CHAPITRE III
Jacques 11, ayant appris que cinq des braves volontaires écossais dont on vient de lire les aventures étaient nu d, crut devoir
écrire à le i" des congés dé-
finitifs à 1 nt profiter, soit
pourreiilr étirer en France,
avec «ne ] leur faire de ses
économieG s de la royauté
héréditairi f le rude métier
de soldat, allèrent à Saml-Germain offrir au monarque déchu leurs humbles remerctments , el prendre ses ordres avant de se décider. Jacques les reçut avec celte bonté familière qui lui avait conservé tant de serviteurs fidèles^ alors que ses défauts conime roi avaient aliéné le plus grand nombre de ses courtisans et de ses sujets. Peu de jours après l'audience qu'ils obtinrent, quatre d'entre eux erraient oisivement près des grilles du palais, où était arrélé un carrosse aux armes de la Grande-Bretagne; En cet instant, un enfant de. six à sept ans allait y monter, lorsqu'il aperçut ces soldats de l'exil qui regardaient tristement la résidence accordée par Louis XIV à son
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hôte, en rêvant peut-être au palais d'HoljTOod, antique demeui-e des roïs d'Ecosse. L'enfant les i-econnut : c'était le fîls de Jacques, le prince de Galles, qui allait faire une promenade jusqu'à Marly. Au lieu de monter dans la voiture, il fît signe à ces gentilshommes d'approcher : ils s'avancèrent resftectueusement:parun mouvement spontané dé. ce royalisme de tous les temps et de tous les pays, qui a quelque chose da religieux, ils fléchirent Un genou devant leur jeune prince, et lui taisèreut les matas en versant des larmes. Avec une Sensibilité touchante, que Iç malheur donne si souvent avant fâge, l'enfant releva ces pneux dévoués, et trouva des mois heureux pour répondre à l'expression de leur amour pour sa famille. Il sut leur dire qu'il avait entendu parler de leur bravoure, et qu'il en avait été fier; il avait pleuré de leui'S infortunes autant que d» celles de son père; et il es* pérail,ajouta-t-il, qu!unjour viendrait où ifs éprouveraient qu'ils n'avaient pas fait de si ga-ands sacrifices pour des princes ingrats. A t^s paroles, qui ne pouvaient être dictées, à ces promesses, qui, dans la boilcbe d'un enfant, dernier rejeton d'une race foyale, devaient avoir un singulier prestige pour les descendants des vieux cavaliers, le fils de Jaojues ajouta le don de sa petite bourse, contenant- dix à douze pistôles, en invitant lesgentilebomnies écossais à boire à la santé du roi.
Qu'on juge avec quel redoublement d'enthousiasme ils allèrent partout répéter ce trait de l'héritier de leur monarque légitime!
De l'aveu déplus d'un écrivain wliig, leJils de Jacques Il conserva toute sa vie cette bonté royale doiU
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enfant il avait donné une preuve si naive. C'eût été. disait-oii de lui, «an hoiMiêtevuiuen des temps paisibles; mais il était naturellement triste, et il contracta dans l'incerlitude desafortuneunesorted'hésitation quifiU funeste à tous ses projets. Un roi exilé n'est plus qu'un chef de parti : de toutes les vertus, la plus nécessaire pour lui, c'est désormaii» l'audace. Trompé tant de fois dans ses espéiaRces'par les événements ou parles hommes, Jacques III fmit comme son père par ne plus espérer qu'en Dieu. Hélas ! la résignation est une vertu toute chrétienne à l'usage des rois dont le royaume n'est plus de ce monde.
ËsquissoDs les principau;i traits de la vie du père de Cliaries-Édouard.
Cétait le lo juin 1688 que Marie de Modèae, seconde fen)me de Jacques II, avait été délivrée d'un flis qui, baptisé selon les rites de l'église catholique, avec le pape pour parrain, reçut les noms de Jacques- Édoiiard-Fraoçois. î^ naissance d'un prince de Galles, après six ans de stérilité, mit en émoi toute la Grande- Bretagne. Par un parti, le jeune prince fut proclamé « l'eufant d^ mirade. » Kon-seulement Dryden, le poète lauréat, converti au catholicisme, célébra ce grand événement dans des vers dignes des plus nobles inspirations de sa muse religieuse, mais encore, parmi ceux que cet événement comblait de joie, chacun donnait comme une réalité les pieuses suppositions .^ la poésie : ceux-ci faisaient honneur du prodige à '^Ïôire-Daine de Lorette; ceux-là au crédit particulier dtsiareine auprès de saint François-Xavier; d'autres, à «D-p«*erinage du roi à la source de Sainte Winifred ; séloQ. le lord Melfort, un ange était venu agiter de
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ses maius les eaux de Batli, comme jaiiis leseaus de Betbsaïde. Les jésuites, qui a\'aient aussi prédit -la naissance du prince, Fallnhuèreot plus sérieusement eB<K>re à leur intercessioa ; mais le parti contraire était résolu de pousser bien loin riqcrédulité, car il se récria non-seulement sur l'imposture d'une intervention miraculetise, mais encore il pi'étendit quels naissance elle-même était une supposition. Vainement l'accouchement lavait eu lieu en pi-ésence de nombreux témoins; on ne pouvait être bon protestant ai on. en admettait la réalité. Dès les premiers jours de l'année précédente, un almanach avait, par hasard ou par malveillance, dénoncé la ruse. Selon les uns, la reine avait feint sa grossesse en poitaot un coussin sous sa robe) selon les autres, elle avait une tympanite; et enfin, le jour de la prétendue délivrance de Marie dc' Modène, l'enfant supposé, fils d'un meunier, avait été introduit sous ses draps dans une bassinoire( ■ ). Cinq mois après, le prince d'Oraiige vînt déddei- la question d'une autre manière, et la reine euT juste le temps de sauver le jeune héritier de Jacques en le transportant en France, où nous avons vu qu'elle précéda son royal époux.
Le prince de Galles n'avait que treize ans à la mort^de son père. Louis XiV avant déclaré tout haut qu'il le reconnaissait pour roi d'Angleterre, tous In Aillais, presents se prosternèrent, et ils s'écrièrent en versant des larmes d'-atténdrissement : God save tke /ting. , -,
(i) Ce fut longtemps un(f insullante ironie des wliigs quedc Taire un charivari sous les fenêtres d'un jacobilc, eu frappant nir <lesbaùinoires. ...
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Dès que Jacques H eut ex[>iré , Louis nlla à Saint- Germain comjJiment^r le jeune roi Jacques lli. Les clieFs du parti jacobite, dans la Grande-Bretagne, furent secrètement prévenus et consultés par la reine mère, qui se contenta, au sujet de Xavénement de son fils, d'adresser un simple manifeste à la nation anglaise. Guillaume suivit bieulôl Jacques au tombeau , et sa mort ranima un moment les espérances de la cour solitaire de Saint-Germain. Anne, qui lui succéda , eut l'art de laisser croire à sa famille exilée qu'elle allait secrèlemeut préparer' les voies du retour à son frère. Anne était-elle de bonne foi, on voulait-elle gagner du temps, et empécber les jacobites d'agir en les abusant par de fausses promesses? I.esavis des historiens sont partagés là-dessus. Telle était, du reste, l'influence des jacobites en Ecosse, que ce furent eux qui firent échouer la première ten- , lative sérieuse de l'union des deux royaumes (170a), et adopter Vacte de sécurité, qui excluait la maison de Hanovre du trône d'Ecosse. L'hostilité des deux peuples se réveiNa alors , et si le jeune prince s'était présenté comme le champion de l'indépendance nationale, les chances étaient favorables pour tuï; mais le fils de Jacques, comptant sans doute sur les secrètes promesses de sa sœur, ne profita même pas des chances plus sûres encore que lui promettait l'exaspération des esprits en Ecosse (1706), lorsque l'union fut consommée par une adroite distribution de l'or de l'Angleterre. En 1708, une expédition, commandée par le comte de Forbin , menaça les côtes d'Ecosse, l'e pi'ince aurait voulu être débarqué, mais on fut
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obligé d« se retirer devant des forces supérieures, et de diFFérer toute espèce d'tDvasioD.
Jacques III alla recevoir les premières leçons de la guerre sous le duc de Boui^ogne eu Flaodre, et à Malptaquet il se distingua sous Villars : on le nommait aloi-s le clievaller de Saint-Georges.
DR CHlUkS-iDOUàl