CHASSE AUX REBELLES. LA PERSÉCUTION. LE CAMP DU DUC
LES JEUX DES SOLDATS. LES GEANTS DB GLBNHORISTON. LE GARDE- CHASSE KACDONALD. LE DBAGON BT LE ÏPILS DB LA TBUYB. DU1«-
CAN FOBBES.
Depuis que Charles -Edouard occupait le comté dlnverness, lord Lovât ^ enfin dëmasqué dans sa tortueuse politique^ semblait cependant avoir élude l'occasion de le voir. Les Frasers, sous la conduite de son fils , étaient au nombre des combattants de Gulloden. Retiré dans le manoir de Gortuleg^ le vieillard attendait avec une impatiente inquiétude les nouvelles de la bataille. Tout à coup un nuage tourbillonne dans la plaine et s'approche rapidement.Peu à peu on distingue une troupe de cavaliers accourant à toute bride, avec ce désordre qui dénonce la fuite. La première personne qui les aperçut, c'était une dame qui
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DE CHARIES-ÉDOUARD. ^171
a survécu assez long-temps pour raconter ses émotions d'alors au poète de ITEcosse (i), s'imagina d'abord qu'elle voyait une apparition de lutins 'y et comme la superstition prétend qu'une telle apparition cesse d'être visible entre deux mouvements des paupières y elle fixait y comme malgré cUe^ sur ces cavaliers^ un regard immobile et effaré : elle reconnut enfin que ce n'étaient paâ des esprits; mais sa terreur ^ne fut guère moins grande^ lorsque, descendant de cheval, le prince se nomma et demanda à être conduit à lord Lovât. Charles- Edouard le trouva dans une espèce de pavillon où il aimait à aller seul méditer SGS rêves d'ambition et de poijvoir r^^on astuce, qui passait pour sagesse, la vénération qu'inspire un vieillard octogénaire, et ce besoin de conseils qui rend les princes comme les autres si dociles dans le malheur, faisaient espérer à Charles-Edouard qu'il allait retremper son co\i- Tage dans son entrevue avec ce Chef si renommé parmi les montagnards. Mais privé de toute sa fermeté dans une si grande infortune, ou,comme le disent les traditions , dompté et abattu tout à coup par une vision de la mort sanglante qui devait terminer sa longue carrière d'intrigues,ior d Lovât
( 1 ) Article sur les Culloden-papers , Quarterly Ra. 1 4<
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ue donna au princo que le triste spectacle de sou désespoir et de ses lamentations. : w Qu'on me « tranche la léte , s'écriait-il , qu'on me tranche « la tête. Mon clan est perdu; tous les clans sont w perdus; et tout le blâme en retombera sur moi. « Hélas! n'ai-je point ici un ami pour mettre un a terme à ma vie et à ma douleur ! » Puis, fixant un moment ses regards sur le noble fugitif, il les détournait soudain comme effrayé de la poussière qui le souillait ( car Charles avait eu un cheval tué sous lui ) et du sang qui coulait d'une légère blessure que lui avait faite une balle de carabine. Apercevant des visages amis bu connus parmi quelques uns des compagnons de Charles-Edouard, il les appelait par leurs noms, et les suppliait de nouveau de lui donner la mort. Personne n'osait lui répondre. Charles-Edouard le premier prit la parole , réduit à offrir des consolations au lieu d'en recevoir: « Milord, lui ditil , ne vous désespérez pas, nous avons pour nous deux victoires contre une j la partie n'est pas perdue; nous prendrons notre revanche de celleci. M Alors, essayant de distraire Lovât de ses terreurs par les détails mêmes de la catastrophe qui les causait, il lui vanta la bravoure de son fils et des Frasers , mais en se plaignant de ceux qui avaient si mal compris et si mal exécuté ses
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ordres dans Fattaque nocturne du i5 avril. Ces discours et quelques autres rendirent un peu de calme à Tesprit du vieux Chef. Lord Lovât ^ démentant peut-être pour la première fois son caractère qu'un mémoire contemporain nous dé-f erit « soperstitieux^t enthousiaste , fertile<en ex^ « pedients y hardi en exécution , timide dans les « petits accidents^ et résolu dans les grands « dangers » ^ ne prêta qu'une attention distraite aux récits du prince qui lui racontait comment^ entraîné par ses fidèles officiers^ il avait traversé le> Nairn bu, gué de Falie ^ après avoir désigné pour rendez^vôus aux Ghe& Ruthvens de Badie-* noch^ et divisé sa suite en divers détachements qui avaient pris différentes routes.
Charles-Edouard parlait eneore, lorsque lady Gortuleg vint, l'interrompre pour l'inviter à acrcepter quelque • nourriture et à goûter quelque reposa II écouta cette offre en homfme épuisé par la fatigue et la iaim^ laissant lord Lovât à seè amènes réflexions. Il mangea l'aile d'une poule toée à son intention; ets'étant réveillé après une oa deux heures d'un^sommeil agitée il vit arriver une partie de sùn escorte. Entouré de ces braves^ il alla rejoindra le vieux Gbef^ espérant que la réflexion aurait apaisé son tfroublo et dissipé ses noirs pressentiments ; mais lord Lovât ^ toujours II. i8
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épouvanté^ s'écriait eucore:«Moû clan est pei'du, mes enfaûts sont exposés aux fureurs du gouvernement j je n'ai plus qn'à m'attendre à la plus cruelle sévérité. Mes domaines ne sont. désormais plus mon sanctuaire. Je n'ai plûs.à espérer qu'en la clémence.du duc de Cumberland^ et puisque aucun ami ne veut liie rendre le serviceque jeréclame, je vais me livrer à mon ennemi , qui probablement m'écoutera avec plus de faveur. »
. Telles étaient les expressions de son délire, comme 3'il . réservait le reste de son ancienne énergie pour supporter cette mort qu'il redoutait et appelait en même temps. Shéridan y Sullivan, O'Neil, et les autres officiers du prince^ montraient plus de courage. Mais il fallait prendre une décision sur ce qui restait à faire. Après quelques débats auxquels lord Lovât fut amené peu a peu à prendre part, on convint que Gortuleg était trop proche de^ troupes anglaises pour que Cbai les-Edouard pût y rester en sûreté , et qu'il serait plus prudent de se diriger vers les bords de la mer. Cette nouvelle proposition de fuite révéla au prince que, ses plus zélés partisans regardaient sa cause comme perdue , ^etil crut devoir licencier son escorte ; « Messieurs, dit-il à ceux qui venaient de le rejoindre, avec tant de braves gens autour de^ ma personne , je ne saurais m'ac-
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côutumer au rôle de fugitif, et d'ailleurs je n'ai plus d'argent. Que chacun s'occupe de sa sûreté particulière; mais, ajouta-t-il en essuyant une larme , si vous et moi nous parvenons à gagner une terre étrangère , j'userai du peu de crédit que j'y trouverai pour vous obtenir du service et un grade digne de chacun de vous. » C'était» le cri de u sauve qui peut ». Après des adieux pénibles, Charles ne garda auprès de Inique sept compagnons; et , montant à cheval , il prit la route dluvergary, résidence du Chef d'un clan des Macdonalds. Il passa sous le fort Auguste, à deux heures après minuit , et arriva deux heures avant le jour sur les bords du lac Gary. Un vieux montagnard était seul resté dans la résidence de son Chef, et reçut les fugitifs sans les connaître. Le prince dormit tout habillé dans ce manoir solitaire, où il y avait une telle rareté de provisions, qci*il n'eut pour apaiser sa faim que deux saumons pris dans le Gary par Edouard Burke, domestique d'Alexandre Mac-Leod,qui s'était attaché à lui. Cet Edouard Burke, serviteur intelligent , et qui connaissait la contrée, devint le guide de de la petite troupe. Il changea d'habits avec Charles avant de quitter Invergary, pour se rendre dans le pays de Lochiel. Ils frappèrent le soir sur les neuf heures à la maison d'Achna-
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carrie , qu'habitait un Caméron , qui leur donna Fhospitalité. Telle était la lassitude du prince , qu'il s'endormit sur sa chaise pendant que Burke lui déboutonnait ses guêtres. Mais le lendemain le bruit se répandait déjà que le^s Campbells s'avançaient vers le Loch-Arkaig, sur lequel est situé Achnacarrie. Les fugififs, accompagnés de leur hôte , se retirèrent à Textrémité du pays des Camérons ^ où ils furent bien accueillis dans le hameau de Mewbil ; et après avoir vainement attendu pendant près de vingt-quatre heures des nouvelles de leurs amis^ ils s'éloignèrent du côté d'Oban, obligés d'abandonner leurs chevauxj car désormais il n'y avait plus de route ^ il leur fallait continuellement franchir des torrents et ^ravir des rochers escarpés. Ils restèrent cachés dans une cabane sur la lisière d'un bois j et le 20 avril, Charles-Edouard, traversant de nouvelles montagnes y parvint avec trois compagnons jusqu'au petit village de Glenboisdale , dans ce canton de Moidart où il avait débarqué plein d'espérances quelques mois auparavant. Ce fut là que plusieurs proscrits vinrent de nouveau se réunir à lui y mais tous si découragés, qu'apprenant que, fidèles à leur serment , plus de mille hommes dévoués Tattendaient à Badenoch, Charles leur envoya un messager pour leur annoncer qu'ils
pouvaient se disperser. Il se préparait lai-méme â se réfugier dans les îles, lorsqu'arriva un agent de lord Georges Murray, qui le suppliait de ne pasquitter la terre ferme.wTout n'était pas perdu, disait-il ; le duc de Cumberland et ses Anglais commençaient à peser sur les habitants de la Haute-Ecosse. On pouvait espérer de voir lepays se soulever en masse au premier signal. Il importait donc aux vaincus de continuer la guerrje en partisans , et de i*estcT les maîtres des côtes de la mer Germanique , pour y favoriser le débarquement des nouvelles armes et des munitions qui devaient toujours arriver de France. i> Mais des préventions funestes , entretenues, dit-on^ par rirlandaîs Sullivan-, empêchèrent Charles- Edouard dVcouter cette proposition de lord Georges, qui passait aux yeux de' quelques officiers pour un traître vendu à TEiecteur, Claurâuald , Ehéas Macdonald et Lockhart de CarnvVat^lh , répondaient de la sûreté du prince s'il Voulait les suivre dans leurs montagnes 3 Sullivan remporta, et Charles-Edouard ne demeura quatre jours dé plus à Arïsaig que pour attendre un montagnard nommé Donald Mac-Leod, qu'on avait envoyé chercher à Tîle de'Skye, pour lui servir de guide dans les Hébrides.
Pondant que lé prince achevait ainsi delicen-
cier son armée, le duc de Cumberland s^occupait activement d'en poursuivre et d\»n anéantir les débri3, en même temps que, pour prendre plus sûrement possession de la contrée , ses vengeances entretenaient la terreur parmi les habitants plus paisibles qui n'avaient favorisé encore que de leurs vœux le retour des Stuarts. Les régiments anglais et les soldats de milice, divisés en détachements plus ou moins nombreux, furent échelonnés de manière à traquejp, pour ainsi dire, les victimes. Le comte de Loudon, le laird de Mac- Leod et sir Alexandre Macdonald, avec dix-sept cents hommes, furent dirigés dans le Locbaber; ils y furent joints par le clan d'Argyle que commandait le général Campbell, un des plus actifs ennemis du nom de Stuart : six cents hommes envahirent le pays des Frasers , d'autres allèrent occuper le comté de Rossj lord Forlrosç, avec un corps de Mac-Kensies, fut commis au soin de garder les passages des îles, avec Fordre de ne laisser 'embarquer aucune- personne suspecte; le^ dragons de Cobham et de lord MarkKerr prirent positio^n sur la côte do l'est, et des détachements (le milice locale furent distribués à tous les défilés extérieurs (t aux gués des rivières, jusqu'au golfe du Forlh.
Alors commença la « chasse aux rebelles » .
Après une i^roclaniatiou qui invitait'toiis les J»cobites à remettre leurs armes et à se livrer euxmêmes à la merci du roi, le duc de Cumberland fit marcher sa justice mllitaice dans tops les can-r tons où elle put pénétrer. Il quitta Liverness, e* alla asseoir son camp sous les ùiurs du fort Au-r guste* Ce fut le point central d'où ses soldai allèrent dans tous les» sens porter le fer et la flamnie sur le sol des Highlauders. L{3urs habi-tationa étaient incendiées , et tout hormae qui fuyait à rapproche de la dévastatiort ét^ii, par. ce seul falt^ convaincu de rébell^oa^*ppnFsuivi et exécuté. Les troupeaux étaient eulefvés et em^ menés au camp*^ les malheureux propriétaires, leurs femmes qu^ leurs enfants orphelin^ le^ suivaient queiquejTois , espérant en içbteûir un^ partie, en l^oucliant le duc par l^ ^pjectaçle dc^ leurs misèr.es; on. les Ifiissait mourir dç;i^i|n ^ oaté de leurs b^tiau^; 4S9SSé^} ^^ quelques up^ furent réduits à implorer comme une gnace dq lécher le sang de^ tueries. Bientôt les plus hor-^ ribles ipalédictions des prédicateurs fanatiques furent réalisées:.à dix lieues à la ronde, dans ces vallons dépeuplés,« pn eût chorcbé vainement la^ fumée d'un' toit, on eût écouté vainement poU|" entendre un coq chanter >>. ;
Le duc eut parmi ses officiers anglais et éço«-»:
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sais des courtisans de sa barbarie. Le Hawlej^ le colonel Howard , le capitaine Scott et le major Lockhart se montrèrent anssi altérés de carnage que leur prince ; quand on montrait au major une carte de protection vendue à prix d'or au nom du duc ou d'un autre commandant supérieur^ il faisait jeter dans les flammes le porteur avec sa carte, en disant « que, serait-elle signée du ciel, il n'écouterait que son devoir ». Ce devoir était l'obéissance aux ordres secrets du duc, qui rendaient illusoire toute protection. ' Cependant le temps se passait en orgies et en jeux dans le camp du fort Auguste ; enricbis par le butin , les soldats faisaient venir dans les Higlilands tout le luxe des villes ; c'était un ïîlarché continuel, où les chevaux, les bœufs, les ïïioutons, lés chèvres , étaient vendus pour quelques scheliings ; les maquignons et les fermiers du Yorkshire y firent d'é±oelltintes affaires^ tout IWgent revenait aux cantînières, aux marchands dé liqueurs et aux filles de ' joie. Cependant , amollis par leurs débauches , les Anglais se plaignaient de l'ennui, et maudissaient les rebelles qui les avaient attirés dans un pays qu'ils appelaient un enfer de rochers et de précipices. Il fallut que le duc instituât des jeux, comme le Satan de Millon, pour distraire les démons de
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ce paûdemoniam. Bientôtlassés de disputer entre eux les ptix de la course ou de la lutte , ces gaerriers admirent à leurs fêtes les filles de joie, qui ne conset'Taient pas toujours leurs vêtements, pour être plus agiles : u Hawley, dit une ballade, remportait toujours la palme de la vitesse, tant ia course rapide à Falkirk lui avait profité ».
Le duc de Gumbgrlsmd pouvait se féliciter d'avoîï» compté sur la terreur pour dompter Vénergie des montagnards. UEcosse était épuisée de son sang le plus pur et le plus généreux; Grant de Glenmoriston amena tous les soldats de son clan au duc pour Ikîre sa souinission. Le dtic le^ lit désarmer et déporter aux colonies comme des malfaiteurs, pour apprendre, dit-il, aux Ecossais, que le roi était le maître absolu de tous ses sujets. Aussi delà partdes vain eus, plus de ces vengeances sanglantes , plus de ces ruses aùdacieuseis qui eflrayèreht les comjliéi'arits anglais au temps de Wallace et de Bruce; les proscrits n'avaient plud de force que pour défendre iiolément letir vie, ou pour se cacher et fuir. Aucune voix ne menaçait ; le murmure de la plainte osait à peine se faire entendre; il n'y eut que quelques soldats àix duc qui furent ça et là punis de leur insolente oppression.; •
~ A peine les derniers habitants dliivergary et
d'ÂchDacarrîe avaient pris la fuite à la sliite du prince^ dout les traces seules les dénonçaietit à Tincendie et à la mort y que les Anglais y arrivèrent, et il n'y eut bientôt plus que des ruiner pour témoigner de l'hospitalité que le malheur avait reçu dans ces cantons. Le jardinier d'Achnacarrie était demeuré dans sa cabane, espérant qu'on ne ferait pas la guerre à ses paisibles occupations ; mais on le soupçonna d'avoir enterré le trésor de la maison; deux hallebardes de sergent furent dressés en forme dé gibet; il y fut attache tout nu et passé aux baguettes, jusqu'à ce qu'il révélât l'endroit où avaient été , en effet, cachés, quelques meubles.
Un garde-chasse de la maison de Glengary qui s'était tenu à l'écart , revint dès que les Anglais eurent contiiiué leur route; en son absence, son pe:lit champ avait été ravagé et sa femme violée. Dans l'amertume de son cœur, il saisit un mousquet oublié par les militaires , et jura de ne goûter aucun repos qu'il n'eût tiré vengeance du ravisseur : on lui dit que o'-ëlait l'officier du déta-^ chement et qu'il était parti sur yn cheval blainc. Le montagnard était aux aguets derrière un ro-cher, lorsqu'il reconnut la monture : il fit feu et ne manqua pas le cavalier., qui tomba mort K l'inslant. Par malheur, ce n'était pas le vrai cqu-
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pable, maïs son domestique. Le garde-chasse alla plus loin^ attendit le détachement^ et ^ cette seconde fois , voyant sur le cheval un officier en uniforme , il ne fut pas moins adroit que la première; mais lelendcmainil appritqu'il avaittuéle major Monro de Calcairn à la place du ravisseur. Concluant de cette double méprise que le ci«l n'approuvait pas son ressentiment, il y. renonça. Un autre montagnard fut plus heureux dans sa vengeance , qu'il rie put satisfaire cependant qu'après de' longues années. C'était un jeune homme de seize ans, fils d'Anne pauvre veuye, et qui, n'ayant point pris part à l'insurrection, avait cru n'avoir rien à craindre. Des dragons qui faisaient la cliasse aux. rebelles vinrent frap*' per a la porte de la chaumière et demandèrent des rafraîchissements. La veuve leur servit du lait , en leur disant que c'était tout ce qu'elle pouvait leur offrir, car tout son bien était une seule vache. Quand le lait fut, bu, un dragon tira sou sabre et tua là vache: la pauvre femme', réduite a la misère, mourut peu de temps après de douleur et de faim. Son fils erra plus d'un mois de porte en porte poi^r mendier du paiaou du travail, jusqu'à ce .qu'un recruteur, le trouvant bon. à servir le roi Georges,lui fît revêtir rtiabit rouge. Long-temps après , dans un bivouac de la guerre
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de sept ans, des dragons se racotilaienl leurs exploits. Un d'eux s^écria : « Pour ttioi, je me vante d^avôir fait mourir de ifaim une vieille sorcière du Nitïisdale : je tuai sa vache et ravageai tout son jardin. — Et n'en avez-vous aucun remords, demande tout a coup un jeune soldat au vieux dragon? — Pas le moindre, reprit celui-ci. — Eli bien! scélérat, dit l'autre, défends-toi; celte femme était ma mère , et il y a long-temps qtie je te cherche. » Le vieux dragon tomba percé de deux coups de sabre.
Cependant une voix de merci osa s'élever au tnilieu dé la désolation de l'Ecosse : ce fut celle du président Duncan Forbes de Giilloden, dont la propriété territoriale venait de donner son nom à la victoire des Anglais. Ayant combattu de toute son influence le retour dès Stuarts et sacrifié sa fortune à la cause àe l'Electeur .il espérait que sai modération serait écoutée ad , jour du triomphe : mais la rnodération. est une vertu iraportune pour les passions politiques. Doncau Forbes perdit tout le friiit de ses services en voulant parler en» faveur des vaincus : il en appela U abord à la ^çénérôsité du duc de Cumberland , et prbnoiiçgL le .mot de clémence. Le duc resta sourd à SCS patriotiques conseils ; il parla alors des IdLs du pays : u Les lois! répondit le Gis de
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Georges 11^ quelles lois! j'enverrai une brigade pour Yous donner çles lois. »
Duacaa Forbes n'avait pu sauver son propre neveu , qui figura des premiers aux gibets d'Inverness. Pouvait-il être plus heureux en plaidant pour ceux qui n'avaient à son intérêt d'autres titres que leur malheur? Il ne lui resta plus qu'à détourner les yeux quand il rencontrait ceux de ses concitoyens qui avaient espéré trouver un asile dans le sanctuaire de la justice où présidait un si digne magistrat. Vainement voulut-il réclamer pour lui-même les avances qu'il avait faites au gouvernement; elles ne lui furent jamais remboursées. Se reprochant peut-être d'avoir cru à l'humanité de cette maison de Hanovre, si altérée du sang écossais, il mourut de douleur (i)*
(i) On répète souvent que les princes ne sont que d'illustres ingrats , et Ton a surtout en vue les princes légitimes, parce qu'on suppose que la nature de leur pouvoir , consacré par le droit divin , les élève au-dessus de tous les sentiments comme de toutes les lois. Les princes du gouTcmement de fait valent-ils mieux , une fois princes? Nous répéterons Volontiers ici une réflexion de M. de Chateaubriand : « Il est vrai que l'on crache au visage des princes quand ils sont tombés : reste à savoir si les princes lorsqu'ils ont retrouvé leur pouvpir ne crachent pas au visage de ceux qui les ont servis. »
Essai sur les révol. , pag, i44*
On raconte que, par la suite, ses enfants obtinrent le privilt%e d'une distillerie franche d'impôt, en dédommagement des dépenses qui avaient ruiné leur famille^ mais, en 1785, on se lassa d'être reconnaissant et juste, même à demi. Ce privilège fut révoqué.
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