CHAPITRE XXVI
CONSégiiENCES DE LA TICTOIBE DB FALKIBK. U BlTTIlf . -^ XJU GUDliB»
AIVGLAI8E8. LES FUIviRAILLES. — MORT DB GLEN6ART. — LE tOsEti'
TEUB. LES YOLCUVTAIBBS DE GLASGOW. — £bS PBISOlflflBBS DB
DOriVB. L*ATENTDBE DB LBOB ÉTASION. STÊGE DB STXBLDfG.—- LB
CÉlfÊRA& BLAKENET.
Cependant Charles regrettait que la rapidité même de sa victoire en eût compromis les résultats: une fuite moins prompte des Anglais ne l'eût pas tenu en défiance ; il aurait pu poursuivre les vaincus répée dans les reins, leur couper même la retraite et les détruire entièrement. Au contraire, c'étaient les montagnards que le succès allait, selon la coutume, éloigner momentanément de leur drapeau. Les Chefs se reprochaient les uns aux autres de n'avoir pas fait tout leur.devoir. Lord Georges Murray accusait lord Jolvn Drummond, qui commandait l'aile gauche, de n'avoir pas soutenu la droite avec assez de vigueur , et lord John Druramond , à son tour , blâmait lord Georges Murray de n'avoir pas voulu que les
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deux ailes fondissent simultanément sur Tlnfanteric anglaise après la déroute des dragons. On s'occupait enfin de ce qu'il eût fallu faire la veille, plutôt que de s'occuper de ce qui restait à faire le lendemaiq. On ne prévit que la diminution prochaine des troupes, et, au lieu de marcher sur Edimbourg , ce qui eût pu suspendre au moins leur désertion , on résolut d'attendre leur retour en faisant le siège de Stirling, tant il est difficile de retrouver toute l'énergie de ses premières impubions quand on s'est une-fois laissé aller à un système de mouvements rétrogrades !
L'hospitalité affectueuse des habitants de Falkirk ôta aux Highlanders to^t prétexte de piller la ville ou leurs hôtes. Aussi, la tradition cite à peine quelques traits d'exaction illégale. Quelques Whigs furent certes pressurés; quelques Jacobites furent pris poiir Whigs par certains montagnards , contrariés peut-être de trouver si peu de WLigs à mettre à contribution après la victoire; mais, en général, leur modération et leur sobriété leur firent des amis parmi ceux qui avaient subi les exigences des troupes anglaises. On raconte toutefois d'un capitaine des Mac- Gregors qu'il savait , au moyen de la langue gaélique, conquérir à la fois Testime des paysans du
Stirling-Shire et ge ménager une part dans le butin de sa compagnie. Était-il forcé d'accourir au secours d'une maison où ses soldats commençaient à traiter les habitants en ennemis: « Co« quins! s'écriait-il dans le dialecte des Lowlands, si vous ne partez pas d'ici, je vous brûle la cervelle! Seulement, mes enfants, ajoutait-il aussitôt eu gaélique, si vous avez sous la main quelque chose qui en vaille la peine, emportez-le bien vite. » On prétend aussi que ces saus^ages comr mençaient à mieux apprécier la valeur des objets, et surtout celle de l'argent. Quelques dragons^ poursuivis de trop près par un seul Highlander, ayant fait tout à coup volte-face , le cernèrent et le renversèrent mof t.. L'ayant dépouillé devant leur officier , celui-^i fut surpris de voir tomber de sonsporrariy ou bourse en cuir, seize guinées en or(i).
Le lendemain de la bataille , Charles-Edouard fit ensevelir les morts : on creusa une fosse immense où ils furent déposés pêle-mêle, excepté quelques officiers de distinction, qui reçurent dans le cimetière de Falkirk des obsèques particulières (2). Pendant qu'on rendait ces derniers
(i) Chevalier de Johmstone's Memoirs.
(a) Cul loden papers.
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devoirs aux morts des deux armées , uu triste accident causa de nouvelles funérailles que le prince lui-même honora de sa présebœ. Un Uighlander du clan Ranald, voulant nettoyer une carabine qui lui était échue en partage dans la distrihution des dépouilles du champ de bataille, en avait déjà extrait une balle: il eut le malheur de décharger cette arme par uae fenêtre auprès de laquelle était un groupe d oflSciers : une seconde balle était dans le canon et alla blcs* ser le jeune Glengary , qui mourut une heure après dans les bras de ses amià, en les suppliant de ne pa^ exiger que le sang fut le prix du sang , persuadé, comme il Tétait, de Tinnocenoe de Fauteur de sa mort. La loi du sang pour du sang était inexorable dans l'opinion dés Highlanders : Glanranald eût voulu vainement protéger la vie de son vassal. Le clan refusa de le livrer aux Glengary s, mais pour se charger en famille de son supplice : il fut fusillé. On dit que son propre père tira sur lui , sachant bien qu'il n'y avait plçis d'autre service à rendre à son fils que d'abréger son agonie.
Charles. donna des larmes au jeune Glengary , et voulut, comme pour le dédommager de n'être pas mort au champ de gloire , (ju'il partageât la tombe d'un héros. 11 fit ouvrir, pour Fy déposer,
celle de John Graliam,le bras droit de Wallace, et tué jadis dans la plaine de Falkirk. Charles- Edouard porta un des coins du manteau qui servit de' drap mortuaire à Glengary. (i)
Un autre événement faillit, le même jour, exciter une fatale querelle dans le camp jacobite« Le matin du i8 janvier , lord Kilmarnock, qui avait passé la nuit dans*son château de Callander, où le général Hawley avait trouvé la veille une dangereuse hospitalité^ vint à Falkirk avec quelques prisonniers que ses soldats avaient faits, et dont il présenta la liste au prince. Ils étaient presque tous du corps des volontaires.de Glascow, et parmi eux l'historien Home. Tout à coup, à travers la foule de montagnards qui remplissaient les rues, on vit paraître un soldat avec Puniforme anglais , s'avançant du côté de Charles-Edouard, son fusil à la main. Charles^ Edouard fit un geste de surprise à lord Kilmarnock , qui, se méprenant , ainsi que quelques spectateurs, sur ce soldat et ses intentions, courut à lui, le frappa sur la tête, fît tomber son chapeau, et mit le pied sur sa cocarde noire. Au même instant un Highlander, se détachant d'un groupe, se jette sur lord Kilmarnock , et.
(i) Home's History of the rébellion , III.
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le saisit au collet. Le lord prit un pistolet et l'appuya sur la gorge du montagnard , qui ne fut pas moins prompt à tirer son poignard et à en menacer le sein de lord Kilmarnock. Les assistants ne savaient encore ce qui allait résulter de cette espèce de lutte, lorsqu'une bande de Gamérons survint et enleva lord Kilmarnock ; l'homme au poignard ramassa alors le chapeau , le remit sur la tête du soldat et emmena celui-ci entriomphe, accompagne d'une autre bande de Gamérons.
Home ^ ayant demandé à un officier de Highlanders l'explication de cette scène, apprit que le soldat était un Oaméron, qui avait déserté la veille le camp anglais avec armes et bagage pour rejoindre son clan. Lord Kilmarnock avait cru que son intention était d'assassiner le prince« Le frère du soldat était accouru à son secours, et ses camarades ou ses parents avaient séparé les assaillants. « Car sachez, continua l'officier, qu'il n'y a dans l'armée du prince ni général ni colonel qui ait le droit de dépouiller cet homme de sa cocarde noire , excepté Lochiel lui-même* » L'histoire ne doit pas oublier, dans les anecdotes de la journée de Falkirk, l'historien Home,< dont l'huaieur belliqueuse n'avait pu être guérie par le burlesque licenciemisnt du bataillon des volontaires d'Edimbourg. Le régiment de Glas-
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cow, OÙ il fut admis comme lieutenant, ne lit pas une brillante figure à Falkirk ; aussi ne faut-il pas s'ëtonner que Home en parle à peine dans son récit du combat (i). Lq5 braves bourgeois ont heureusement trouvé un chroniqueur dans Dugald Graham, le sonneur de cloches de la cathédrale de Glascow, qui a célébré en vers la guerre de 1745. Hawley ne fit pas aux volontaires l'honneiir de les mettre en ligne. Ils furent postés auprès de quelques chaumières à la gauche eles dragons, et ils y attendaient qu'on daignât se souvenir d'eux, lorsqu'ils virent venir de leur côté, le général anglais au milieu d'un escadron en désordre. Home s'approcha de lui pour demander des ordres, et Hawley s'arrêta à peine UQ instant pour montrer du doigt une bergerie où il dit aux volontaires de se retrancher ; mais déjà ils étaient presque entourés par les Highlanders, qui les traitèrent fort rudement, en leur demandant de quoi ils se mêlaient (2). Ce fut dans la retraite que Home, son capitaine et quelques autres furent faits prisonniers. On les logea dans une prison de Falkirk où lafaini leur fit apercevoir qu'on les oubliait. Ils crièrent pour
(1) History ofthe rébellion.
la) Dugald Grauame'.s Metrical Aistory ofthe rébellion.
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avoir quelques provisions ; le servent de garde survint et leur demanda froidement quel besoin avaient de souper des hommes qui seraient pendus le lendemain matin. Les pauvres captifs se repentirent un moment de leur beau dévouement à la maison de Brunswick; mais heureusement ils en furent quittes pour la peur. Le lendemain on les transféra au yi^ux châtçau de Donne, bâti par un duc d'Albany , dans une petite péninsule, au confluent de FArdoch et du Teith , sur la rive septentrionale du Forth ;. leur diambre était si* tuée à Fétage le plus élevé de cet édifice , dont it reste encore une tour en ruines , qui a plus de quatre-vingts pieds de hauteur. Cependant Home et cinq ou six autres entreprirent de s'évader , en taisant une longue corde avec leurs couver^ tures j^ qu'ils déchirèrent en bandes. La cordé étant attachée à un créneau du côté de la mu'raille où il n'y avait aucune sentinelle , on tira au sort pour savoir qui se risquerait le premier. Il était une heure après minait ; quatre d'entre les fugitifs s'étaient déjà glissés jusqu'à terre; le cinquième touchait presque le sol , quand la corde se cassa au dernier tiers de sa longueur. Home cria au sixième de ne pas descendre ; mais celui-ci préféra se hasarder à un saut périlleux , et fut relevé par les autres avec une cheville luxée
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et quelques côtes enfoncées. Ils le transportèrent îusqn'à une maison de campagne voisine , où un fermier leur prêta un cheval qui les mit tous à même de se rendre à Tulljallan^ village de la cote. Là ^ ils trouvèrent à l'ancre le sloop le Vautour^ dont le capitaine les fît conduire à Queensferrj. Ainsi se terminèrent les aventures personnelles de J. Home^ en 174^ et 1746. Le dernier de ses compagnons^ laissé en arrière, essaya de rallonger la corde, et y parvint, mais ses mains ne purent la retenir assez long-temps^ et il fît une chute si violente, qu'il languit et mourût de ses meurtrissures. Le bataillon de Glascow cessa tout service après la bataille de Falkirk.
Cependant l'armée jacobite s'obstinait au siège de Stirling. Si Hawley avait eu le tort de croire [ue sa cavalerie le rendait invincible, Charles-- I douar d eut celui d'accorder trop de confiance à son artillerie. Un officier réfugié , moitié français, moitié écossais, M. de Mirabe), avait accompagné six canons arrivés de France. C'était un routinier de la vieille école, qui persuada au prince qu'un siège régulier manquait à sa gloire; il perdit un temps considérable à dresser des batteries qui se trouvèrent mal calculées et impuissantes ; le gouverneur de la citadelle riait sur sa roche inaccessible de ces vaines attaques j c'était
DE CHÀRLES-ÉOOUARD. !^OÇf
le général Blakeney y qui dix ans plus tard commaad^it à Mabon^ où il fut moins heureux (i). Il fallut 9 au bout de trois semaines^ dbandonner tous les travaux ; et dans cet intervalle^ les fuyards anglais s'ét^^ent ralliés à Edimbourg^ des renforts leur étaient arrivés de Tarmée de Wade,et le duc de Cumberland prenait le commandement. Les HighlaDders*tae revenaient <jue par petites bandes sous leur bannière^ et les vainqueur^ de Fajy^k^ forc(és de compteur lews forcer numériques^ pensaient à la retraite vevs le nord.
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