‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 35 sur 61 · CHAPITRE XXXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXL

BITUAÏÎOH DB CDABLES-ÉDOCAIU) A JWVBHKES». — L» DUC VR CUMBBBLA^D TBAVEISB LA SPJBY. —LA PLAINE DB DaUimOSaiE. — VUE ATTAQUB D«

HDIT. l'attaque ÉCIIOUE. APPROCHE DES ANGLAIS. LES CLAW

JACOBITE8 À IWTERNESS. — ACCUSATION DB WALTEK SCOTT BipUTÉE.

-* DESCBIPTIOlf DELA PLAINE DE CULLODBN. OBDBB DB BATAILLE

DES DEUX ABMiBS. — PBÉPABAMFS OB LA BAÏAILLB. — LE DINBB Kl L^ DE8SBAT. D^TGUBMENT d'oN FANATIQUE.

La crise de la campagne approchait J quelque e'tendu que fût le territoire occupé par les troupes de Charlies-Edouard , les vivres y devenaient de plus en plus rares. Chaque jour il fallait laisser disperser au loin les clans fidèles, et rompre cette force d'unité qui fait d'une armée une masse compacte, un corps intelligent et cependant docile à la discipline du chef, se mouvant par une seule volonté , allant et venant comme un seul homme. Le mois d'avril arriva, ,et le duc de Cumberland se résolut à entrer en campagne.

Un« vent froid qui survinl après le dégel ayant séché les chemins , les Anglais se mirent en mar- ". i6

a^'2 UXSTOIRK

che au nombre de dix mille hommes y escorté»

en quelque sorte par une flotte cliargée des provisions^ qui longeait les côtes. Le 10 y ils étaient à Banff ^ où les éclaireurs saisirent et pendirent deux espions montagnards , dont Tun comptait les divers bataillons ennemis à la manière des sauvages américains^ en faisant des entailles sur un bâton. Le la^ la Spey fut traversée malgré le lord John Drummond , à qui Charles-Edouard avait confié le soin de disputer au duc ce passage^ qui fut jadis une barrière souvent fatale aux conquérants de la Haute-Ecosse.

Le i4 j les Anglais étaient à Nairn; il n'y avait plus enlre eux et lesHigblanders qu'une distance de seize milles. Le lendemain^ anniversaire delà naissance du duc Guillaume^ les troupes reçurent double ration de biscuit et d'eau-de-vie ; ce fut une fête générale dans le camp.

La chance d'une bataille vint réjouir Charles- Edouard^ telle était la conSance des Chefs des Highlanders en se voyantattaqués sur le sol natal^ où ils se croyaient invincibles comme le géant de la fable , qu'ils se félicitaient de la témérité avec laquelle leurs ennemis venaient se livrer à eux. Cependant il était urgent de rassembler l'armée. Des exprès furent expédiés aux divers claus ^ dont quelques uns étaient stationnés à l'exlré-

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mite de l'Ecosse ; le tambour et les cornemuses appelèrent de toutes parts les fils de Gaël aux armes ; et près de six mille hoBunes fiirent im-* médiatement ralliés autour de Gharles-'£douard« Ils saluèrent le^ prince avec leur enthousiasme aocoututné ; entre autres acclamations , quelques voix s'étevèrent disant : u Nous donnerons à Cumberland un autre Fontenoy ». Le prince conduisit ces bravesdans la plaine de Dr uramossie- Muir , où ils bivouaquèrent rangés en bataille. Mais au bout de vingt-quatre heures^ le manque de vivres dispersa encore une partie de cette arknée. Charles-Edouard se crût cependant assez fort pour surprendre son rival par une attaque nocturne j espérant trouver le camp anglais pro-« fondement endormi , comme il arrive après de copieuses libations.

Deux mille Ijtighlanders seulement répondirent k l'appel 9 le plus grand nombre n'ajrant pu encore apaiser sa faim. Le mot d'ordre fut donné; c'était « Le roi Jacques J^III ». Gha* que montagnard reçut pour instruction de ne pas tirer un seul coup de fasil^ mais de fondre impétueusement <lans le camp anglais^ d'yTéà-' verser les tentes et de frapper avec la clay^ more les corps qui s'agiteraient sous les toiles. Tout semblait calculé pour que ce plan pût être

exécuté à l'heure de minuit ; mais les ténèbres retardèrent la marche. Uavant-garde, conduite par lord Georges Murray, était encore à Irois uiilles du camp anglais à deux heures du matin ; lord Georges fit halte , et malgré l'avis de quel^ ques Che£s^ entre autres de sir James Hepbura de Keith, il déclara que le jour était trop peu éloigné pour aller plus loin ; le prince , qui était à la tète de la seconde coldnne, survint alors au galop ^ afin d'appuyer ceux qui prétendaient qu'un peu de jour ne serait pas inutile à la va-* leur des Highlanders ; mais déjà lord Georges- Murray faisait opérer un mouvement rétrograde. Charles fut forcé de ramener ses deux mille hommes à leur première position. Épuisés de fatigue et tourmentés par une faim de plus ei^ plus impérieuse^ les malheureux Highlandersfixaient sur leur prince des regards abattus; quelques provisions de bétail arrivèrent et Ton commençait à les dépecer pour les distribuer àchaque compagnie, lorsque uti noir nuage sembla obs*-» curcir l'horizon du côté de INairn ; c'était l'armée anglaise, dont les bataillons se développèrent peu à peu sur la bruyère. JLe duc Guillaume ignorait l'attaque qui avait été méditée contre sou camp; mais ayant appris par ses batteurs d'es«* tradc l'approche des montagnards, il venait

lui-même leur offrir la bataille au grand jour^ connaissant l'infériorilé de leur nombre cl leur •ctat d'épuisement.

Charles-Edouard allait se mettre à table, lofs* que^ averti du mouvement de Parmée ennemie^ il oublia la faim qui le tourmentait comme le dernier de ses soldats, pour songer à ses devoirs de général et donner ses ordres. Le canon rappela par un signal de péril les quatre mille Highlanders dispersés dans le voisinaî^e. Ils accourure/it pour se joindre aux deux mille qui campaient dans la plaine de CuUoden. Leur nombre se. trouva tout à coup augmenté par l'arrivée inat» tendue des Macdonalds et des Frasers, qu'on croyait bien loin. Mais il manquait encore à l'armée jacobite les Macpbersons de Glnny, les Mac-Gregors de Glengyle, une moitié des Glengarys, etle clan presque entierdes Mac-Kenzies, qui ^ conduits aux limifces de Sutlierland par le comte de Cromarty, venaient d'être pfivés de leur Chef, tombé au pouvoir d'un détachement de lord Loudon.. Charlôs-Ëdouard n'avait guère que six mille hommes contre dix milfe; mais il n'était pas accoutumé à calculer ses forces pi^r le nombre : la véritable cause de son infériorité élait cette détresse même qui , d'uji. autre côté ^ était pour lui le motif le plus pressant de^la ba^ taille.

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. Le prince s'attendait à une opposition danf son conseil : poar la première fois peut-être il eut tort de résister aux avis de la prudence ; il n'écouta plus que rirritation que lui avait causée la retraite de la nuit^ sa confiance en l'impétuo-^ site des montagnards^ son mépris en apparence assez juste pour les troupes anglaises , le besoin qu il avait d'une victoire pour ravitailler son ar* mée, peut-être enfin cette fatalité attachée au nom de sa race , qui commençait à reprendre soa influence d^accord «avec son aveugle courage.

Vainement on lui représenta que^ s'il attendait trois jours encore ^ son. armée s'accroîtrait naturellement du double ^ et qu'il avait d'ailleurs la certitude de vaincre en détail ^ et par de continuelles escarmouches^ cette armée anglaise imprudemment égarée au milieu des sauvages Highlands. Le mot de retraite paraissait l'offenser ; il répondait par les souvenirs de Preston-Pans^ et de F^lkirk. Vainement l'ambassadeur de France , lui demandant un quart d'heure d'audience particulière , se jeta à ses pieds , comme il le dit iui-méme dans son Mémoire sur sa mis-* siooé Vainement le marquis lui représenta que non seulement il^lui manquait la moitié de son armée , mais qu'encore la plupart de ceux qui étaient revenus, épuisés par la fatigue et toutes.

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tBortes de privations y n-avaient plus de boucliers, arme à peu près indispensable aux montagnards. Charles*Edouard resta inébranlable. Sir Waiter Scott a eu tort d'accuser les Français qui étaient auprès de lui d'avoir poussé le prince à tout hasarder en un jour, parce qu'ils redoutaient la guerre des montagnes, et se savaient privilégiés comme prisonniers s'ils étaient vaincus; Il est dans le caractère français d'aimer les partis extrêmes, mais non de calculer ainsi ses avantages particuliers(ï). Waiter Scott a peut-être confondu les Irlandais venus de France avec les Français. II est à peu près prouvé que le duc de Cumberland avait gagné un de ces aventuriers. Le marquis d'Aiguilles , voyant Charles-Edouard décidé à combattre à quelque prix que ce fût , ne songea plus qu'à prouver que de sages cotiseils n'excluaient pas le courage. Apres avoir brûlé tous les papiers qui pouvaient trahir le secret de ses négociations, il alla prendre son posteety trouya tous ses cornpatriotes réjouis du signal de la bataille (2). La plaine de Drummossie-Muir ou de Culloden

(t) Je réfute ici une accusation qui «e trouye dans un article du Quarterly review, tome i4 binais qui n'a pas été répétée par sir W. Scott dans ses Contes d'un grand; père

(a) Mémoires du marquis d'Aiguilles.

est une vaste bruyère à deux milles du rivage mëridiooal du golfe de Moray, à cinq milles d'In- ' yerness, et à dix de Nairn. Elle s'ëtend de Touest à Test sur une surface à peu près plane. L'armée jacobite avait Inverness derrière elle ; une chaîne de montagnes et la rivière Nairn à droite, et la mer avec les parcs de GuUoden à gauche. Jl existe une certaine analogie entre la plaine de C^lloden et celle de Preston ; mais la position des deux armées, était renversée, de manière que la partie la plus haute du terrain à GuUoden était occupée par l'armée anglaise. Ce fut l'Irlandais Sullivan , adjudant-général de Charles-Edouard, qui présida à l'ordre de la bataille. Les clans d'Atliole, de Caméron , d'Appin, de Fraser, de Macintosh, de Maclean, de Mac-Lachlan , de J. Roy Stuart, de Farquharson, de Clanranald, de Keppoch et de Glengary/composaient la première ligne • la seconde était formée des clans des Lowlands et des régiments étrangers, de droite à gauche, dans l'ordre suivant: les corps de lord Ogilvie, de lord Lewis Gordoti, de Glenbucket et du duc- de Perth, les Irlandais et les Françalis. Quatre pièces de canon étaient placées à chaque extrémité du front de bataille et autant au centre^ l'aile droite était sous les ordres do lord Georges Miirray, la gauche sous les ordres

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/de lord Jolm Drummond^et la seconde ligne sous ceux du général Stapleton. A droite de la première ligne était un escadron de gardes à cheval^ et à la gauche de la seconde les cUevau-légers de Fitz- James. Le reste de la cavalerie, sous le commandement de lord Pitsligo et de lord Strathallan^ faisait partie de la réserve sous les ordres de lord Kilmarnock. Charles se plaça àTariièregarde^ sur une éminence, à droite de la seconde ligae^ avec quelques cavaliers pour dominer le cha mp de bataille et diriger tous les mouvements. Il jetait exposé au canon ennemi^ qui tua un domestique à son côlé.

Le duc de Cumberland s*avanca avec la confiance d'une force supérieure ; ses troupes formaient trois divisions parallèles de quatre régiments chacune, commandées par les généraux Huske, Sempillet Mordaunt , avec une. colonne d'artillerie sur un flanc, et un corps de cavalerie sur l'autre. Il fît halte à un mille de l'ennemi et présida à ses dernières dispositions. Tel fut l'arrangement de sa triple ligne, que chaque régiment était comme enchâssé l'un dans l'autre, de manière que si, par l'impétuosité de leur attaque, IcsHighlaaders réussissaient à rompre le premier, ils devaient en rencontrer deux autres , sur lesquels se briserait leur choc redoutable. Instruit

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par les défaites de Gope et de Hawley > le dac. avait exercé ses soldats^ en modifiant la vieille théorie du maniemeDt des armes. Le Highlander recevant la pointe de la baïonnette dans son bou-* clier^ récartait avec adresse pour frapper à son tour de sa claymore te cœur de son antagoniste. Chaque fantassin anglais avait appris à diriger sa baïonnette obliquement^ non plus contrit l'homme qui lui était opposé en face^ mais contre celui qui l'était à son camarade de droite, afin d'éluder la résistance du bouclier à Fabri duquel l'Ecossais assénait toujours ses premiers coups. L'ordre du jour du duc faisant allusion aux lâchetés dç Preston-Pans et de Falkirk, menaçait de la peine de mort tout soldat qui prendrait la fuite; mais au moment de combattre, voulant rendre les lâches ou les traîtres sans excuses y le duc déclara que tous ceux qui désiraient se retirer le pouvaient librement. Cette proposition, comme il s'y attendait^ fut repoussée par des acclamations d'enthousiasme et les cris de a Flandre ! Flandre ! » qui exprimaient que les régiments anglais avaient fait en Flandre une campagne sinon toujours heureuse^ du moins exempte de honte. Alors le général ^ pour exalter encore par la haine cet élan de courage y lut une lettre supposée qu'on prétendait avoir trouvée

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sur un Jacobite ^ et dans laquelle on parlait de la soif du sang anglais qui animait tous les monta^ gnards.Le duc termina sa harangue militaire en représentant à ses soldats qu'entourés comme ils l'étaient par des marais et des défilés afifreuxdont les issues n'étaient connues que des ennemis, c'était pour eux une nécessité de vaincre ou de mourir.

Il était une heure de raprès-midi. On proposa de laisser dîner les troupes : «Non, dit le duc, elles se battront bien mieux le ventre vide ; rappelonsnous le dessert qui leur fut servi après le diner de Falkirk. »

Soudain les tambours font entendre leurs rou^ lements, les enseignes se déploient , les baïon-» nettes lancent leurs mille éclairs. L'armée anglaise marche en bon ordre et franchit un marais qui se terminait par un fossé à cinq cents pas des Highlanders.

Les Highlanders s'avançaient de leur côté en colonnes serrées, mais ils observèrent avec un pressentiment funeste que le ciel, qui leur avait été si favorable à Falkirk, se déclarait contre eux. En effet, jusque-là le jour avait été asses pur; le soleil se couvrit en un instant de sombres nusH ges,le vent souffla avec violence du nord-est, et jeta contre les partisans de Charles-Edouard uae

neige mêlée de pluie. Les Anglais sentirent encore redoubler leur ardeur, et déjouèrent tous les efforts que fit le prince pour tourner leur po-«sition,

La bataille fut précédée par un de ces devoue» ments dont l'histoire ne saurait approuver Fa* veugle exaltation. Un Highlander s'approcha des lignes anglaises , feignit de se rendre et fut en^ voyé à Tarrière-garde : son air sauvage , son costume et son air de dénûment excitaient les mépri<santés railleries des soldats ; le pauvre Donald ^ indifférent à ces insultes, promenait ses yeux en apparence stupides sur ces hommes en uniforme rouge symétriquement alignés , et sur leurs enseignes flottantes au centre de chaque bataillon; à moitié nu lui-même , il s'arrêtait comme pour admirer en détail chaque grenadier avec son chapeau à trois cornes, son habit à longues basques , son baudrier en sautoir, ses longues guêtres blanches à nombreux boutons ; le costume des cavaUers y plus chargé encore, avec leurs larges bottes , leurs énormes pistolets d'arçon, et les harnais compliqués^ de leurs chevaux, attirait également son attention (i).On s'amusait de sa curiosité, et ou

(i) Une ^rayure de la bataille de Culloden nous fournit ces détails de costume que l'on trouve aussi daus U.Chnuibcrs.

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le laissa approcher d'un aide-de-camp qui^ communiquant des ordres aux officiers^ lui parut être le duc lui-même. Tout à coup ses ycux^ en apparence stupides^ lancent des regards farouches, son bras arrache avec un geste énergique le mousquet d'un soldat, et il fait feu sur l'aidede-camp , qui tombe et meurt. Donald fut tué lui-même au même instant , sans chercher à se défendre, ayant fait d'avance à son prince le sacrifice de sa vie. Si Charles-Edouard n'avait été complètement étranger à cet assassinat , on n'eût pas manqué sans doute de le lui reprocher.

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