‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 61 sur 72 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

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L'ÉTEKDIBD ARBOBC U PU-

Lorsque, quelques mois avant de partir pour l'Ecosse , Charles-Edouard avait prévenu les principaux Chefs de sou arrivée pi'ochaine(i), ceux-ci , toujours opposés, comme les membres du comité d'Angleterre, à une résolution qui ressemblait à la témérité du désespoir, décidèrent , dans une réunion secrète tenue à Edimboui^, que Murray de Broughtoo irait attendre le prince sur la côte , pour lui réitérer leurs représentations , et le supplier de se rembarquer s'il venait seul comme il le leur annonçait. Murray l'avait attendu en effet pendant tout le mois de juin ; mais

(i) Le bruit de la prochaine venue de Cbarles-Ëdouard s'était tellement répandu en Ecosse que, six semaines environ avant qu'il débarquât réellement, un aventurier, que les journaux de l'époque nomment David Gillies, s'était avisé de « faire passer pour lui, et avait perçu une asseï bonne recette parmi les crédules jacobites, lorsqu'il fut arrêté, mis en prison, jugé, et renvoyé comme vagabond , en compagnie de deux compères qui composaient sa prétendue cour.

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HO Bis-roiu

il se persuada enfin que Charles, ayanl réfléchi plus mùremenl à son imprudente entreprise, y renonçait jusqu'à ce qu'il pût compter sur des circonstances plus favorables. Dans cette idée, Hurray retourna chez lui ; mais il y apprit que ses démarches avaient été épiées , et il craignait d'autant plus de se voir accusé de haute trahison que le duc de Perth, un des membres du comité des sept, venait d'avoir un mandat d'arrêt décerné contre lui. Le duc de Pertb, en cette occasion, avait seul, il est vrai, déclaré que si Charles-Edouard débarquait en Ecosse , il était du devoir de tout loyal Écossais de prendre les armes et d'aller partager ses périls, au lieu de blâmer sa témérité. Le duc, d'ailleurs, était naturelleoiMit suspect au gouvernement, comme petit-fils d'un ministre de la cour de Jacques II à Saint-Germain , et son père avait pria les armes en 1715.

Le duc de Perth résidait a son dlâteau de Drumnond , où le capitaine Campbell d'Inverrary (i), chargé de l'arrêter, n'osa pas le faire sans avoir recours à la ruse. Ije capitaine se fit inviter à dtner au château. La gaieté présida au repas. Au dessert, selon TuBi^e, )es dames se retirèrent pour laisser le duc vider les flacons de vin avec son hôte. Celui-ci alors se leva , fit ses excuses au duc, lui montra son mandai, et lui dit qu'il était son prbonnier. Le duc ne parut ni alarmé nt même surpris. On vantait ses manières polies; il ne les démentit pas, répondit au capitaine qull était prêt à le suivre, se dirigea vers la porte, et insista cérémonieusement pour im^ passer

idait une compagnie indépeitdanle du bfatA ivatch.

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DB CHAILB8-4D0UABD. 3S1

qu'après lui; mais à peine Campbell avait franchi le seuil que la porte se referma entre lui et le duc, qui sortit du château i>ar une issue secrète. Des soldats étaient postés aux environs, et le capitaine aurait eu le temps de saisir de nouveau son courtois prisonnier, si le duc n'avait rencontré tin cheval sur lequel il s'élança sans selle et avec le seul licou. Parvenu en un lieu sûr, il ne tarda pas à y être informé du débarquement du prince, et se mit en mesure de le joindre.

Cependant Charles-Edouard, que nous avons laissé dansTile d'Ériska, apprit que le ChefdeClanranald et Boisdale son frère étaient dans l'ile adjacente d'Uist, tandis que Clanranald le jeune (i), dont il r^ardait la fidélité à sa cause comme assurée, était à Moidart. Un messager fut expédié à Boisdale, qui passait pour avoir une grande influence sur l'esprit de son frère le Chef, que son âge et des infirmités avaient forcé de se reposer sur lui du soin de toutes ses affaires. Boisdale se rendit à l'entrevue, et Charles-Edouard le reçut k bord de ia Doutelle, oii il était remonté le matin. Le prince, étonné de sa froideur ^ feignit de ne pas s'en apercevoir, et le pria d'alln- de sa pari prévenir son neveu que le jour était venu de se déclarer. Boisdale lui avoua alors qu'il trouvait son entreprise st hasardeuse qu'il croyait plutôt de son devcâr de dissuader son neveu d'y prendre part. Charles- Edouard, qui ignorait la mission dont avait été

(t) L'usage est d'appeler aiusi le fils aîné d'un Chef, lorsque le père vit , et quel que soit son âge : Young Lochiel , yvung GlengaTy,youiig Clanriinald. (Ch«nbbks, Hiil. ofthc RebelUoit.)

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3S3 HinoiBi

chargé Murray de Brougbton , lui cila Macdouald de Sleat et le laird de Macleod , deu\ Chefs de l'ile de Skye, qu'uD simple avis devait faire accourir sous sa baanière avec douze cents hommes de leurs vassaux. « Désabusez- vous, reprit Boisdale, je suis porteur de leur réponse anticipée. Si Votre Altesse royale ne vient point avec des forces régulières, ces deux Chefs se sont promis de ne pas armer un seul homme. »

Sans insister davantage avec Boîsdate, qui retourna àUist, mais nullement découragé(i), Charles-Edouard continua sou voyage, et vint jeter l'ancre le i3 juillet dans le Locb-Nanuagh , bras de mer ou lac d'eau salée quf divise Moidart et Arisaig. Là, un messager fut envoyé par lui à Clanranald te jeune , comme à Boisdale. Clanranald vint le lendemain à bord de la Doutelle , accompagné de Macdonald de Kentoch, et de quelques-uns de ses parents, entre autres des lairds de Glenalade et de Daltly. Le neveu tint le même langage que l'oncle. Vainement le prince le conjurait de ne pas abandonner le fîls de ses rois : a Je suis votre prince , répétait-il , votre compatriote et votre ami. » Clanranald restait inflexible, en répondant que son dévouement ne pouvait aller jusqu'à exposer son clan et le prince lui-même à une ruine certaine.

Cette conférence avait pour témoin un simple montagnard, armé de pied en cap, selon l'usage du pays: devinant que ce jeune homme en simple habit noir, qui en appelait avec un accent et des gestes si ani-

(i) Quelques mémoires prétcadeat qu'il tint conseil alors avec ses compagnons, qui Wu» étaient d'avis de retourner en France , excepté Sheridan.

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DE CHABbBS-BDOUAUO. 3SS

roésàlâ bravoure et à la fidélité de son clan, était l'héritier de la couronne d'Ecosse, il pâlit et rougit tour à tour; ses yeux étincelèrent, et, dans son émotion, il porta violemment la maÏD sur la garde de sa claymore. Charles-Edouard l'observe, et, dans l'abandon dont il se voit menacé, s'adresse à cet homme, dont il croit bien interpréter l'émotion généreuse : D £t vous, lui dit-il, ne combaltrez-vous pas pour moi?

— Oui, oui, mon prince, répond le montagnard, quand je serais le seul en Ecosse qui tirerais l'épée, je suis prêt à mourir pour vous.

— Je trouve enfin un défenseur! s'écria Charles- Edouard en versant des larmes d'attendrissement. Ah ! je ne demande que quelques Écossais comme celui-là pour conquérir avec eux le trône de mes pères! »

A ces mots, les Chefs furent entraînés ; ils jurèrent aussi de mourir pour le prince (i). Il s'agit alors de se concerter pour réunir les clans fidèles. Clanranald se rendit lui-même auprès de sir Alexandre Macdonald et du laird de Macleod, qui pouvaient réunir près de trois mille montagnards; mais ils refusèrent de se joindre à lui , ne s'élant engagés que sous la condition de la coopération d'une armée française.

Cependant Charles-Edouard quitta ia Doutelle, qu'il renvoya en France (a) , et il débarqua définitivement

(i) Le montagnard dont l'enthousiasme l'emporta sur la prudence du Chef était un Macdonald, le frère cadet de Macdoaald- Kinlockmoidart.

(i) Avant de prendre congé de M. Walsh, le prince lui remit pour son père nue lettre par laquelle il le priait de lecréer eomtc d'Irlande. Ce titre a paru si <;levé que lord Mahou a pensé que

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3t4 NisToimi

sur la terre d'Ecosse, à Borodale, ferme qui appartenait à Claoranald, sur le bord du [x>ch-Naoiiagli. Là, il touchait les territoires des Macdonald, des Camérons et des Stuarts, qui, depuis Charles l", avaient bravement coinballu pour leur roi à Kylsilh , à KiliiecranËie et à SherilT-Muir. En attendant, cent hommes l'entouraient comme ses premiers gardes du corps, et chacun d'eux se laissait gagner au charme de son affabilité, presque familière: on l'écoutail en souriant , lorsqu'il cherchait à prononcer les mots de la langue gaélique, et l'on aimait à le voir vider joyeusement la coupe des Highiands, pour boire à la santé

Charles-Edouard demaDdait seulement pour le généreux armateur de la Doiitelle le titre de comle irlandais. J'ignore si les descendants du comte de Walsh se considèrent comme comtes d'Irlande ou sitnplcaieat comtes irUodais. Voici la lettre du prince :

■ SiKK,

■ J^ai reçu des services si importants de M. Antoine Walsh , qu'il

■ n'y a rien que je ne me croie obligé de faire pour lui en témoigner

• mon agrément. Ainsi, je lui aï promis d'employer tout mon cré-

• dit auprès de V. M. pour lui obtenir te titre de comte d'Irlande ;

• il est issu d'une fort bonne famille, très-eu état de soutenir ta

• dignité de ee nouTeau titre, et n'a pas besoin d'autre chose.

• C'est la première grAce que je vous demande depuis mon arrivée

• dans ce pays. J'espàre bien que ce ne sera pas la dnvière ;

■ mais, en tout cas , je vous supplie de me l'accorder : je la re|:;ar-

■ dcrai comme une obligation particulière accordée à votre très- < obéissant fils.

• CbablU, P.> La famille Walsh a conservé l'épée que Charles-Edouard reoùt en même temps à H. Antoine Walsh, épée qui avait été achetée p.ir Charles-Edouard k Dunkerque, et coûtait 80 loui». Ces mots : Gratitadn fidfliiati furent gravés sur la lame.

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I)R CHA.RUS-BIKIUAHD. S3&

du roi , en répétant d'un air heureux ; Deock sUUnt an Heogh (i).

Le Clief le plus influent parmi tes clans jacobites, à cette époque, était cettii qu'on appelait Lochiel le jeune, dont le père vivait encore, exilé depuis l'insuriection de 171 5, où il avait vaillarameot commandé les Camérons, une des tribus les plus nombreuses des montagnes. L'aïeul de Lochiel, sir Évan Caméron , avait été le fidèle compagnon de Montrose et de Daverhouse;et le petit-fils, dévoué à la même cause, était un des membres du comité jacobite d'Ecosse. Lochiel avait une telle réputation de bravoure et de talent, il

(i) • Qu'on juge combien était hasardeuse notre entreprise, seuls

■ comme aous restâmes, et réiolus pauriant à suivre notre P.

■ ( prince ) pour courir avec joie les mêmes risques que lui. Nous " ^mes d'abord notre possible pour lui faire uu accueil cordial " dans notre pays; le P. et ses compagnons furent entourés d'uue « garde d'environ cent cinquante hommes, tous entretenus dans la

■ maison d'Angus Macdunald de Borodale , k Arisaig , avec toute

■ l'hospitalité possible. S. A. R., assise au lieu convenable, put

■ voir toute notre troupe et tout le voisinage qui se pressait, sans

■ distinction d'âge ou de sexe, pour voir le P. Après que nous

■ eûmes abondamment mangé et bu gaiement, S. A. K. but le coup <• des grâces en anglais , que nous comprenions la plupart. Quand

• ce vint  mon . tour, j'osai me distinguer en disant à voix haute, « en erse(ou langue des Highiands) : DffocA ïtew)( art fliro^A. S.A. R.,

■ sachant que j'avais bu ta santé du roi, me fit répéter les mots en

• erse, et dit qu'il pourrait aussi boire la santé du \tA en cette

■ langue. La compagnie ayant parlé de ma science dans ta langue

■ des Highlands, S. A. R. dît que je serais son maître dam cette

■ UMigue, et je fus [uié de proposer les santés du prince et du duc « (duc d'York), u/our/id/ andMemoin of P... C.., expédition inut Seotland, by ahighland ofGcer in hisanwy. Lockhart papers(in-4^), tome II, p. ^79.

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3S6 HISTOIRB

réunissait en lui tant de qualités brillantes et aimables , qu'un poète, flatteur de Georges, forcé de louer un ennemi aussi estimé, termine son portrait en assurant que Lochiel est du moins un whig en paradis ( 1 ) , A whig in heaveti.

En apprenant que Chartes-Edouard était débarqué presque seul et sans armes, bien moins comme un prince ven&nt réclamer un tr6ne que comme un naufragé jeté sur la côte, Lochiel avait résolu, comme les autres Chefs, de ne point approuver. une telle imprudence. Il savait d'ailleurs que Charles avait quitté la France contre l'avis d'un des plus nobles soutiens de sa cause, Georges Keilh , plus connu sous le litre de mylord Maréchal (a), (ilependant Lochiel ne voulut pas avoir l'air de fuir le prince, et se rendit auprès de lui pour lui porter lui-même le refus de son adhésion. En allant à Borodale, il s'arrêta chez son frère John Caméron de Fassefern , et lui communiqua son dessein. Son frère l'approuva, mais voulut le dissuader d'avoir une entrevue avec Charles-Edouard : «Je vous connais mieux que vous ne vons connaissez vousmême , lui dit-il ; si ce prince jette une fois les yeux sur vous , il fera de vous tout ce qu'il voudra. »

Lochiel , se croyant plus sûr de sa fermeté, continua sa route et arriva auprès d'Edouard, auquel il osa

(■) Quarterfy-Revieit'jtofDe'^V/.

(a) Lord Maréchal (cet ami Tranc du roi Frédéric-, cet ami ^éaéreux du philosophe Jean-Jacques) s'était rendu, en 1744, à G rave lÎDet, auprès de Charles-Edouard. Le prince , impa^nlé des délais de la flotte qui lui éUiit alors promise, lui proposa de s'emttarquer seul avec lui. Lord Maréchal oyait traité cette proposition <te folie, et s'était séparé du prince, un peu refroidi pour sa cause.

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