CHAPITRE XIV
LOKTiLREa, — KÈtft T
non DS CHlBLES-ËDOUltBD. — IVUDENCB DD LORD PBËVdT. — EIAGÉBÀTION D
Lx TEBK. — matcKton — ÉomoDiu; ad p
Sir John Cope avait laissé les wtiigs d'Edimbourg pleins de confiance dans sa promesse d'étoufTer promptement l'insurrection. Ceux qui faisaient à Charles- Edouard l'honneur de lui supposer une armée, demandaient comment elle pourmit résister à des troupes régulières : d'autres disaient avec dédain qu'on n'aurait nul besoin de combattre, et qu'il ne faudrait que lire aux rebelles le décret contre les attroupements {riot-act), pour les disperser. Ces forfenteries n'étaient pas seulement l'expression de l'opinion habituelle de ceux qbt les répétaient , mais encore elles s'adressaient , comme une insuire indirecte, au lord-prévôt et aux autres magistrats municipaux d'Edimboui^ , presque tous jacobites, et que le parti contraire se préparait à supplanter dans leurs fonctions lors des élections annuelles qui allaient avoir lieu en septembre. L'amour>propre excité par ces petites brigues locales l'emportait sur les craintes d'une crise politique qu'on était loin de croii'e imminente. I^es jacobites trouvaient leur intérêt à entretenir cette
n,g,t,7i.dh,G00glc
DB CHABLES-BDOUARD. 363
séctirilé; ils afiectaient de plaindre les montagnards avec un air de découragement, ou ménie ils s'indignaient de leur folle tëinérilé, capable de compromettre le repos de leurs amis, plus sages dans leur indifférence. Avant de joindre Charles- Edouard , le fds de Rob-Roy, James Mac-Gregor, qui avait des relations d'amitié avec plusieurs whigs, était arrivé le 26 août du Lochaber. Appelé devant tes magistrats, il décrivit l'armée de Charles-Edouard comme composée de vieillards qui avaient cru follement retrouver leur vigueur en défendant une cause déjà défendue par eux dans leur jeunesse, ou déjeunes gens imberbes séduits par les récits de leurs grands-pères, tous formant à peine quinze cents hommes, mal armés, sans discipline , et qui n'attendraient certes pas le général anglais. Ces rapports furent mis dans la gazette, et James Mac-Gregor les confirma de sa bouche à ses amis whigs , sous la forme de confidence. Cependant les proclamations , les manifestes et des lettres du prince sortaient d'une imprimerie secrète, et c'était James Mac-Gregor qui les avait apportés avec ses prétendues nouvelles. Il eut bien soin de disparaître le 3i août, jour où l'on apprit que sir John Cope, tournant le dos à Charles- Édouar-d , se dirigeait sur Inverness, tandis que celui-ci s'avançait vers les Lowlands. Il y eut bien quelques incrédules qui soutenaient que c'était le prétendant et non sir John Cope qui avait refusé la bataille; mais le duc d'Atbole, qui arriva le i^** septembre de son château de Blair, révéla le véritable état des choses. Alors on assembla un conseil extraordinaire pour délibérer sur la défense de la capitale; et les partisans de la maison de HanoVre prirent se-.
n,g,t,7i.dh,G00glc
364 HISTOÏKB
rieusement l'alarme, smon encore pour la couronne de Georges, du moins pour ses Odèles sujets d'Édiin* boui^.
La capitale de l'Ecosse méi'itait bien à cette époque son nom d'AuLoREEKiE (la Vieille Enrumée). Ce n'était pas, comme de nos jours, la réunion de deus villes, l'une noire et antique, l'autre blanche et moderne , qu'on a comparées au farouche Roderic Dhu et à l'aimable Fit^ames, reposant en bonne intelligence sous J'abri du même plaid (i). La ville vieille seule s'étendait entre le mont d'Arthur et le château : l'enceinte pittoresque de ses hautes maisons n'avait d'autre défense au midi que des remparts dégradés, masqués en partie par un faubourg, et dominés par les toils des constructions adjacentes. Du côté du nord , le lit du Loch-Morth y pouvait bien figurer un vaste fossé; mais l'eau de ce lac était tarïe en plus d'un endroit. C'est aujourd'hui une rue par laquelle on va de la ville vieille à la ville neuve.
Sir John Cope n'avait laissé derrière lui que deux régiments de dragons, le i3' et le t4') le premier commandé par le colonel Gardiner, et le second parle colonel Hamilton; la garnison du château était tout juste sufiisante pour la défense de ce poste important, et r^ardé comme imprenable. One milice boui^eoîse ( trained baitds) avait été instituée sous Jacques VI, et se composait de seize compagnies de 60 à 70 hommes, l'élite des corporations; mais, depuis la révotutioD de 1688, ces guerriers pacifiques endossaient l'uniforme tout juste une fois tous les ans , le jour de
(i) La Dame du Lae.
rmn-ik;GoOg\c
DB CHABLBS-B0OUABD. 365
raDuiveraaire de ta naissance du roi ; et après avoir tiré , en fermant les yeux , de vieux fusils chargés à poudre, ils les livraient de nouveau à leur rouille annuelle dans le magasin municipal. La police de la ville était confiée à une garde urbaine soldée parla municipalité, et sous les ordres du lord prévôt. Cette garde, recrutée parmi les vétérans, et bien connue des lecteurs de Walter Scott, à cause de son capitaine Poi-teous, de tragique mémoire, ne comptait guère plus de cent hommes.
Il fut décrété, vu l'urgence des circonstances, qu'on lèverait et entretiendrait par souscription un régiment de mille hommes, avec rapprobation du gouvernement. La souscription fut remplie en deux jours ; l'approbation du gouvernement ne se fit pas attendre; mais on ne put engager que deux cents hommes, au lieu de mille. Sur ces entrefaites, arriva d'Inverness le capitaine Rogers , aide-de-camp de sir John Cope, qui annonçait aux habitants d'Edimbourg qu'il allait accourir à leur défense , et qu'il demandait au général Gnest, gouverneur du château, de lui envoyer des bâtiments de transport à Aberdeen , où 11 se rendait pour s'embarquer. Le courage revînt un peu aux wbigs , et ils sollicitèrent du lord prévôt la permission de former uo corps de volontaires : le lurd prévôt y consentit, en se réservant le droit d'élire les capitaines ; mais , soit impartialité , soit qu'il ne crût pas à la bonne foi de leur courage, il désigna pour ces grades les wbigs les plus ardents, entre autres M. Georges Drummond, qui prétendait à le remplacer dans sa charge, où il l'avait remplacé lui-même cinq ans auparavant. Les capitaines, au nombre de six, nommè-
n,g,t,7l.dM,GOOglC
S6S RiSTOlBB
rent eu]L-aiêiue& leurs lieutenants , formèrent teui's cximpagnies, leur distribuèrent les armes, qui leur furent remises par le général Guest, et commencèrent à les exercer. Il fui décidé aussi qu'on travaillerait aux fortifications de la ville, et chacun s'y porta avec zèle; mais le lo septembre commencèrent les élec tiens des syndics de corporations, et les fortifications furent négligées par tous ceux qui croyaient que leurs votes, en cette circonstance, étaient encore plus nécessaires que leurs bras au salut de la chose publique, quand il s'agissait d'appuyer les candidats qui réclamaient le prix de leur zèle pour la maison de Hanovre.
Le séjour de Charles>Edouard à Perth, et le bon vent qui poussait les bâtimeats de transport dans la direction d'Abei'deen , redonnèrent quelque confiance aux whigs, jusqu'au moment où ils apprii-ent que les montagnards avaient passé le Forth. Les portes de la ville furent alors barricadées ; on fit venir quelques canons de Léitli ; mais on ne pouvait se dissimuler qu'Edimbourg était horsd'étatdesoutenir un siège. Le lord prévôt, que ses opinions exposaient à la censure, et qui n'échappa pas même depuis à un procès de haute trahison (i), s'acquitta de ses fonctions comme aui'ait pu lefaire un prévôt mieux intentionné pour la maison de Hanovre. Dans la même milice s'enrôla également
(i) Traduit devant la cour criminelle et jugé , après un einprisonoement de quatorze mois, le lord prévôt Archibald Slewart fut acquitté i mais les vexations des -vrhigs lui firent déserter Edimbourg : il alla s'établir k Londres comme marchand de vin ; et, soit que son vin fût réellement bon , soit que les jacobites anglais le irouvassent tel par opinion politique, il eut bientôt fait fortune.
n,g,t,7i.dh,G00glc
DE CnARLBS-iDOUÂRD. 361
le jeuue ministre deGladsnauir, Robertson , l'historien futur de Charles-Quint (i). Mais la conduite detiwhigs les couvrit d'un ridicule que n'a pu dissimuler l'historien John Home, témoin oculaire, ou plutôt acteur dans chaque scène. Cette péripétie risible aurait pu amener un dénoûment sanglant, si la lâcheté des troupes régulières n'avait été d'accord avec la poltronnerie des boui^eois pour opposer , au caractère chevaleresque de Charles- Edouard et de ses Highianders, des héros dignes du Falstaff et du Pistol de Shakspeare. John Home était alors étudiant en théologie à l'université d'Edimbourg. Trop jeune et trop ardent pour rester inactif, son imagination l'enlralnaît du côté plus poétique des jacobites ; mais ses opinions de famille, et la profession de ministre presbytérien qu'il voulait embrasser, le jetèrent, avec une vingtaine de ses condisciples, dans le parti contraire. Il fut un des premiers volontaires de la compagnie dite Compagnie du Collège, qui se mirent sous les ordres du capitaine Diummond. Six compagnies de volontaires formaient environ cinq cents hommes , qui tous paraissaient disposés à marcher à la rencontre du prétendant avec les di-agons et la garde urbaine, dès que le tocsin les appellerait aux armes.
En effet, le dimanche i5, le service divin était commencé dans les églises; les ministres prêchaient contre le< pape et le prétendant , tous l'épée au côté , pour rappeler au moins , par ce signe , le caractère belliqueux de leurs prédécesseurs du covenant. Tout à coup la cloche fatale a retenti ; les fidèles , déser-
(i) Biographie dti rtnctear Rplvlton, par lord Broctubam, f8/|5.
tant leurs pasteurs , courent sur la place de Lawnmarket, où ils trouvent les volontaires rang^ en bataille. Bientôt le pavé des rues s'ébranle sous les pas des chevaux : ce sont les dragons du i4* qui viennent de Leilhpour aller joindre à Corstorphine leurs camaradesdu 13". llsenlre-choquent leurs sabres, et adressent, en défilant, des acclamations aux volontaires; ceux-ci leur répondent hourra ! dans un accès de courage, et font mine de vouloir les suivre : mais l'un de ces braves citadins laissait une boutique exposée aux pillards; l'autre, une femme et des enfants en bas âge; celuilà, peut-être, une servante favorite, comme le bailli Jarvie. Au moment d'une cruelle séparation, les larmes coulèrent; les parents, les amis, les épouses, les enfants, se mêlèrent dans les rangs , les uns eh faisant entendre le langage de la prudence, les autres, celui de ta tendresse. ' Pour terminer cette scène de désolation , l'ordre du départ fut donné , les tambours battirent aux champs, et le capitaine Drummond, tirant son épée du foui'reau , marcha en avant de la première compagnie jusqu'à la porte de l'ouest ( West-port). Là, tournant la tète, il fut surpris, ou feignit de l'être, en apercevant tout au plus une vingtaine de ses volontaires; presque tous les autres s'étaient glissés dans les rues traasvei'sales, ou étaient demeurés irrésolus dans Lawnmarket ; les officiers se plaignant que les soldats refusaient de les suivre, les soldats, que les officiers refusaient de les précéder. Un maître d'écriture, whig prononcé, soit par ingénuité, soit par moquerie, contre ses camarades, s'était fait une cuirasse appropriée à sa profession : c'étaient deux rames de papier blauc dont il avait garni sa poitrine; et, comme s'il
n,g,t,7i.dh,G00glc
DB CUAlUS-iDOUABD. 369
eût douté que dans la mêlée cette armure défensive protégeât longtemps sa vaillante personne, il avait moulé de sa plus belle main, sur une page blanche :