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reconquérir la pierre mystérieuse de Scone^ trans^ portée par Edouard I" à Westminster. Ces auxiliaires anglais tant promis ne se montraient qu'en -bien petit nombre/il est vrai; mais, dans leur audace^ presque tous les simples soldats^ et même quelques Ghefs^ étaient tentés de s'en féliciter : leur triomphe en serait plus beau (i). Aux yeux de ceux qui> plus réfléchis^ trouvaient les Jacobites bien tièdes ou bien prudents pour des rebelles, les Whigs, par compensation , ne montraient-^ils pas la même tiédeur ou la même prudance ?
U est curieux d'étudier encore ici les diverses émotions de l'esprit public à cette époque, pour juger s'il eût été si difficile à Charles-Edouard de terminer la querelle entre les deux dynasties f)ar la prise de Londres.
Forcé, en I744> P^r ^ûe intrigue de cour appuyée sur l'Opposition , de renvoyer du ministère lord Carteret, devenu lord GranviUe, Georges II avait conservé toute sa confiance à ce favori, qu'il consultait en dehors du cabinet, comme il avait pendant long-temps consulté autrefois Robert Walpole, frappé d'une apparente
(i) Telle est Popinion que, dans son JVaverleyy "Walter ScoU prête à son Fergus Mac-Iyor , le représentant des partisans exaltés de la conquête parmi les Highlanders.
clisgrace. Toate la politique de lord Graùvflle consistait à contredire les nouveads ministres et à leur susciter des ^nbarras. Les ministres^ de knr coté ^ peu d'acCord entre eux ^ petits génies pour qui la grande affaire d'état était k soin de leurs petits intérêts et la aatis&ction de leurs pe» tites haines 9 vivaient au jour lé jour , et , par incapacité ou par négligence^ semUaîent gouvetoer au hasard , sans niiesures fixes en &ee du périL fc La perfide et dénaturée rébellion (i) de l'Ëcosseï) f ooDune on l'appdait^ ne les occupa sérieusonent qu'après la défaite de sir John Cèpe. Le duc de Ilewcastle youlut alors en e£» firajer le monarque : celui-ci se mit à rire^ parce que lord Granrille avait ri de ce premier succès de Gharle8-£douard ; et désormais le duc de Neircasde vit awc no secret plaisir les progvès du prince, parce qu'ik donnaient uii démenti i lord GranviUe. Mais le monarque , opiniâtre dans ses préyentionsy était fiicilenoent effrayé. Quand à appi^it qme Cbarles-Edmiani s'était emparé de Garlislè , il se jeta dans les bras du duc , et toutes ses déterminations participèrent naturellement du caractère irrésolu de son ministre; La. présence du duc de Cumberland, l'homme
(a) Vtuiatural rébellion,
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d'action de là dynastie , rassura d'aboi^d la couf^ Lorsque son fils alla prendre le commandement de» troupes confiées au général Ligonier, Georges II annonça qu'il se proposait de se mettre en personne à la tête de sa troisième armée , à « Finchley-Common » , accompagné du comte de Stairs^ que sa haine du nom des Stuarts avait fait rentrer en faveur après une récente disgrâce. En attendant > les gazetiers , les poètes à gages , les prédicateurs continuaient à encourager la levée des milices de Ldndres et des comtés circonvoisins : les corporations se réunirent en armes; les tisserands de Spitalfield formèrent une association anti-jacobite ; les directeurs des théâtres privilégiés offrirent même d'enrégimenter les « Comédiens de Sa Majesté » , les musiciens et tous les employés de leur département. Il y ^?ait enfin une sorte d'unanimité contre la rébellion dans tous les états. Cependant quelques esprits soupçonneux dénoncèrent l'air presque triomphant ou sardonique des Jacobites, qui leur donnait à penser qu'une conspiration secrète leur garantissait le succès. On emprisonna donc quelques prêtres catholiques; les sentinelles furent doublées aux portes de la ville, et l'on se demandait avec inquiétude des nouvelles du mouvement des armées. Le moindre bruit heu-
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reux ou sinistre trouvait , comme d'usage^ d(^s échos qui le grossissaient rapidement ;' les' espérances des unS| les craintes des autres en étaient accrues tour à tour ; mais les indifférents , dans la capitale comme dans les provinces^ compo* saient évidemment la majorité. Quelques cita* tions nous révéleront toutes ces vicissitudes de l'opinion publique.
- Voici quelques extraits d'une lettre écrite de Londres au Lord-président Duncan Forbes^par son compatriote sir Andrew Mitchel^ bien connu par l'estime que faisait de lui notre Mon* tesquieu y et par la faveur dont il jouit auprès dtt grand Frédéric à Berlin.
« Whitehally 19 novembre 174^.
« Je n'ai p^s besoin de vous décrire l'impression fâcheuse que la reddition d'Edimbourg et les progrès des rebelles ont produite dans œ pays. Je voudrais pouvoir dire que cette imprcs?* s ion s'est bornée aux basses classes, du peuple; mais je dois avouer franchement qiiie les classas les plus élevées ne l'oot pas moins ressentie* Les conclusions qu'on a tirées de ce qui se passe sont toutes naturelles : il a été dit trop publiquement que toute l'Ecosse était» jacobite. Le nombre des rebelles et de \cuts adhérents a été
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amplifie^ comme de raison; et quiconque s'a* vise de les diminuer est traité de Jâcobite se* cret ( a secret Jâcobite )• Yoti^ seigneurie est la seule personne qui ait échappé à cette réprobation nationale *« Si je n'avais
pas assez vécu en Â.ngleterre pour connaître la bravoure naturelle des Anglais ^ particulièrement dans les hautes classes y j'en aurais pris une bien fausse opinion d'après leur conduite récente* Le moindre vent de bonne nouvelle les exalte de la manière la plus absurde ; le moindre revers de fortune les abat jusqu'au dernier degré du découragement (i). »
a Londres y dit un autre auteur contemporain écrivant sur les lieux y Londres est ouvert au premier occupant^ écossais ou hollandais (2). »
Le poète Gray , dans une lettre à Horace Walpole^ datée de Cambridge^ s'exprime en ces termes : « Les gens du commun^ à Londres y savent au moins avoir peur ; mais nous sommes ici des gens très peu communs y et nous ne nous soucions pas plus du danger que si la bataiUe dont il s*agit était la bataille de Cannes. Quand on a appris que les Ecossais étaient à Stamford y et
(i) Culloden papers, pag. a55.
(2) Quarterty review, tom. XIV, article sur l'ouvrage intitulé Cutloden papcrs.
DB CHARLES- ÉDOUAR». iSt
puis à Derby , j'ai entendu des gens sensés parler de louer une chaise de poste pour aller i Gaxton (sur la grande route) afin de ^oir passer le Prétendant et ses montagnards écossais (i). » L'arrîtée des Écossais à Derby fut connue à Londres le 5 décembre. La première pensée de la population.coromerçante de cette grande capitale se portasur le danger du pillage delà part desmon-^ tagnards^ qu'on avait représentés conmie des bandits. Uy eut une jréritable consternation parmi les boutiquiers. Dans un numéro de son )Ournal ( le f^rai Patriote ) , Fielding dit que , a lorsque par une marche incrojrable les Jacobites se furent avancés entre le duc de Gumberland et la métropole ^ la terreur fut extrême. » La terreur est contagieuse : plusieurs habitants se réfugie-^ rent à la campagne avec leurs effets les plus pré*« cieux ; presque tous les magasins furent fermés; la banque se vit assiégée par les porteurs de 8e& billets^ qui en demandaient le paiement; c'était la banqueroute qui était à sa porte : un stratagème sauva son crédit. Des agents^ postés à dessein ^ entourèrent lacaisse, et reçurent en échange de leurs bank^noteslsL somme à laquelle ilsavaieot droit en monnaie de cuivre^ dont la double vé^
(i) Gaat's Works , editcci by Mason,
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rification fit gagner du temps. Les protestatîoofl de fidélité n'étaient plus si bruyantes ; le mot de restauration fut même murmuré tout bas dans le palais de Saint- James. En vain l'étendard roj'al était arboré à Blackheath. Cet appel au courage anglais ressemblait à celui âe Jacques ITy en i68».
Le ducdeNewcastle resta, assure-t-on, enfermé toute la journée du 5 décembre, inaccessible dans sa maison, incertain s'il n'était pas temps pour lui de se déclarer pour le Prétendant (r"). Quinze mille hommes étaient déjà partis^ disaient quelques personnes , pour aller joindre le jeune héros. Le bruit courut que les Français avaient débarqué au nombre de dix mille. Le rot Georges fit tenir prêts ses yachts au quai de la Tour, y fit cacher 3es trésors, et tout était disposé pour qu'à la première nouvelle So: Majesté pût mettre à la voile pour la Hollande. La contrepartie du triomphe de Guillaume allait-elle donc se réaliser (a) ? Charles-Edouard n'était plus
(i) Edinburgh review, Geoeces Mag-Kbivzie's Worha.
(2.) Il est resté pour les arts un monument de Tappel
fuit par le roi Georges au dévouement de ses sujets en
1 745 : c'est un des chefs-d'œuvre d'Hogarth , sa fameuse
planche connue sous le nom de Marche des Gardes à
Finchley {ihe March ofthe Guards to Finchle^), Le talent
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qa'à trois journées de Wetsmiuster.Ponvait-il enfin se flatter qu'il couronnerait de ses bannières victorieuses les royales tours de cette antique abbaye?
d'flogarth était de saisir le côté comique de tout ce qu'il Toulait peindre sans sortir de la yérité. Dans cette composition, l'approche du prince Charles-Edouard a éveillé le courag^e de la yille de Londres. Mais l'indécision de quelques uns est représentée par un grenadier qui est là entre deux demoîsêiles , l'une catholique, l'autre protestante : comme Hercule entre la Vertu et le Plaisir. La troupe défile d'abord en boa ordre , mais l'arriére-garde n'a pas l'air jl'être aussi bien disciplinée que le premier rang. On dcTioe qu'il a fallu enivrer plus d'un brave pour le convaincre du bon droit du roi Georges. Rien de burlesque comme ces groupes de soldats ivres , de courtisanes et d'enfants! Hogarth n'en dédia pas moins sa gravure au roi Georges; mais if fut mal reçu. «Quel est cet Hogarth? demanda Sa Majesté. —Un peintre! dit un courtisan. — Un peintre ! reprit le roi , je hais la peinture et la poésie : ce drôlç-lù s'est voulu moquer de mes fidèles gardes. Un peintre se moquer d*un soldat! Il mérite d'être renvoyé ù coups de pied pour le punir de son insolence ! » Hogarth piqué dédia sa planche au roi de Prusse.
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