‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 37 sur 61 · CHAPITRE XXXia · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXia

LES SUITES DE LA BATAILLE DE CDLLOOBlf. —LA GVBAHB AUX MORTS ET

AUX BLESSés. LE YITELLIU8 ANGLAIS. ^^LE cirr^EAL WOLFE.

LES CBUAUxés DU DUC DE CUUBEELAIf D. LE IfETEU DE DUIfCAIf FOR-

BfcS. LES HORREURS DU CHAMP DE BATAILLE. LE FER ET LA

FLAMME. — • PERTES DE l'aRM^B JACORITB. RijOCISSARGBS ET DEUIL..

On pourrait croire la journée de CuUoden terminée par la déroute des clans; mais le prince anglais et ses soldats livraient une seconde bataillesur leur champ de victoire aux blessés et aux morts. Il est permis de rappeler^ à la gloire de Charles-Edouard^ que dans les triomphes de ce prince , l'humanité ne perdait jamais ses droits. Il fit toujours rendre les mêmes soins à tous les blessés^ et les derniers devoirs aux braves des deux partis qui avaieut succombé : témoin les tombeaux du cimetière de Fatkirk. Quant aux prisonniers, tels étaient ses égards pour eux, que quelques uns de ses partisans lui reprochèrent la protection dont il consolait leur malheur. Mais le sang des Jacobites enivra les vainqueurs de Culluden , et les transforma en vrais Cannibales^

ù6a HISTOIRE

La flatterie ministérielle arrête ici la plume de l'historien Home^ qui il'a pas compris combien son silence accusait son héros ! L'horreur nous retient seule si nous ne découvrons qu'une partie du voile qu'il a jeté sur ce tableau de carnage (i). Ce n'était pas assez^ d'avoir, avant le combat, appelé la haine nationale au secours du courage de ses Anglais; le duc de Cumberland se pro* mena parmi les mourants et les morts avec la joie de Vitellius, et donna lui-même le 3ignal du massacre. Il passait ai^ec le colonel Wolfe, lorsqu'il aperçut un Highlander blessé, la tête appuyée sur son bras , et dans les yeux duquel brillait le sourire amer des vaincus. Le duc feignit d'y voir un regard de défi: «Wolfe,s'écriat-il, brûlez la cervelle à ce drôle qui ose se monti^er insolent. »Le héros futur de Québec répondit qu'il n'était pas un bourreau ; et cette réponse ne fut pas oubUée toutes les fois qu'il fut ques* tion de son avancement. Mais les bourreaux ne manquèrent pas, encouragés parla présence, la voix et les gestes barbares du duc Guillaume. Un des acteurs anglais de cette journée avoue lui-méme,dans sa relation , qu'ils ci ressemblaient plutôt à des bouchers qu'à des soldats diré-

(i) Walter Scott est moins discret que Home, mais oû aperçoit encore récriTain courtisan dans son récit.

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tieus(i)».PioDConteDtsd'achever les^biessës etde mutiler les morts ^ ils trempaient les mains dans les flots du sang^ et s'en jetaient les uns aui^ autres lesëclaboussures^ comme des écoliers jouent quelquefois avec Teau des ruisseaux. Le duc et son armée entrèrent enfin à lnverness,se réservant pour le lendemain et le surlendemain la conti* Duation de leur horrible fête. Après avoir délivré les Anglais prisonniers^ le duc choisit parmi ses propres captifs ceux qui pouvaient être accusés de désertion. Une parodie de jugement militaire les ayant déclaré traîtres^ il les fit attacher au gibet pour varier ses exécutions. Dans le nombre était le malheureux neveu du président Forbes de GuUoden. Cette parenté ne put fléchir le duc. Deux jours après ^ un ofliicier anglais^ enflammé d'un beau zèle à la vue de ce jeune homme exposé à la potence^ s'en approcha avec fureur^ et perçant de son épée le cadavre sans vie y s'écria , avec un blasphème profane , « que tous les Ecossais étaient des rebelles et des traîtres I » A cette exclamation de l'antipathie nationale^ un officier écossais de Tarmée du duc tira répée avec l'intention de venger l'insulte faite à son paj^s : ce fut le signal d'un combat

( 1 ) Lettre d* tut gentilhomme de Londres à un gentilhomme de Bat h.

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entre les officiers anglais et les officiers écossais témoins de la querelle. Les soldats se rangèrent aussitôt du côté de Igurs officiers. Le duc de Cumberland^ averti de ce qui se passait ^ survint à temps pour arrêter une effusion de sang qui aurait pu réparer pour Charles-Edouard les pertes de CuUoden^ en soulevant contre les Anglais les Gampbells et les autres clans qui s'étaient déclarés pour Télecteur de Hanovre. Le duc descendit aux prières, et déclara qu'il reconnaissait les Ecossais pour de lojaux sujets et de braves soldats. On a su depuis que l'accuss^tion de l'officier anglais n'était pas sans quelque fondement. Les Gampbells, qui ne prirent part que très indirectement à la journée du i6 avril, commeiiçaient a comprendre que l'honneur de l'Ecosse et son indépendance se rattachaient à la cause de Charles-Edouard. Les Chefs avaient décidé entre eux qu'une troisième victoire, semblable à celle de Preston et de Falkirk , serait considérée comme unp espèce de jugement de Dieu en faveur des Stuarts, et qu'ils se prononceraient pour le fils de Jacques VIII.

Le lendemain de leur triomphe, les Anglais retournèrent sur le champ du carnage pour voir si quelques blessés qu'ils avaient laissés à dessein tout nus et exposes aux intempéries de l'air.

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avaient survécu. Quelques uns respiraient encore; ils furent égorgés. Le surlendemain, comme si, à l'exemple des ogres des Légendes, ils avaient compté les victimes, ils s'aperçurent que quelques unes manquaient; une perquisition exacte eut lieu dans les chaumières voisines^ où Ton trouva en effet des malheureux qui s'étaient traînés sous ces ahris pour y mourir en paix, ou y demander un dernier secours. Fidèles à leurs ordres, les soldats les massacrèrent sans remords. D'autres s'étaient réfugiés dans une espèce de grange à bestiaux, où des bergers compatissants avaient osé panser leurs blessures. Les portes furent fermées en dehors sur les Highlanders et ceux qui en avaient eu pilié ; puis la grange étant cernée afin que personne n'échappât, elle fut Uvrée aux flammes. En vain des cris douloureux demandaient grâce ; riucemlie fut entretenu par les Anglais, qui riaient des contorsions horribles des infortunés condamnés à périr ainsi dans les flammes.

Dix-neuf officiers des clans avaient été reçus dans la cour d'une ferme de Culloden-House , après avoir erré tout sanglants dans un bois voisin pendant deux jours ; attacliés avec des cordes et durement :;ccoués sur une charrelte, ijs fur^it conduits contre un mur d'eiiclus, où on Itur dit

de se préparer à la mort. Affaiblis par les tortures y quelques uns ^ oubliant leur fermeté , demandèrent la vie à genoux; ils furent fusillés comme les autres , et leurs meurtriers leur brisèrent le crâne avec la crosse de leurs fusils ; un seul survécut encore par hasard, et fut délivré par le fils du comte de Kilmarnock qui^ passant de ce côté ^entendit ses gémissements.

Mais heureux encore ceux dont le supplice fut terminé dans ces trois jours ^ il y en eut qui traînèrent leurs corps mutilés dans les marais, où un souffle de vie prolçngea leurs angoisses audelà de ce terme. D'autres, qui avaient échappé aux balles et aux baïonnettes anglaises^ eurent à fuir 'la proscription , dont le cercle devait bientôt se resserrer de plus en plus autour d'eux ; chassés dans les campagnes comme des bétes fauves, ils ne trouvaient que dans les villes quelques formes dérisoires de justice pour légaliser les vengeances du duc Guillaume; car il fit quelquefois aux Jacobites la grâce de les juger ^ tout condamnés qu'ils étaient d'avance ; mais ce ne fut généralement que plus tard, lorsque, selon l'expression de Johnson^ la loi n'eut plus qu'à glaner après le glaive.

^ joufnée de CuUoden, décidée par l'artillerie, ne coûta guère aux Anglais que trois ou

quatre cents hommes. Charles-Edouard en laissa . sar le champ de bataille plus de mille ^ et dans le nombre plusieurs des plus braves Chefis ; car^ dans chaque clan, les Chefs et les Dwine-waisels ^ ou gentibhommes ^ donnaient l'exemple de mourir^ comme celui de frapper les premiers coups. Ce fut ainsi que périrent presque tous les premiers rangs des Camérons,des Mao-Intoshs^des Stuarts, desFrasers et des Mac-Lachlans ou Macleans. Le Chef Mac-Lachlan étant mort , son lieutenantcolonel^ Madean de Dimmen, prit le commandement^ et il ramenait le double clan des Maeleans et des Mac-Lachlans à la charge , lorsqu'il vit tomber à ses côtés ses trois fils^ l'un mort ^ les deux autres blessés. « J'ai besoin d'une triple vengeance » y s'écria-t-il en attaquant seul trois dragons , dont il tua l'un et blessa l'autre. Il allait frapper le troisième , et fut prévenu par trois autres qui vinrent au secours de leur camarade et lui fendirent la tête. Lady Mac-Intosb^ faite prisonnière à Inverness, avait perdu tous ses ofBciers moins trois ^ depuis le colonel jusqu'aux

enseignes.

Le lieutenant- colonel des Frasers, dix -sept officiers des Stuarts d'Appin et dii^ - huit des CaméroDS^ perdirent aussi la vie; Lochiel ne

fui que blessé , quoiqu'il vit plusieurs fois le trépas de bien près.

Parmi les prisonniers iàits à Invemess^ se troavèrent plusieurs darnes^ qui ne désavouèrent ni leurs affections ni y quelques unes^ leurs exploits personnels.

Les dépouilles furent considérables^ y compris trente pièces de canon ^ deux mille trois cent vingt fusils ^ cent trente claymores , trente-sept barils de poudre et vingt-deux fourgons. Il fut donné à chaque soldat anglais une demi-couronne' pour cbaqne fusil j un sbelling pour chaque sabre ou épée qu^ils rapportaient. Seize guinées étaient le prix d'un drapeau ;on en réunit quatorze qui furent^ plus tard, portés à Edimbourg, en procession solennelle , par des ramoneurs, jusqu'au pied de la croix des proclamations^ où ils furent brûlés par la main du bourreau.

La nouvelle de la bataille de CuUoden parvint à Edimbourg pendant la nuit du samedi au dimanche de la semaine, et le canon du châleau, tiré en signe de 'triomphe, fut un vrai glas de mort pour les malheureux Jacobites. Plusieurs, et des femmes surtout , ne sortirent plus de leurs lits que pour être conduits au tombeau, les uns frappés réellement de mcrt subite, les autres ,

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dans leur désespoir , renonçant à jamais au jour et aux habitudes journalières de la vie*

La joie du parti contraire éclata en violents transports; les réjouissances publiques commencèrent^ et les adresses loyales proclamèrent la délivrance de l'Ecosse. A Londres^ où ce mot signifiait la conquête , les fêtes ne furent pas oubliées^ et la reconnaissance nationale prépara des récompenses au vainqueur.

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