CHAPITRE IV
C'était en 1714 une convîclion générale en Angleterre, que la vieillesse et les infirmités devançaient l'âge chez la reine, dont la santé avait été ruinée de bonne heure par de fréquentes fausses couches. Ses attaques de goutte prirent un caractère grave; il fallut plus d'iine fois démentir à la Bourse de Londres le bruit de sa morli Les factions et les ambitions individuelles se mirent donc sur leurs gardes^ toutes agissant sourdement, toutes paraissant, d'un commun accord, différer leurs actes décisifs jusqu'à l'événement imminent et inévitable.
En voyant ce qui se passait en Angleterre autour de la reine Anne, et dans le Hanovre autour de l'électeur ( fils et héritier de la princesse Sophie, petitefille de Jacques I" ) , désigné pour lui succéder par l'acte dit Ôl Établissement , il semble qu'avec un peu de cette audace qui quelquefois fait si heureusement violence à la fortune, te prince légitime avait enfin pour lui les chances les plus probables. Jacques, volontt»^ indécis, se laissa peut-être endormir ou tromper par cette probabilité même. La reine, sa sœur , ne s'expliquait pas; mais pourquoi refusait-elle à l'électeur l'autorisation de venir dans le royaume dont il était l'héritier désigné? D'ailleurs, M" Masbam, sa favorite, qui avait supplanté la fière duchesse de
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Marlborough , se déclarait jacobile; quelques-uns des ministres, imitant Cécil, le minisli-e d'Elisabeth mourante, et avec eux le grand duc de Marlborough, entraient en correspondance avec le prétendant , et l'exhortaient à se tenir prêt. Potivait-il penser, dans sa probité un peu simple, que la plupart de ces hommes si dévoués écrivaient du même style à V électeur ?Ç.otament douter des torys, quand parmi les principaux whigs plusieurs prenaient les devants pour lui demandera rentrer en grâce avant qu'il fût sur le trône? Les élections de i7i3 avaient envoyé au parlement une majorité plutôt favorable que contiaire à sa cause, et qui pouvait balancer l'influence de la chambre des lords, plus fidèle à l'esprit de 1688. Le duc d'Ormond, qui était alors gouverneur des Cinq- Ports, répondait des côles. Bolingbroke , chef secret de la contre-révolution, devenait chaque jour plus influent dans le cabinet : en un mot, une seconde restauralfon semblait tellement une affaire arrangée et convenue que quelques torys anglicans, plus scrupuleux que les auti-es, crurent prudent de négocier une garantie pour leurs opinions religieuses. Ils demandèrent que Jacques , avant de se présenter à ses sujets, abjurât le catholicisme.
Au milieu de l'immoralité hypocrite, stigmate des hommes les plus émineuts de cette époque, seul, le prétendant, malgré les impatiences de l'exil, ne put se décider à sacrifier sa conscience. Il fît plus : les politiques de son parti lui proposèrent en vain de laisser dire au moins qu'il avait embrassé là religion anglicane... Il refusa même de se prêter à ce mensonge indirect. C'était s'exposer de gaieté de cœur au soup-
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