‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart, precédéeChapitre 68 sur 72 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

~ HÀKCHI êtlB ËmMBODIIG. — lÏLE BEI

Pendant que Charles-Edouard faisail son entrée à Edimbourg, sir John Cope débarquait au port de Dunbar, à vingt-sept milles de distance. Parvenu d'fnverness à Àberdeen par de longs circuits, le général anglais y avait trouvé ses bâtiments de transport, et un vent favorable avait facilité son retour vers la capitale de l'Ecosse. 11 surveillait le débarquement de ses troupes et de ses bagages, opération qui dura deux jours, lorsque le 18 septembre il vit arriver sa cavalerie, c'est-à-dire les dragons que la terreur panique poursuivait encore. Arrêtés un moment pendant la nuit du 16 à quelques milles de Leith, ces pauvres soldats, ayant entendu le cri d'un des leurs qui se laissa choir dans un trou à charbon, crurent que c'étaient les Highianders, et remontant à cheval se reihirent à fuir jusqu'à Dunbar, oubliant leur colonel, qui s'était logé dans sa propre maison, située sur cette route. Le lendemain , le colonel , surpris de cette désertion, courut après eux, et fit recueillir dans des charrettes couveiles leurs armes, qu'ils avaient jetées çà et là pour fuir plus vite. Le 18, arriva à

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Dunbar un jeuae étudiant de l'université, l'auteur f\itur de la tragédie de « Douglas, » et d'une Histoire de celte même rébellion jacobite, qui dit au général qu'il était l'esté à Edimboui^ pour assister à l'entrée des rebelles, moins par curiosité que pour s'assurer, par ses propres yeux , de l'élat de leurs forces. Ils n'étaîeut guère, ajouta-t-il, plus de deux mille, irrégu" lièremenl armés, les uns avec des fusils, les autres avec de simples claymores, et plusieurs avec des es- |)èces de longues faux appelées haches d'armes du Lochaber; d'ailleurs, sans artillerie, sans munitions, et n'ayant point de oavalerie. Sir John Cope reprit confiance, quoique le jeune volontaire ne lui dissimulât pas que des renforts étaient attendus d'heure en heure par les Higblanders. Sir John lui-même fut rejoint à Dunbar par le comte de Home , qui , revêtu d'un grade dans la garde de Georges H, ne pouvait se dispenser en conscience d'offrir ses services. Le jeune volontaire, qui tenait à honneur d'appartenir à cette illustre famille, remarqua avec douleur que le noble (»mte n'emmenait que deux domestiques pour toute suite, lui qui eût pu lever jadis un corps plus nombreux que les deux armées réunies. On vit aussi presque toutes les autorités administratives et judiciaires d'Edimbourg venir se mettre sous ta protection du pouvoir militaire, ayant déserté U ville, de peur d'être forcées d'y violer le sataent de leurs places.

Ce fut le 19 septembre que l'armée de sir John Cope quitta Dunbar pour aller camper dans la plaine de Had(Ungton, à seize milles d'Edimbourg^ Quand la nuit vint , on proposa d'envoyer en reconnaissance

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les volontaires qui suivaient l'armëe. Ils étaient seize; huit partîreat d'abord, et ils Turent de retour à minuit sans avoir rien aperçu ; des huit autres qui se mirent à leur tour en campagne, « il n'en reparut que six , dit Home, et qui ne nous eu apprirent pas davantage ( i ). » Or, les deux autres étaient MU. Francis Garden, depuis lord Gardenstone, et Robert Cuningham, qui devint général par la suite. Ces deux jeunes gens avaient choisi les côtes poui' leurs explorations. En approchant de Musselburgh, ils évitèrent le pont, de peur d'être remarqués ; et, profitant de la marée basse, traversèrent t'Ëske à l'endroit oii cette rivière se jette dans la mer. Par malheur il y avait sur l'autre boi-d une guinguette renommée pour sou vin de Xérès et ses huttres, comme l'attestaient deux pyramides d'écailles de chaque côté de la porte. Ils entrèrent, et se mirent gaiement à oublier les malheurs de la guerre autour d'une bouteille. Leurs joyeux ébats attirèrent l'attentioD d'un clet'c de pixicureur qui passait par là, se rendant à l'armée jacobite; car une jeune mereière qu'il aimait lui avait attaché de ses mains un gros nœud de rubans blancs à son chapeau. Il donna un CfHip d'œil par la fenêtre , reconnut les deux vedettes, et, prévoyant que la marée moulante les forcerait de s'en retourner cette fois par le pont, qui était étroit et presque impraticable, il alla s'y placer en embuscade, bien résolu à débuts par un exploit qui lui fît honneur auprès de Charles-Edouard et aux. yeux de sa belle. Quand les volontaires s'approchèrent , il grossit sa voîx sans se montrer , et cria : « Garde à

(i) HMoryofthti^eUion, (y Home.

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vous! «comme s'il n'était pas seul, si bîeu qu'il fît deux prisonniers sans brûler une amorce. Il les conduisit immiédiatement à Diiddingstone, où campait l'année de Charles-Edouard» et les remit à John Roy Stuart , capitaine de la garde du prince. Johu Roy parlait de les faire pendre comme espions ; mais ils en furent quittes pour la peur, grâce à la recommandation d'un officier du même corps, Colqhoun de Grant, qui avait été leur camarade d'enfance. Ils conrirmèrent l'avis qu'on avait déjà reçu , que sir John Cope devait le lendemain, ao septembre, continuer sa marche. I^ prince et ses officiers furent d'accord pour lui épargner la moitié du chemin. On demanda à Mac-Donald de Keppocb, qui avait servi en Fi-ance, s'il pensait que la partie fût égale entre les Higbianders et les troupes régulières. « J'avoue, dit-il en s'adressant au prince, que nos clans ne se sont point battus depuis longtemps; mais les Chefs seront bientôt dans la mêlée, et les simples soldats ne tes y laisseront pas seuls. — Eh bien ! s'écria Charles-Edouard, je ne resterai pas plus en arrière. »

Au point du jour, les sons de nouvelles cornemuses annoncèreut un renfort de deux cent cinquante montagnards : c'étaient les Granis de Glenmorriston, quelques Mac-Lachians, et des hommes d'Alhole, qui ne furent pas les derniers à marcher en avant. Le reste de l'armée avait mis à profit trois jours de repos : son courage et sa confiance semblaient avoir doublé par la prise d'Edimbourg. Charles-Edouard traversa les rangs pour aller se placer à l'avant-garde. Au moment de donner le signât, il montra son épée nue : « Mes amis, dit-il, j'ai jeté le fourreau. » Une

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bruyante acclamation fut la réponse des montagnards, et ils partirent avec joie. Au sortir du village de Duddiagstone, l'un d'eux, apercevant une maison en construction , y courut , prit un balai qu'il attacha au bout d'une perche ; et cet étendard grotesque fut salué comme un emblème, signitiani que tes soldats anglais allaient être balayés de l'Ecosse.

Sir John Cope entrait dans la plaine située entre Preston et Sealon, lorsque lord Loudon, son adjudant général, et lord Home, son quartier-mailre général, qu'il avait envoyés pour reconnaître l'emplacement où il se proposait de camper ce jour-là près deMusselburgh, revinrent à toute bride lui annoncer que les rebelles s'avançaient à sa rencontre. Sir John, surpris, se félicita d'être arrêté du moins sur un terrain avantageux; et il eut encore le temps de ranger ses troupes en bataille, étendant sa droite vers la mer, et sa gauche vers le village de Tranent. Bientôt les Highlanders parurent, et les deux armées se saluèrent d'une clameur qui l'etentit comme le roulement de la foudre dans les rochers voisins. Charles avait à dessein pris une route oblique pour se trouver sur le terrain le plus élevé , d'oïl ses montagnards pourraient, d'après leur lactique, fondre avec impétuosité sur l'ennemi. Sir John Cope , qui s'était attendu à voir déboucher les montagnards par la route directe, fut forcé de changer sa position. Il appuya sa droite sur le village de Preston, et sa gauche sur Sealon-House. Derrière lui étaient la mer et Cockenzie; son front de bataille se terminait à un marais coupé par un fossé profond ; position forte sans doute, mais qui semblait l'accuser de chercher plutôt la

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défensive qu'à livrer bataille. En effet, te prince, prévenu de la nature du terrain , chargea M. Ker de Gradon d'aller le reconnaître. Cet ofRcier, monté sur un petit cheval blanc, parcourut tout le front de l'eoneini, essuyant avec un sang-Troid imperturbable une grêle de balles; il ne revint qu'après s'être assuré de la largeur et de la profondeur du fosse. D'après son rapport, convaincu qu'on ne pourrait le franchir sans danger, Charles-Edouard feignit de vouloir attaquer le flanc droit des Anglais , qui reprirent alors leur première position. A part quelques coups de canon tirés sur les moatagnards , ce jour-là les deux armées s'en tinrent à des évolutions, qui furent exécutées avec tant de précision par les troupes réguliè- 1*68, que sir John Cope s'applaudit de sa supériorité en fait de tactique, sans s'apercevoir qu'il était comme enfermé dans le cercle borné où ses soldats manœuvraient si bien, tandis que les Highianders pouvaient se mouvoir presque eu tous sens autour de lui.

Le mois de septembre avait été jusque-là d'une sérénité remarquable, quoique les nuits eussent toute la froidure habituelle de la saison et du climat. La nuit du vendredi ao septembre amena une brume épaisse et glaciale, qui parut plus sévère aux soldats de Cope, habitués à de bons bivouacs, qu'aux enfants des montagnes. Le général anglais ordonna d'allumer de grands feux dans ses positions, et (It jouer de temps en temps son artillerie, pour prouver aux rebelles qu'il seraitdifficile de le surprendre paruneattaquenoc turoe. Ayant consulté ses officiers, Charles-Edouard se porta de l'ouest à l'est de Tranent, où le marais paraissait plus praticable, avec l'intention d'attaquer

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les Anglais de ce côté au point du jour. Lea Highiauders s'enveloppèrent de leurs plaids, et goûtèrent quelques heures de sommeil. Charles-Edouard, dédaignant d'aller chercher un abri et un lit dans le village de Tranent (i), s'étendit, comme le dernier des siens, au miheu d'un champ, sur un amas de cosses de pois; mais à peine avait-il fermé les yeux qu'il fut éveillé par lord Geoi^es Mufray, qui avait été réveillé lui-même par M. Anderson de Whilburgh, propriétaire du marais dont il a été fait mention. M. Anderson était du nombre des patriotes désintéressés qui , comme James Hepburu , s'étaient déclarés pour le prince depuis son entrée à Edimbourg. Il s'était souvenu d'un passage plus ràr que celui par lequel le conseil de guerre avait arrêté qu'on irait attaquer l'armée anglaise. Il exposa son plan au prince et aux autres chefs, promettant de guider lui-même l'armée sans que l'ennemi pût la voir passer, ni la troubler par sa mousqueterie.

En conséquence, dès trois heures après minuit, les Highlanders commencèrent à défiler en silence. La nuit d'abord , et plus lard le brouillard , favorisèrent le sec»«t de leur marche. Quand la tète de la colonne

(i)Daas l'après-midi, Charles-Ëilouard était allé dîner à la petite auberge du .village, ea compagnie du duc de Perth et d'un autre ofBcier. Ils ne purent se procurer qu'uo potage au mouton. La tradition raconte que l'hôteue, de peur d'être pillée par les Highlanders, avait fait disparaître toutes ses cuillers d'étain : il fallut que le prince et ses deux convives se conteutassent de deux cuillers de bois poiu' trois, et d'un couteau de boucher pour couper la viande du bouillon, qu'ils mangèrent avec leurs doigts. (Ch*h- BEKs" Hitler)

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fui parvenue au marais, quelques dragons en vedetle crièrent qui vive? firent feu, et allèrent donner l'alarme. A. l'endroit indiqué, on avait jeté un pont sur le fossé rempli d'eau courante pour le service d'un moulin voisin. Charles-Edouard, s'étant élancé des premiers, jaloux de donner l'exemple, s'enfonça dans la fange du marécage; mais il eut bientôt trouvé ta lerre ferme. *

La tête de la colonne, se dirigeant vers la mer, ne ralentit le pas que lorsque l'ariière-garde eut franchi après elle le passage; et alors, faisant un demi-tour à gauche, chaque corps prit à la hâte son rang de bataille. L'aile droite, commandée par le duc de Perth, fut formée des Mac-Donalds; c'était puureux une place héi'éditaire depuis que Bruce ta leur avait assignée à Bannockbtirn , en reconnaissance de l'hospitalité qu'il avait reçue de leur Chef dans les Hébrides. Les Camérons elles Appin-Sluarls, qui l'avaient réclamée, se contentèrent de foitner l'aile gauche, commandée par lord Georges Murray; au centre furent réunis les régiments du duc de Perth et des Mac-Gregors. C'était In première ligne; la seconde, qui était destinée à agir comme réserve, se composait des hommes du clan d'Alhole e( des Robertsons, derrière l'aile droite; des Mac-Lachians et des Mac-Donalds de Glencoe, sous les ordres de lord ?4aïrn , derrière l'aile gauche. Le prince était entre les deux lignes, entouré du petit nombre de cavaliers qu'il avait sous ses ordres. Il n'avait point d'artillerie, excepté un vieux canon tout au plus bon à être chargé à poudre, mais que les uiontagnai'ds avaient voulu traîner avec eux, et pour lequel ils avaient ce respect religieux que les

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Vendéens de nos jouis montraienl à la fameuse Maiie-Jeanne fi).

Sir John Cope rangea son armée en une seule ligne de bataille. Le régiment dit de Murray formait sa gauche , celui des Lees sa droite , huit compagnies du régiment de Lascelles et deux de celui de Guise son centre, sans ccynpter les dépôls de divers régiments et quelques volontaires; les deux régiments de dragons souvent cités flanquaient les deux ailes de l'infanterie anglaise, celui de Gardiner la droite, celui de Hamillon la gauche. Sur la droite était placée l'arlillerie, qui consistait en six canons assez mal servis. Une garde veillait aux bagages qui étaient à Cockenzie, où sir John Cope avait passé la nuit. Les forces étaient à peu près égales des deux côtés, quant au nombre ; les jacobîles comptaient environ deux mille quatre cents hommes, les Anglais deux mille deux cents; mais la première ligne seule des jacobiles prit une part active au combat.

Sans être précisément surpris, sir John Cope ne s'attendait pas à être attaqué sitôt. Quand le soleil pénétra le brouillard, il vit les montagnards s'avancer rapidement sur lui , mais sans qu'il put juger si c'était en bon ordre: en effet, à travers l'espèce de clarté fantastique qui les enveloppait, les vides nom-

(■) Cette TJeille pièce d'artillerie, du temps des premiers Jacques, ttaJt connue sous le nom de Mons-Meg. Après 1746, elle avait été transportée à la Tour de Londres. Lorsque le roi Georges IV YÎsito Edimbourg , sir Walter Scott lui demanda , comme une faveur, la restauration de Mons-Meg au château d'Edimbourg. Georges IV y consentît ; mais le retour de la vieille pièce n'eut lieu, qu'en I Sa8, sous le minbtère de lord WellinglOD.

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breux de leurs rangs causés par t'ioëgalité du terraiu, ou plutôt par leur impétuosité mal réglée, semblaieot remplis par la vapteur elle-même , dont ud poète aurait pu comparer les lourbiUoas aux images de la mythologie ossianique. Parvenus à la portée du mousquet, ils (toussèrent leur cri de guerre, déchargèrent leurs fusils, tirèrent leurs claymores, du fourreau, et tenant leurs dagues (dirks) de la main gauche, ramenée à la hauteur du visage pour se couvrir de leurs petits boucliers, ils fondirent, selon leur coutume, sur les habits rouges, à travers la sombre fumée de la mousqueterie et du canon. Le premier rang des Anglais croisait la baïonnette; mais les montagnards, fléchissant un genou et relevant les fusils des soldats avec leurs dagues, les égorgeaient sans défense; puis, rejetant les cadavres sur le second rang, continuaient le carnage dans une lutte terrible corps à corps. Semblables à nos Vendéens , on vit les Camérons et ' les Stewarls, après avoir adressé une courte prière au ciel, fondre sur les batteries de sir John Copeets'en emparer, mais sanssonger à les tourner contre l'enaemi. A l'extrémité de l'armée anglaise , tes dragons n'attendirent pas le choc de cette infanterie sauvage; les escadrons prirent la fuite l'un après l'autre, sans écouter leurs officiers. Les dragons de Gardiner, qui se trouvaient opposés aux Camérons, furent sans doute épouvantés de l'audace avec laquelle ceux-ci se jetèrent sur les canons. Â l'aile gauche , les dragons de Hamilton, voyant galoper leurs camarades, ne tirèrent pas même un coup de carabine, et lâchèrent pied à l'approche des Mac-Donalds. La déroute devint alors générale; mais le sang coula encore dans un duel

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