‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 30 sur 61 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

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COLONEL B . LALLT. LES I»AGOIC8DB BAWLBT. ^LZ8 MACDONALDA.

DÂROCTB DES ANGLAIS. SIR THOIIÀ5 FOUUS. — LB PALAIS DB

LINUTHGOW. LA PBTTB SD FBUt LES GIBETS. LES POLTBONS

BATTUS Î)E TEEGBS. UN PEISONNOB. EXPLICATION DB LA BA- TAILLE DB FALDBK PAS LB fiéNéBAL BAWLBT. LBTTBB OU GiR&BAL

WIGpTHAN.

En se voyant si prèd d'en venir aux mains avec les Anglais, Charles^Édouard oublia la retraite ^e Derby , et Ton vit briller dans ses yeux cette chevaleresque audace qui inspirait un si vif enthousiasme à tous ceux qui l'approchaient. Il parcourut les rangs avec le marquis d'Aiguilles ^ et entouré de ses officiers d'état-major, il fut accueilli avec un murmure de satisfaction j chaque Chef était à son poste, impatient de s'élancer le premier sur les dragons qui formaient Favant* garde de Hawley. Le prince fixait de temps en temps sur eux un regard plein de confiance j comme pour dire : « Ils sont à nous ». Il trouva à la tête des Gamérons de Glendessery ta belle

Jenny CaméroD^ qui eût été moins belle si elle n'eût trahi un reste de timidité sous la fierlé qu'elle cherchait à donner à ses regards. Au lieu du geste familier ou des mots d'amitié qu'il avait adressés aux autres Chefs^ Charles-Edouard fit au (( joli colonel » un salut qui exprimait à la fois Tassurance d'un prince et la courtoisie respectueuse d'un chevalier.

A l'arrière-garde, il reconnut avec plaisir les derniers soldats arrivés de France , et avec eux M. de Lallj : « Eh bien! Lally^, lui dit^il, ces Anglais vous connaissent; ils étaient à Fontenoj. — Oui, mon prince, répondit Lally j mais pour renouveler connaissance, nous aimerions raiéux, mes officiers et moi, être un peu plusi près du premier feii. » Charles-Edouard ne pouvait enlever aux clans privilégiés l'honneur de la prè«miére attaque \ mais pour profiter aussi de l'expérience des officiers français , il en désigna plusieurs pour faire le service d'officiers d'ordonnance ^^ et pria M. de Lally d'être un de ses aides-de-camp. Quant à lui, il voulait se placer au front de la bataille ; mais lord Georges Mttrray et les Chefs des clans lui représentèrent qu'U devait à ses troupes de ne pas exposer sa personne avant que la victoire fût à peu près décidée. Charh s demeura donc à la tête de là

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réserve, espérant bien que raffairc ne se terminerait pas sans lui. La raéme ardeur animait le dernier soldat comme le prince j lord Georges Murray n*«ut pas peu de peine à obtenir des clans qu'ils laisseraient avancer les dragons à portée de leurs mousquets ; heureusement ils ne tardèrent pas à commencer le combat.

Hawley envoya rordre'auxx^olonclsLigonicr, Hamilton et Cobham de chasser les montagnards de leur position. Il n'avait pas craint de dire qu'un seul régiment en aurait eu bon marché (i) ; mais il était quatre heures du soir, et les jours sont courts encore en janvier. Le général, en faisant donner toute sa cavalerie contre les montagnards, voulait finir la bataille avant la nuit^ d'autant plus que l'orage, redoublant de violence, semblait en hâter le retour. Les dragons n'avaient pas la même confiance. Le colonel Ligonicr, qui avait remplacé Gardiner, témoigna sa surprise de la témérité du général, surtout lorsqu'il entendit ses cavaliers murmurer qu'ils allaient à une mort certaine. Les Highlanders les laissent approcher, puis tout à coup les reçoivent avec une décharge de leurs mousquets. One sombre

(1) Lettres d'Hawley à Duncao Forbes. — CuUoden pêpers.

igo . HISTOIRE

fumée^ qui enveloppe les dragons^ ne laisse plus distinguer leurs mouvements^ jusqu'à ce que le

vent ait dissipe la vapeur qui les cachait et les découvre rebroussant chemin et se débandant.

Parmi les blessés , plusieurs n'avaient même reçu que la blessure des lâches. A la faveur du profond sillon d'une ravine , le seul régiment de Cobham avait galopé quelques pas plus loin, mais ce fut pour fuir bientôt avec une double vitesise , quoique en meilleur ordre. Il n'y eut qu'un faible détachement, conduit par le lieutenant - colonel "Whitney^qui osa charger sérieusement les montagnards. Whitney reconnut a une portée de pisr tolet John Roy Stewart^ qui avait été^son ami. « JNous sommes à vous dans un moment, lui cria-t-il. — Vous serez les bien venus, répondit John Roy » ; et au même instant une balle frappa le brave lieutenant-colonel. Ses dragons se jetèrent sur les rangs ennemis pour le venger j ils renversèrent et foulèrent quelques hommes, entre autres le Chef de Clanranald^mais les montagnards de la seconde ligne, se glissant sous le ventre des chevaux, les poignardaient et coiltinuaient avec les cavaliers une lutte d^homme à homme, dans laquelle ils eurent enfin le dessus. Ce fut alors le tour de l'infanterie. Elle allait s'avancer au pas de charge ; lord Georges Murray

DE CHAELE8-ÉD0UÀRD. IQt

cria aux Highlanders de l'attendre ; mais il ne put mettre uii frein à l'im^tuositë des Macdonalds ; ils rechargèrent leurs mous^juets. en couvrant, firent feu , et selon leur tactique , fondirent sur l'infanterie anglaise qui, déjà ébranlée par la fuite des dragons ^ eut à peine le temps de leur riposter.

A Textrémité de l'aile droite d'Hawley, qui dépassait de beaucoup l'aile gauche des montagnards y le ravin offrit une espèce de fortification na,tureUe au v régiment de ligne, et au i«% dit deligonier. Quelques dragons de Cobham se rallièrent derrière cette infanterie , qui rétablit le combat par une déchargé meurtrière sur le flanc des Maedonalds. Ceux-ci crurent être tombés dans une embuscade; les uos lâchèrent pied, les autres suspendirent leur poursuite, et l'aile droite anglaise aurait pu reconquérir la victoire. Charles-Edouard , toujours sur le plateau avec la réserve , voyant une fraction de son aile gauche arrêtée par une soudaine réristance, accourut l'épée haute , et détermina la retraite des Anglais; mais il eut peine à croire à son tour que ce fût là le reste de cette belle armée , glorieux débris de Dettingen et de Fontenoy. \jàs Chefs et lui se demandèrent sponta-

IQ^ HISTOIRE

iiémcnt : « Où sont-ils ?(i) « En eflel, les Anglais avaient comme disparu aux yeux des vainqueurs. Il était naturel de craindre quelque feinte de guerre, et cette crainte sauva les vaincus. Le général Huskeut le temps de faire retraite en assez bon ordre avec les dragons de Cobham et les débris de l'aile droite. Le corps de lord John Drummond trouva encore à Falkirk quelques traînards dans la rue principale^ et les Camérons atteignirent une autre bande qu'ils massacrèrent. Les habitants de Falkirk avaient mieux jugé l'issue de la journée. Ils s'étaient précipités dans le camp anglais, et l'avaient pillé , n'y laissant plus aux Highlanders que quelque butin à glaner,' avec les tentes, les munitions , les armes, les canons et les étendards". Enfin le comte de Kilmarnock, qui s'était dirigé vers la route d'Edimbourg par le chemin de traverse de ses propres domaines, revint pour confirmer la nouvelle que l'armée anglaise était en pleine déroute ; mais il était alors sept heures du soir , et cette armée, battue en dix minutes, avait déjà gagné Linlithgow, à dix milles du champ de bataille. L'occasion de la tailler en pièces était perdue j le prince, exposé à l'orage depuis plus de cinq heures, prit

(i) Jacobite relies.

DE CHARLES-EDOUARD. IqS

son logement ponr la noit à Falkirk , chez la veuve d'un médecin appelé M. Graham. Cette dame obtint cette faveur comme la récompense de son ardent et fidèle jacobitisme y attesté par une population dont le zèle pour les Stuarts parut en cette circonstance à peu près unanime. Quelques détachements harcelèrent les fuyards ^ et ne purent rejoindre leurs corps que lelende* main. Leurs camarades avaient passé une partie de la nuit à dépouiller les morts ; et il fut &cile au, point du jour de calculer la 'perte des Anglais y dont les cadavres étaient étendus presque uus sur le champ de bataille.

Les Highlauders n'avaient à regretter que ^o hommes et 80 blessés : près de 600 Anglais avaient péri ^ dont 3 lieutenants - colonels et 9 capitaines. Les blessés et les prisonniers étaient à peu près en même nombre. Parmi les morts^ on reconnut le capitaine Sir Robert Monro de Foulis, cité pour son énorme corpulence. Lorsqu'à Fontenoy l'ordre avait été donné aux Anglais de se baisser la face contre terre pour éviter le feu des Français, Sir Robert, à qui ce mouvement était impossible, se tint seul debout exposé aux balles. A Falkirk , pendant .que ses soldats fuyaient ça et là , il resta encore presque immobile, ayant été renversé de cheval. Son frère, II. i3

qui élait chirurgien dans le môoie régiment ^ courut k sa défense. Il se porta, avec une activité presque incroyable , à droite et à gnudic pour parer les coups que les montagnards adressaient à cette espèce de tour vivante. Mais les deux frères furent tués ensemble • Le cadavre de Sir Robert demeura debout^ les jambes dans la fange 9 et serrant, par un dernier effort convulsif , son épée dans sa main (i). Çâ et la quelcpies soldats anglais furent comme lui ret^ius dans la vase marécageuse où , selon l'expression des Higblanders, ils furent « fauchés comme des joncs (2). V

Quand le général Hawley,

« That bas tard brat offoreign cat»,

c'est-à-dire « ce bâtard d'un chat étranger», comme l'appelle une ballade jacobite sur la bataille de Falkirk, faisant allusion au bruit qui

(1) Charles- Edouard fit rendre les honneurs funèbres aux deux frères le lendemain de la bataille. — Lettré de sir H. Monro de Foulis au Lord-président. Cullodenpa" pers , pag. '267.

(a) Un autre montagnard disait à Walter Scott, en parlant de cette journée, qu'ils ayaient taillé les Anglais comme des tranches de lard. SUcedlike bacon. Quart. -rev. n'> 3G.

UB CHARLEiy-IiOOUARD. IQJ

coarait qu'il était fils naturel de Georges I" (i); quand le gëBéral' Hawky avait vu ses lignes rompues^ il s'était mis àla tête des fuyards^ désespérant de les rallier. Eu traversant Falkirk^ il fit tomber sa rancunie sur une croix de pierre qui était au miUeu de la place publique et qu'il mutila avec son épée. Parvenu à Liclitligov^ ^ il se logea pour la nuit dans le château ; et comme il menaçait de le livrer aux flammes le lendemain matin avant de partirj la femme chargée de la surveillance des appartements vint le supplier d'épargner ce vieux monument de la monarchie écossai/se. Mécontente des réponses ' de Ha wley : « Votre devoir , lui dit-elle , est de conserver ce palais au roi Georges j quant à moi je ssLUX'aiJïcîr le Jeu aussi bien que vous. i> L'histoire ne dit pas si Uawley comprit ce brocard et s'en vengea ; mais le palais fut respecté encore quelque temps ^ et le général vaincu se rendit à Edimbourg. Il y avait été précédé la veille par ceux qui, dans leur terreur, ne croyaient pas pouvoir trop s'éloigner de la .plaine fatale de Falkirk. Les Whigs étaient dans les alarmes. Hawley fit dire dans les journaux qu'il avait battu les rebelles , mais que l'orage Tavait forcé de sacri-

{i) Go, bock and kiss your dadie's mht.

fier sou triomphe à la conservation de ses trou-^ pes y qu'il avait préiëre ramener saines et sauves à Edimhcurg.

En apercevant les potences qu'il avait fait dresser avant de se mettre en campagne ^ il y fit attacher quatre de ses propres soldats , à défaut des captifs qu'il avait promis au bourreau en partant. Un seul était tombé entre ses mains ^ et expia plus tard sur l*échafaud le crime d'avoir eu part à la victoire de Charles-Edouard : c'était le major Macdonald de Kcppoch ^ cousin du Chef de ce nom^ qui^ ayant tué de sa main un capitaine de dragons^ s'empara de son cheval pour poursuivre les Anglais : le coursier remporta avec tant d'impétuosité, qu'il ne lui fut plus possible de le retenir que lorsqu'il se trouva en tête du corps auquel appartenait le capitaine tué. Quand les dragons en fuite ralentirent le pas y le major Macdonald espéra d'abord de se faire passer pour un officier du clan d'Argyle, Semblable au cerf de la fable surpris parmi les bœufs du fermier, il s'enveloppait du manteau détaché de la selle du cheval, afin de cacher les carreaux distinctifs de son tartan , et il se dirigeait du côté des Campbells,lorsqu'il fut reconnu par le général Husk. Il rendit son épéej vingt soldats furent chargés de le conduire jusqu'à

DE CIIARLISS-ÉDOUARD. IQJ

Edimbourg ; soit que cette nombreuse escorte pour un seul homme fut un compliment' pour son courage, soit que ce fut une leçon de mé« pris pour les gardes qu'on lui donnait.

Le général anglais avait besoin d'expliquer la perte de ses canons ; il fit dégrader publiquement le commandant de son artillerie y qu'on accusait, il est vrai, d'avoir fui sur un cheval détaché par lui-même d'un caisson. Les habitants d'Edimbourg eurent aussi le spectacle de voir passer par les verges les soldats de chaque régiment qui s'étaient le plus distingues par leur poltronnerie : les gibets restèrent d'ailleurs en permanence , et comme le duc de Gumbcrland les respecta à son passage, ce ne fut que six mois après que, pendant une nuit, des mains inconnues scièrent au pied ces dégoûtants trophées da k prétendue victoire de Hawley à Falkirk.

Avec les magistrats et les notables .d'Edimbourg* le général se montra plus franc que dans ses bul-;^ letinsj il les convoqua dans Holyrood, pour leur reprocher d'avoir exagéré au gouvernement la fecilité de détruire ou disperser les rebelles. Après le combat de Glifton, le duc de Gumbcrland lui avait donné l'exemple de s'approprier la victoire, quoiqu'il eût été défait. Mais voici ce qu'écrivait d'Edimbourg, à la date du 2a janr»

vier,le gcnéral Wightman au Lord-présideùt..!: « Je suis fâché de vous dire que lord Home et lôrd Glencairh ahaudonnèrentles volontaires de Glascow avant que leurs rangs fussent formés, et qu'ils s'enfuirent aussi vite que les dragons. Le général Hawley est dans la situation du général Cope. On ne Ta pas vu sur le champ de bataille pendant Faction j tout aurait été perdu comme à Presto n-Pans , et pire encore, si ie général Husk n'avait agi avec autant de talent que de courage, en se montrant partout. Hawley paraît sentir sa mauvaise conduite j quand je le vis samedi matin , à Linlitligovv , il avait un air bien misérable j plus misérable que Cope, deux heures après sa déroute, quand je le vis àFala.

« Ce sont de singulières scènes, et des événements très inattendus , qui vont effrayer sans doute le roi et le ministère aussi-bien que toute l'Angleterre, plus encore que le combat de Preston ; mais je ne m'en effraie pais : je n'en prévois pas de mauvaises conséquences, à moins que la disglace de Hawley n'en soit une. J'en prévois au contraire de bonnes, telles que la venue du duc dans ce pays-ci, et l'occupation de l'Ecosse pap une armée de 20^000 hommes pendant quelques mois^ à quoi j'ajouUî l'avancement du général Husk y qui csl un (excellent olïicicr cl un

DE CUJLaLfiS-£OaUA.IlD. IQQi

honnête homme. Je le dis , parce que j'ai fait k Mewcastle sa connaissance ^ et qae j'espère continuer notre liaison toute la vie , tandis que je mépriserai votre vieux ami^ le fat de maréchal Wade^ qui a i|uitté la scène au moment où je m'y attendais (i).»

(i) 'Culloden papersj pag'. .267.

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