et d'enlreterîir d'activés correspondances avec les jacobi(es et Tes mécontents d'Angleterre on d'ÉcDsse.

Si la cour des Stuarts exilés olTraît encore , dans un moindre cadre, les mêmes iîitrigues, les mêmes vices et les mêmes petitesses qui dégradaient naguère la cour de Charles 11, il faut bien reconnaître que , grâce à quelques plus nobles traditions, c'était aussi te sanctuaire des dernières vertus de l'âge chevaleresque. Tandis que de nouveaux Buckingliara rêvaient pour la restauration un nouveau ministère de cabale, d'autres seigneurs, venus en France avec Jacques, mais écartés de sa confiance, étrangers aux intrigues des ministres, ne se rendaient à la cour de Saint- Germain que de loin en loin. Prêts à tout quitter au premier signal pour la bomie cause, quelques-uns occupèrent les loisirs de l'exil en acceptant du service dans les troupes de Louis XIV ou d'autressouveraius; quelques autres même, plutôt que de aiendier l'au-

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môDe de l'émigralion, exercèrent des profeBsious qui leur ddtmaieDfc du pain. Parmi ces noms naturalisés français, et dont l'orthograpbe étrangère révèle l'origine japobile, il en est plus d'un qui ont été souvent gloriéusenrent cités dans nos annales : tels sont les Fitz-James', les 'Lally, les Walsli , les Dillon, les Bourke , etc. , que cent ans plus tard une l'évolution faillit rendre pour jamais à l'Angleterre, à l'Ecosse et à l'Irlande, comme une révolution les avait donnés à laFrance.

Entre tous les martyrs de la légitimité des Stuarts , les officiers qui avaient servi &ous Claverhouse à KiU lîecrankie méritaient particulièrement les sympalliies françaises. Environ cent cinquante de cesgentilshom- -inestprotestant contre la capitulation des montagnards, abandonnèrent leur pati-ie pour suivre la fortune de Jacques, dignes des plus beaux jours d*Atliènes et de Sparte, comme ne peut s'empêcher de le dire le whig sir John Dalryniple, qui ajoute- à cet éloge classique qu'ils étaient tous d'une naissance hoodrable, attachés à leurs .cbel», affeclioniTé^ les uns aux autres, et irréprochables e» tout, st'ee n'est sur leurs prirt' cipes politiques.

L'épisode de leurs aventures forme un tableau louchant des malheurs de l'émigration.

''rance, ces officiers écos- Àrras, et d'autres villes leur assigna des pensions des^-Mais quand les fint-presque épuisées dans "ses revei'S, on supprima ies pensions, et les réfugiés se trouvèrent, par ce retranchement, à la chaîne

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de Jacques, qui, pensionnaire lui-même de son hôte, pouvait à peine suffire à l'entretien de sa maison. lU lui demandèrent alors la permission de se former en compagnies de simples soldats, pour passer provisoirement en cette qualité au service de LAiis. Depuis le règne de Charles VIII , il y avait eu une compagnie écossaise dans les troupes de la France, compagnie renouvelée du moins par la révolution de 1649, et dont Charles II et Jacques II avaient été succesâvement capitaines. Jacques , se rappelant combien avaient souffert cent qu'il avait ainsi commandés pendant son premier exil, tenta de dissuader ces braves gentilshommes de letir.résolution. Ils persistèrent, et il céda. Ils vcAilurent être passés en revue par leur roi, avant d'être incorporés dans Tarméet française. S'étant rendus en conséquence à Saint' Germain , où ils nommèrent leurs officiers, ils eurent une audience de Jacques. Empruntant les uniformes d'un régiment français, ils vinrent te malin se range'r en bataille dans la cour du château, que le roi devait traverser pour aller à-la chasse, exercice favori des Stuarts et des Bourbons.

Jacques, au moment de monter à cheval, aperçut ces nouveaux solaats, et dèmanda'qui jk étaient, ne reconnaissant pas d'abord les gentilshommes écossais. sous leur nouveau costume. « Frappé, dit Dali^m|if , du contraste entre la frivolité du divertissement qu'il ' allai» prendre et- la misère de ceux qui «ptiC|faif)^ pour l'amour de lui, il .cof tremanda la cba^e et rentra tout pensif air diâteau.» ' . • ^ ."

Quelques jours après , H les passa en revue , les 6t manœuvrer, et leur adressa ce discours paternel :

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DE CHABLBS^MUABD.

«Mes propres infortunes me touchent moins t|ue les vàtres. Je ne saurais exprimer combien il m'est pénible de -voir tant de bmves et dignes gentilshommes, qui avaient jadis la perspective de parvenir aux premiers grades de mes armées, descendus au rang de simples soldats. Si quelque chose me fait tenir encore à la vie, c'est voire fidélité et celle de quelques-uns de mes sujets de la Grande-Bretagne, qui, forcés d'obéir au prince d'Orange, sont prêts en toute occasion à me servir ainsi que ma fanaitle. Telle est l'impression que je ressens de votre dévouement pour moi que, s'il plaît jamais à Dieu de me rétablir sur mon trône, il est impossible que je puisse oublier vbs services et vos souffrances. Il n'est aucun poste de mes armées auquel vous ne puissiez prétendre. Quant à mon fils, voire prince, il est de votre sang; il est susceptible de toute impression : élevé par vous, il ne saurait oublier voire mérile.

«D'après vos désirs, vous allez entreprendre une longue route. J'ai piîs soin que vous soyez pourvus d'argent, de souliers, de bas, et de tout ce qui peut vous être nécessaire. Craignez Dieu, aimez-vous les uns les autres. Faites-moi connattre directement vos besoins, et soyez assurés que vous trouverez toujours en moi votre roi et votre père. »

Jacques passa ensuite le long des rangs, s'arrêta devant chaque gentilhomme, les remerciant tous eu particulier, écrivit de sa main le nom de chacun sur ses tablettes , et , arrivé à la télé de la compagnie, sa-

lua le, drapeau de ces soldats fidèles , et les -bénit. Il s'éloignait, lorsque, croyant ne pas leur a\oîr encore assez accordé d'honneurs, il revint, s'inclina dp nouveau, et fondit en- larmes. , '

Les gentilshommes-écossais, vivement émus, et ne croyant pas pouvoir témoigner trop de respect à leur roi malheureux, se mirent à genoux, baissèrent la tête jusqu'à terre, dans un silence solennel; puis, se, relevant tous » la fois , ils déûlèrent en rendant à Jacques tous les faoïttieurs de la guen-e, comme daps une revue ordinaire.

Us partirent de là pour les frontières d'Espagne, précédés de la réputation de leur loyal dévouement, et accueillis partout avec cette' délicatesse d'égards dont les Français seuls, peut-être, possèdent le secret. Les femmes surtqut s'intéressaient à ces volontaires , et répandaient -volontiers dès larmes sur leurs infortunes. Quand ils eurent épuisé togles les petites ressources.de leur bourse particulière, ils mirent ^ loterie leurs bijoux et les ornements de leur ancien costume, qui étaient désormais des superfluités pour de simples soldais. Le maréchal de Noailles fut si ijontent de leur tenue qu'il leur fit présent d'une mule pour transporter leurs bagages, et qui leur fut utile quand ils franchirent les Pyrénées.-Dansles combats et dans les sièges, ils étonnèrent souvent rennemi, et méritèrent que, sur le rapport du maréchal, qui les appelait ses enfants, Louis XIV sermdit exprès. de Versailles à Saint-Germain pour remercier Jacques de leurs services.

a Ils ne désobéirent que deux fois, dit Dalrynaple: la première fois au siège de Roses, qù , attaqués par

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des fièvres épidémiques, ils reçurent ordre de quitler le camp pouf leur gaérisori. » Ils s'irritèrent de cet ordre comme ^Vin affront, disant qu'ils étaient venus pour comliaMreT çt non pour sojgner leur santé ; pour mourir y s'il le fallait, dans la tranchée, maïs noii à l'hôpital. « I^e gentilhomme est toujours gentilhomme, » remarquerez tes officiers français au sujet de celle remontrance, o il se montre tel dans le besoiû et le danger, o ■

Jacques' degianda et obtint qu'ils- serviraient sous un climaE plus sain pour eux; on les envoya dans le courant de 'l'hiver des frontières d'Espagne en Alsace. Pendant cette raat-che> aussi longue que la précédente,leur$habils tombèrent en lambeaux, et ilssouffi-irent les plus cruelles privations en traversant des provinces affligées de la disette. Quand ils eurent passé Lyon, le pays se trouva couvert de neige, et ib manquèrent souvent des choses les plus nécessaires à la vie. a Cependant on ne les entendit jamais se plaindre, excepté des souffrances de leur souverain , qui leur semblaient telles que les leurs étaient peu de chose en comparaison. » Us arrivèrent enfin à leurdestinaiion. Les Âllenrands ne les trouvèrent pas moins redoutables pendant six années que les Espagnols, et ce fut là qu'ils désobéirent pour la seconde fois. * L'eunemi, dit Dalrymple , s'était logé dans une lie sur le Rhin ; persuadé qu'on ne pouvait passer la rivière sans bateaux, on en avait commandé; la compagnie écossaise avait été mise dans un poste opposé àl'ae pour le garder jusqu'à ce que les bateaux fussent arrivés. Ces gentilshommes se rappelant comment les montagnards d'Ecosse faisaient en semblable occa-

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sioa , et s'étant assurés que le gué n'était pas impraticable, éutrèrent dans la rivière , se tenant tous par la main et formant une même ligne «avec le courant, les plus vigoureux vers sa partie supérieure , pour en rompi-e la force. En passant ainsi le gué à la vue des deux armées, leurs armes et leurs habits alléchés sur leurs épaules , ils flélogèreo t les Allemands, qui étaient dans rtle en di\ fois plus grand nombre qu'eux. » Le général français s'écria avec enthousiasme que jamais plus beau fait d'armes ne s'était vu , et J'île en a codservé le nom d'ile d'Ecosse.

A la paix de Ryswick, en 1697, Guillaume exigea, dit-on , que l'on licenciât d'abord les Écossais , qui avaient fait tant de mal aux alliés. Il y a peut-être quelque exagération dans cette assertion d'un historien leur compatriote, mais leurs exploits furent cités avec orgueil , même par les wliigs d'Ecosse. La guerre avait déjà bien réduit leur nombre; il n'en rentra que quatre dans leur pays natal , et ce fut avec l'autorisation de Jacques. Dalrymple accuse à tort les Français de n'avoir donné aucune attention à leur malheur, à leurs fatigues et à leurs services (i): ils reçurent plusieurs fois des gratifications. Dalrymple se réfute lui-même d'ailleurs, en nous disant u que les ofîiciers auxquels ils avaient sacrifié leur indépendance, et qu'ils avaient choisis pour les commander, les fraudaient de leur solde , de leurs habillements et des présents que la générosité (française) leur faisait-'» Ces vrais fils des anciens cavaliers avaient aussi leurs poètes, qui composaientleurs chants de guerre, etmê-

(i) Mèmoirei de Dalryniple, tome II, ya^ge 160.

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DB CHABLK-ÂDOUAIU). SSS

laieDt dans leurs vers les souvenirs de l'Ecosse à leur eulte pour le roi l^ttioie. 1^ plus connu fut ïe capitaine Ogilvîe, qui mourut sur les bords du Rhin. Il avait combattu à la Boyne , et la ballade suivante exprime ses derniers adieux au pays de ses pères, qu'il ne devait plus revoir :

« IT WAS a'fOR Oim RIGHTPDÙ. KING. »

■ Ce lut pour notre roi lëgîtHne*qde nous quittâmes la terre d'Écosse. Ce hit pour noire roi légitime que nous abordâmes en Irlande, — ma belle, ~- que nous abordâmes en Irlande.

a Maintenant que nous avons fait tout ce que des hommes peuvent faire, que tpui a élé.fait en vain, mon amie et ma terre natale , adifu ; car \\ the faut traverser la mer, — ma belle, -^ car il nie faut traverser la mer.

« Il se retourna du c6té de' l'Irlande, à droite et à gauche. Il donna une secousse à sa- bride, et dit: Adieu, adieu pour toujours, — ma bell«, — adiâupour toujours.

<• Le soldat revient de la guerre ; le marin, delà mer; mais moi, j'ai quitté mon amie pour ne plus la revoir, — ma belle, — pourne plus la revoir.

1 Quand le jour s'éloigne , quand la nuit est venue, et que cbacun.se livre au sommeil , je pense à celui qui est loin;j'y pense toute la nuit, et je pleure, — ma belle,— toute la nuit, et je pleure. »

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Il ne seitiit pas difficile de trouver un peodaot à l'épisode de ces braves ém^és d'Ecosse dans les aventures des ftdèles soldats de l'armée de Coudé, forcés de -vouer leurs épées nu service de l'étranger, pendant que le frère de Louis XV I, miblîé des pui«sàiices, pouvait commencer à croire qu'Hartwéll serait son dernier asile, comme Saint-Germain Cfehii de Jacques H. *

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DR CHABI.E»'6DOUAaO.

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