‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 67 sur 72 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

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Charles-Edouard avait passé la nuit dans le village de Slaleford. Agité d'une impatience bien naturelle, il s'était jeté tout habillé sur uu lit, où il lui fut impossible de dormir plus de deux heures. Dès qu'il ap prit qu'Edimbourg était occupé par les Higblanders, il monta à cbeval, et, au premier signal, toute l'armée se trouva prête à faire son entrée dans la ville. Le château tenait encore pour la maison de Hanovre. Afin d'éviter les boulets qu'il pourrait faire pleuvoir sur les vainqueurs, car il dominait la route directe, le prince et ses montagnards , faisant un détour sur la droite, arrivèrent par Duddingston au n Parc du roi, a où ils pénétrèrent par une brècbe pratiquée au mur de clôture. Le « Parc du roi, » promenade ■ favorite du roi Jacques II lorsqu'il habitait Edimbourg, n'étant que duc d'York, comprend dans sou enceinte le mont d'Arthur, qui semble protéger à ses pieds le château d'Holyrood, les roches basaltiques de Salisbury, l'ermilage de Saint-Antoine, et le vallon de Saint -Léonard, lieux que la poésie et le roman

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ont rendus de nos jours plus célèbres que n'avait fait rhistoire. D'une éminence auprès de l'ermitage, Charles put contempler, pour la première fois, le palais de ses aïeui, sa cour'quadrangulaire, et les rondes tourelles de la principale façade. Rien de changé depuis que le fils de Marie Stuart l'avait quitté pour le palais de Theobalds. L'édifice était tout entier debout, avec le drapeau des Stuarts arboré sur le faite. La chapelle gothique seule n'était plus qu'une ruine, icomme pour rappeler au prince que, dans la révolution de 1688, on avait surtout déclaré la guerre au culte de son aïeul, qui s'était plu à la décorer ù pompeusement. Charles-Edouard descendit de che< val; déjà le parc et les jardins d'alentour étaient remplis d'une foule empressée de tous rangs, de loua âges et de loutesles opinions. Il y avait beaucoup de curieux, mais parmi eux bon nombre de jacobites : ceux-ci venaient à l'envi offrir leurs félicitations au prince, qui les accueillait avec ce sourire de contentement qui a tant de séduction sur des lèvres royales. L'historien Home, un des témoins de cette scène, convient que la présence de Charles-Edouard émut plus d'un whig. Sa jeunesse, sa taille avantageuse, ses cheveux blonds et bouclés , son teint d'une délicatesse extrême, et différant par sa blancheur du teint un peu plombé de ses ancêtres; son visage d'un ovale parfait, la pose élégante de sa tête, ses yeux bleus et intelligents, l'arc bien dessiné de ses sourcils d'ailleurs peu saillants, son nez régulier et sa bouche petite, tout fut curieusement analysé par les spectateurs. Quelques whigs chagrins essayaient bien de dire qu'il y avait dans les regards dû n beau prince s un air de mélan*

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colie qui était d'un triste présage au milieu de son tnomphe; mais les jacobites, et )es daines surtout, à Edimbourg comme à Perth, admiraient sans réserve la bonne mine de leur n Cliarlie, ■ comme ils l'appelaient familièiement. Leur imagination se plaisait k décrire et sa personne et son costume. Sur sa veste de tartan à carreaux brillait l'étoile nationale de l'ordre de Saint-André; une écharpe azur et or lui servait de baudrier; et à sa simple toque de velours bleu était attachée la cocarde blanche, qui rappelait la rose deja maison de Lancastre(i). Quand il remonta sur un beau coursier bai qui lui avait été ofièrt par le duc de Perth , les acclamations redoublèrent, carCharles-Édouard était excellent cavalier. aNotrehé* ros ressemble à Robert Bruce,» disaient les jacobites, et cette ressemblance n'était pas tout h fait une illusion (a) ; mais c'était surtout l'intention de ses partU

(i) Oh ! better Loved be canna be; Tet, wb«n we see bim vearing Our bigbiand g*rb ue gracerully, Tis aye tbe mair endeariag.

Tbougb a'tbat now adoms bis brow Be but a simple bonoet ; Ere lang we'lle see of kiiigdoms three The royal crown upon it.

[JaeobiU Songi.) *A.hlil ne peut être davuitage aiiiié;cepiieadant,loMque nous le voyons porter si gracieusement notre costume montagnard, il nous pandt encore plus cher. Quoique son front ne soit orné à présent que d'une simple toque, avant peu nous verrons sur ce front la couronne de trois royaumes.* (Cha/uonjaeoblle.)

(a) Le portrait de Bruce était dans Holjrood, et l'on pouvait vérifier la ressnnblance.

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sans de lui promettre, en parlant ainsi, le succès de ce roi cbevalier; et la fortune alors semblait disposée à rendre cette seconde partie de la comparaison encore plus exacte que l'autre.

Au milieu de l'eutbousiasme à peu près général, Charles-Edouard pouvaitbienoublier,dans ce concours des sujets de son père, les dénominations hostiles de whigs et de torys , pour ne voir autour de lui que des Écossais, tous intéressés à briser la servitude imposée à l'Ecosse sous le nom d'Union. Par les maniTestes publiés depuis 1715, les Stuarts en appelaient aux souvenirs de Tindépendance nationale autant qu'aux titres de leur famille. Aussi, au moment où Cfaarlefr< Edouard approchait de la porte du palais, on vit tout à coup s'avancer un gentilhomme en cheveux blancs, James Hepburn de Keith, connu par des principes très-opposés au « droit divin des rois , s et qui plus d'une fois avait hautement blâmé le gouvernement de Jacques Vil. Ce gentilhomme, généralement estimé de tous les partis, fut le premier à se montrer le partisan de Charles-Edouard , qu'il r^ardait comme le champion dé -b délivrance de l'Ecosse. Il voulut en quelque sorte être son héraut dans le palais de ses pères; et, tirant son épée du fourreau, il le précéda d'un air fier jusqu'à l'appartement qu'il devait occuper.

Cependant, par intervalles, le canon anglais du château grondait sur la ville , comme pour protester contre les cris de fête du peuple. Un boulet fut lancé sur le palais, dont il atteignit une tourelle appelée la tour de Jacques V. Les boui^eois s'indignèrent de l'insulte gratuite de ces soldats étrangers , qui auraient

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dégradé sans remords un monument précieux de leur antique cité.

Combien on éprouve encore aujourd'hui d'impressions solennelles dans ce château d'Holyroud, où rien n'a changé ni de forme ni de place! Avec quelle émotion Charles-Edouard dut parcourir cette demeure royale, condamnée depuis soixante ans à unesoite de veuvage et de solitude par l'exil de sa famille! Dans une première galerie , il voyait d'abord cette longue suite de portraits de rois que l'oi^ueil d'Edimbourg cite à l'appui de- son antiquité poétique; dans les appartements auxquels cette galerie aboutit , il trouva les premières traces de cette reine dont la tragique mémoire occupe bientôt exclusivement l'atlenlion parmi tant d'images historique ou fabuleuses. Le lit et les rideaux cramoisis de Marie Stuart, les fauteuils où elle s'est assise , ceux où elle a hrodé elle-même son chiffre, devaient y être avec sa corbeille et ses fuseaux; car ils y sont encore , comme aussi l'ineffaçable tache du sang de Elizzio!

Les acclamations du peuple, avide de contempler son prince, arrachèrent plus d'une fois Charles- Edouard aux réflexions que faisaient naître en lui tous ces objets, et le forcèrent de paraître aux fenêtres, pour recevoir les saluts des habitants d'Edimbourg. Une partie de la foule fut bientôt appelée daps un' autre quartier de la ville pour assister à une cérémonie imposante qui eut Heu au carrefour de la Croix de High-Street, autour du monument aujourd'hui détruit , où se faisaient de temps immémorial toutes les proclamations des actes publics. On décora d'un tapis la galerie où montèrent les hérauts et les pour-

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suivanis d'arrneii, revélus de leur costume officiel. Une troupe de Highlanders se rangea en double haie dans la me; les tivoipettes firent entendre lenrs fanfares, les cornemuses, leurs pibrochs ; et quand la foule eut fait silence, un nommé David Beat proclama le roi Jacques VIII , lut l'ordonnance qui nommait Charles-Edouard ragent, et termina celle lecture par celle d'un manifeste du prince, daté de Paris le 16 mai 1745. Les innombrables fenêtres des maisons de High>Slreet, dont quelques-unes comptent plus de dix étages, étaient garnies de dames qui agitaient des mouchoirs blancs, pour exciter les acclamations du peuple. L'amour du roi légitime semblait universel, comme si toutes les fautes de la dynastie étaient expiées par ses malheurs. Le dévouement semblait porté à ce degré d'enthousiasme qui enfante des prodiges, et il y avait, dans tout ce qui se passait à cette aurore d'une seconde restauration, une sorte de renaissance de la chevaleiie. Pendant que tes hérauts d'armes proclamaient Jacques et son fils, on vit, au pied de la galerie , M''^ Murray de Bi^ugbton, dame d'une rare beauté, montée sur un coursier élégant, l'épée nue à la main , comme une héroïne du Tasse ou de l'Arioste; d'autres dames distribuaient des rubans blancs à leurs frères et à leurs amants; car ce n'est pas seulement dans le roman de Waverlet que l'on pourrait citer des conversions au jacobitisme opérées par l'amour ( i ),

(i) M. Chambers cite l'anecdote d'un jeune artiste devenu depuis sir Robert Strange, et à qui Hiss Himle; , dont il était amoureux , déclara qu'elle ne le reverrait plus s'il ne s'enrôlait sous les drapeaux du prince légitime. L'artiste obéit, fit la campagne,

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Lorsque Charles-Edouard était entré à Holyrood, on avait remarqué à sa droite le duc de Perth, et à sa gauche lord Elcho; celui-ci était le fils atné du comte de Wemys, seigneur irès-considéré, qui , r^rettaot de ue pouvoir joiodre la bannière des Stuarts à cause de son grand âge, avait envoyé son Bis au prince, avec une somme de cinq cents livres sterling. Lord Elcfao n'était que depuis deux jours dans l'armée jacobite; sa présence devait rassurer les whigs autant que la démarche solennelle de James Hepbum de Keitfa ; car , sans être un whig comme celui-ci, lord Elcho passait pour être encore plus attaché k l'indépendance nationale qu'à la cause jacobite.

La veille de la prise d'Edimbourg , Charles-Edouard avait vu venir encore à lui sir Robert Threipland, qui, habitant la capitale de l'Ecosse, dut lui porter les vœux des jacobites, et l'instruire du peu de résistance que les whigs étaient en état de faire.

Lockhart de Carnwath , Graham d'A^irth , RoUo de Lowbum, le poète Hamilton de Bangour, sir David Murray, et plusieurs autres, avaient déjà précédé sir Robert de Threipland , ou ne tardèrent pas à le

et fut récompensé en épousant sa maîtresse. Le nom de si Slrange est connu des amateurs de belles estampes.

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