CHAPITRE XXXII
KATACBB DBS BOXJLETS ANGLAIS; LES UAGDONALDS A L*AILE GAUCHB.
LE SIGlf AL DE LA BATAILLE. — ^ LE PBEMiER CtlOG DES MONTA-
GNABD8. LA GAVALEBIE DU DUC DE CUMBBBLAND. DEFAITE DB
hAKÈlÂE JACOBITE. DÉSESPOIB DE CnAB:^E8-£D0DABD. IL EST EN-
TBAINÉ PAB LES IBLANDAIS.
Les précédentes victoires de Charles-Edouard pouvaient être attribuées à l'impétueuse attaque des Highlanders; mais à CuUoden^ le% Anglais ayant Tavanlage du terrain et du vent, lo prince eût voulu voir leurs colonnes s'ébranler les premières.Il fit commencer la canonnade par ses artilleurs, qui^ calculant a faux la distance^ firent si peu de mal aux troupes du duc de Cumberland, que celui-ci affecta d'abord de ne pas y faire attention. Quand,vers une heure et demie, les batteries anglaises ripostèrent, ce fut avec plus d'effet; un homme tomba à côté de Charles-Edouard ; des rangs entiers furent renversés par les boulets, qui ailleurs déchiraient le sol par de longs et profonds sillons, ou frappant quelques chaumières voisines
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en enlevaient la toiture. Ces ravages firent impression sur les montagnards^ jusqu'alors accoutumés à fondre sur les canons pour les rendre inutiles* Impatientes devoir quelques uns des leurs tomber de minute en minute , ils s'étonnaient que le pri nce ne leur donnât pas le signal d'imposer silence à ces bouches meurtrières.
Gharies^-Edouard savait, comme à son ordinaire^ parcouru les rangs et réveillé l'enthousiasme par sa présence. Les seuls Macdonalds l'avaient reçu d'un air sombre: ils se trouvalent pour la première fois placés à l'aile gau* che y c'était pour eux nue injure et surtout un triste présage. Vainement le duc de Pêrth vint on appeler à leur valeur héréditaire, vainement il leur disait que grâces à eux la gauche allait être désormais aussi honorable que la droite^ et que quant à lui , il leur demandait l'hodneur de s'appeler Macdonald ; les trois régiments do ce nom semblaient prêts à mourir, mais non à vaidcre.
Enfin Charles-Edouard envoya un aide-decamp porter à lord Georges Murray l'ovdre d'avaboer ; l'aide-de camp n'était qu'à la moitié du trajet, lorsqu'un boulet le renversa mort. Lord Georges Murray devina sa mission, et il allait donner le signal général de l'attaque, lorsqu'une
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femme , lady Mac-Intosb, voyant tout son clan frémir de colère, fit un geste, et Ton vit les Mac- Intoshs, se détachant du centre de la première ligne, fondre les premiers à trjàvers la neige et la fumée sur les Anglais.
Lès clans d'Atlioleet de Caméron, lesStuarts, les Farquliarsons et les Macleans suivirent de près les Mac-Inloshs, guidés par lord Georges Murray , qui aimait dans ces occasions à faire le soldat en même temps que le général ; si les Macdonalds s'élaient précipités par la même impulsion, combien eût été plus terrible le choc des Higblauders, agissant sur toute la longueur delà li"fle ansfiaise !
Les enfants de la montagne , enfonçant leur toque bleue sur leurs yeux, et baissant la tête sous leur bouclier, couraient comme les vagues d'une inondation soudaine , qui vont bondir contre une muraille; leur cri d'attaque eut quelque chose de surnaturel , il s'éleva au-dessus du fracas de la mousqueterie et du canon. Les deux premiers rangs des deux armées se rencontrent, et tombentkimultanément, les Ecossais transpercés parles baïonnettes, les Anglais renversés sous les Ecossais; mais le second rang des assaillant s, ayant reçu un feu croisé presque à bout portant, vint s^iballre aux pieds du second rang ennemi, for-
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mant une barrière de cadavres amoncelés. Les autres y étonnés , reculèrent; et le petit nombre de ceux qui s'avancèrent encore avec le courage du désespoir^ne fit qu'accroître le nombre des morts. Tout le troisième rang des soldats anglais restait intact j et à l'extrémité de leur aile gauche^ le régiment de Wolfe, formé en potence, c'est-àdire dans une position perpendiculaire à la ligne générale , se préparait à envelopper les Highlanders^ de concert avec deux régiments de la réserve et ceux qui avaient vainement attendu le choc des Macdonalds y hésitant ' encore à l'aile droite. Bientôt y après une décharge mal nourrie, les Macdonalds battirent eux-mêmes en retraite. Le seul Chef Macdonald de Keppoch^ son neveu et son écuyer , l'épée d'une main^ le pistolet de l'autre^ ne voulant pas survivre à la défaite volontaire du clan, coururent au régi-* ment de Pulteney : « Les enfants de^ma tribu m'a >bandonnent ! » s'écriait-il avec douleur. Atteint à mi-chemin d'une balle, il fut relevé par son fidèle écuyer , et retrouva la force d'aller avec son neveu recevoir le coup de la mort à quelques pas plus loin.
Gharles-Ëdouard,voyant sa première ligne repoussée, comptait encore sur la valeur de ses régiments des Lowlands et des Français. 11 allait se II. 17
mettre à lear tête pour arrêter l'infaiilerie anglaise^ lorsque les piqaets da Royai-Irlandais arrêtèrent les dragons de CSobbam qui commençaient à poursuivre les Macdonalds ; lord Lewis Gordon tint tête a un antre corps de cavalerie, qui survenait à droite à travers les brèches 4'un mur de clôture que les Gampbells avaient soudain abattu. On put croire que les montagnards allaient se rallier; mais comme si toute leur fougue s'était épuisée dans leur premier échec, au lieu de fondre sur les dragons qui commençaient à tourner bride et qui eussent culbuté une partie des régiments anglais^ ils lâchèrent pied en voyant s'avancer en bon ordre la masse compacte de Tinfanterie ennemie. Charles- Edouard^ déddé à pajqr de sa personne, accourut sar le champ de bataillera Courage! s'écriaitil; il dépend encore de nous de vaincre! i> Mais on lui répondait par ces cris lugubres qiii expriment non la terreur^ mais le désespoir du montagnard: « Prince! Ochon,0cfaon! Hélas! mon prince y hélas ! »
Le désespoir s'empara de Charles lui-même ; il versa des larmes de rage ; et quoique chacun commençât à fuir autour de lui , il restait immobile comme résigné à la mort. Lord Elcbo survint : Prince, dit^il, encore nnefibrt; mais
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les officiers irlandais entraînèrent lord Ellcho et le prince ^ coaverts de sang et de poussière.
La déroute fut complète ; heureusement la cavalerie anglaise ayant fait halte au moment où dOie allait envelopper le reste de l'armée jacobite et poursuivre les fuyards y ceux-ci se partagèrent en deux troupes inégales, dont l'une prit la route d'Inverness y et l'autre tournant au sudt)uest traversa la rivière du Mairn et se dispersa dans les montagnes.
La cavalerie légère du duc de Cumberland eut encore le temps de serrer de près les montagnards qui se dirigèrent sur Inverness. Plusieurs furent impitoyablement égorgés ; avec eux périrent plusieurs bourgeois paisibles qui étaient sortis de la ville pour être spectateurs de la bataille y et que les soldats feignirent de prendre pour des rebelles. Déjà l'ennemi approchait des faubourgs, lorsque le marquis d'Aiguilles , rassemblant tous les Français (i) qui avaient pris la même direction, protégea la fuite des derniers montagnards; et faisant croire aux Anglais qu'Iaverness était en état de défense , il envoya au duc un officier avec un tambour pour offrir de capi*
(i) Slémoires da marquis d'Aiguilles. — Hbkdbrson's, History.
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tulcr. Il fut reçu prisonnier de guerre.^ avec tous ]es officiers et soldats étrangers. Plusieurs Irlan* dais y grâces à l'ambassadeur^ passèrent pour être de sa suite.
L'aile droite fut plus heureuse que l'aile gauche. Un régiment de dragons avait été chargé de lui couper la retraite sur la rivière Nabn ; mais saisis d'un involontaire respect pour ces redoutables vaincus y les cavaliers ouvrirent spontanément leurs rangs et les laissèrent passer en silence. Un seul officier eut la fantaisie de &ire au moins un prisonnier. Le montagnard auquel il s'adressa lui fendit la léte avec sa claymore y puis s'empara de sa montre avec le plus grand sang-froid y et alla rejoindre ses camarades y sans que l'officier trouvât un vengeur. .
Un autre Uighlander^ d'une taille gigantesque^ avait vendu cher sa vie sur le champ de bataille. Blessé et abandçnné y il s'appuya contre un mur ; là^ couvert de son bouclier^ il défia une escouade de dragons, et ne fut tué qu'après en avoir luimême immolé treize. Il s'appelait Golice Mac- Bane.
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