CHAPITRE XXXV
LB TIBBLLABD ET LA JXUIIB FILLB. LA EBTRAITB DBS PAABBR8. LB8
LiklfBNTAlTOIfS DU VIBILLjUlD. SORT DB QIISLQUBS DNS DBS PAOICI-
PAOX JAGOBins. — LB GOKTB DB CAOMABTT. LB COMTE DB KILHAR-
ROCK ET soif FILS, LB DDG DB CCKBERLAWD. ^— LB OÉlfiRAL CAMP- BELL. — L*rLB DE 8AIIITB-KILDA.
> u OÙ est allé ton père, ma petite Marie?
où est donc notre Lady depuis le matin? As-ia vu les habits rouges former leurs rangs sur le gazon vert? as-tu entendu le cor retentir sur la montagne?
(c o^ Vieillard à barbe blanche^ ne m'interroge pas; va questionner la jeune fille qui est a^ise au bord de la mer : les habits rouges ont passé ici ^ et pour notre malheur : le corbeau s'est enroué avec le sang qu'il a bu !
*(( Ecoute^ ô vieillard^ comme sa voix est devenue rauque ! Le sang des Frasera est trop ohaud pour son gosier; je crois que le traître est de race anglaise. Les Anglais font leur proie des
vivants et lui des morts. Quand j'étais un enfant^ nous rappelions familièrement le chantre d'Errick, le prêtre du rocher ^ mais il n'est plus i'ami des montagnards , cet esclave des Saxons^ ce buveur de sang!
(c — Bonne petite fille, pourquoi parles-tu de la sorte? Le corbeau est notre ami; sa voix rauque exprime la colère : il ne déchirera pas de son bec la tête couverte de la toque ^ ni le corps revêtu du tissu de tartan; mais montre-moi le rocher où demeurent les Frasers, ou se cachent Foyers, Culduthil et Gorthaly : le danger approche ; il faut que je leur parle, il faut que je les voie en secret à la clarté de la lune.
« — Vieillard à barbe blanche^ vous devez être un ami; car la vérité sort de vos lèvres, et une larme mouille vos yeux : passez dans xie sentier où le torrent murmure et réveille l'écho de la montagne quand lèvent s'est tu. Là, je les ai trouvés la nuit dernière , je les ai trouvés dans la caverne où ils se cachent des oppresseurs; je les ai vus là s'agenouiller, après le dernier cri du coq de bruyère, prier pour leur prince et dormir sur la pierre.
«Ohl dis-moi, vieillard, quel sera le sort de ceux qui égorgent les braves des montagnes, qui forcent nos généreux Chefs de fuir dans le désert.
qui diatfseitt leur pf opfte prince cotume le daiih on le chevreuil?
(( ..I. Ma bonûe petite fille ^ au-dessus de ce soleil ëtincelant existe quelqu'un qui voit tout ce qui se fait. Uji jour il puuira les tyraos de leurs crimes ^ et les noms des braves ne périront pas pour toujours (i)i »
Ce cLant^ traduit du gaélique^ nous peint la désolation de l'Ecosse : les deux acteurs visibles de ce petit drame sont un vieillard et une jeune fille ^ dont toute l'occupation est désormais de veillcgr à la sécurité des proscrits bu de gémir sur leurs périls sans cesse renaissants. La muse jacobitc a changé de ton depuis la défaite de CuUo** den : toutes ses compositions ne sont plus que des accents de douleur: tel est encore ce fragment de (( la complainte du vieillard »( O^d man's Lament ) :
c< J'avais trois fils^ forts et braves ; ils sont couchés à côté les uns des autres^ sanglants et froids^ Pavais une cabane avec une femme bien aimée ^ et deux petits-fils qui nous souriaient déjà ; j''ar vais deux vaches dans mon enclos...; mais le cruel duc de Gumberland pi'a tout ôté.
u La vengeance et le désespoir m'arrachent
(i) The Fraser ontke eorrei. Hocg's Jacobite relies.
ago HISTOIRE
tour à tour des larmes : j'appelle de tous mes vœux le jour fatal à l'oppresseur. Je vis solitaire^ je me repose solitaire, je n'ai plus que le ciel à qui raconter mes cha{:[rins*..Ton bras est trop faible, me (Jit le ciel, pour frapper et abattre l'orgueilleux ; je me charge de venger ton sang. »
Cependant les prisons se remplissaient de tous les officiers que leur rang dans l'armée jacobite désignait aux angoisses plus longues d'un procès en trahison et à la hache des bourreaux anglais.
Le comte de Cromarty s'était laissé surprendre dans le Sutherland, la veille de la bataille de Çulloden, par une imprudence qui rappelle la malencontreuse galanterie du général Hawley, le matin de la bataille de Falkirk. Il se rendait à Inverness avec un détachement de Mac-Kenzies, et il s'arrêta au château de Dunrobin,habitépar la comtesse de Sntherland, dont le mari était engagé dans le parti contraire. Soit excès d'hospitalité , soit trahison , la comtesse le retint le plus long-temps qu'elle put. Laissant prendre les devants à sa troupe, il tomba au pouvoir d'un corps de milice aux ordres du laird de Dunrobin , qui, mari jaloux ou Whig sévère, envoya à Londres sous bonne escorte l'hôte de sa dame.
Le comte de Kilmarnock, lord Lovât, lord Balmerino et d'autres l'y suivirent bientôt.
DE CHARLES-EDOUARD. 29t.
Pendant le désordre de la mêlée de CuUoden , la neige et la fumée obscurcissant les objets^ 1q comte de Kilmarnock alla se jeter au milieu d'un escadron ennemi en croyant joindre les cavaliers du régiment de Fitz- James, et ne reconnut sou erreur que lorsqu'il fut obligé de rendre son épée. On le conduisit à travers les lignes de Tinfanterie anglaise^ où son jeune fils^ lord Boyd ^ était enseigne. Le comte avait perdu son chapeau dans le combat , et ses longs cheveux blancs tombaient épars sur son front; mais pouvait-il ne pas être reconnu par ce fils que le lien du serment militaire avait retenu sousi la bannière de la maison de Hanovre ? La neige tombait et le vent soufflait encore. Ne pouvant voir sans douleur la tête de son vieux père exposée à Forage, le jeune lord s'avança vers lui, couvrit ses vénérables cheveux blancs de, son propre chapeau , et rentra dans les rangs sans prononcer une parole , après avoir donné au comte cette preuve muette de respect filial.
Lord Lovât avait quitté Gortuleg deux heures après Charles-Edouard : tout le dévouement des hommes de son clan lui était désormais nécessaire. Trop faible pour soutenir les fatigues de la fuite, il se fit porter en litière à travers les cantons de Moidart ou d'Ardnamuchan , et puis
3fg2 HISTOIRE
d'une île à une autre. Evitant les maisons habi*^ tées f il passait la nuit dans des cavernes ou des ruines. En6n ^ un enfant le irafiit sans le connaître à un de'tachement de Campbells qui le cherchait : il fut ti ovivë comme « emmaillotté » avec deux épaisses couvertures dans le tronc d'un
arbre.
Il pai'aissait bien difficile que le plus illustre de tous ces fugitifs ne tombât pas entre les mains de ses vainqueurs. Le duc de Gumberland avait juré de s'en emparer : « Messieurs, disait-il à se» agents, point de prisonniers : vous me compre-< nez? » voulant dire qu'en cas de résistance, on devait lui amener Charles-Edouard mort ou vif. La somme considérable de trente mille livres sterling , qui devait être le prix de cette tête proscrite, semblait à la foi« une tentation violente pour la pauvreté des Ecossais, et un moyen d'activer le zèle des soldats. Aussi, au moindre indice, les limiers de la persécution allaient et venaient d'une extrémité de l'Ecosse à l'autre. La nouvelle s'étant répandue que le prince était caché à Sainte-Kilda , le général Campbell s'y reildit aussitôt avec une escadre. Sainte-Kilda est rile la plus lointaine et la plus isolée de l'archipel des Hébrides , peuplée par quelques familles aborigènes, qui vivent de leur pêche et de leur
«basse. A cette époque^ cette île faisait partie des domaines du laird Mac-Leod , dont Tintendant oa facteur allait une fois l'année y percevoir une fai-< ble redevance en nature ; car encore aujourd'hui l'argent et les autres métaux monnayés y sont à peu prés inconnus. Ce facteur était le seul étranger qui rappelât aux insulaires de Sainte-Kilda qu'il existait d'autres iles et d'autres pays que leur rocher solitaire. Le laird de Mac-Leod était pour eux le plus grand souverain de la terre. A la vue des voiles anglaises^ ces hommes à demi-sauvages^ effrayés y comme leurs ancêtres l'avaient été à l'approche des vieux pirates danois^ se cachèrent dans leurs cavernes ou sur la cime de leurs montagnes. Ce ne fut pas sans peine que le général put en faire saisir quelques uns^ qu'on voulut forcer à déclarer dans quel asile était le Prétendant. II eût autant valu leur demander où était Pompée ou César. Ces pauvres insulaires n'avaient jamais entendu parler ni de Charles ni de Georges : tout ce qu'ils avaient cru comprendre du récit de quelques pécheurs^ sur la grande cause politique qui se décidait par le sort des armes dans l'empire britannique, c'était que le laird de Mac-Leod,leur suzerain, qui s'était déclaré contre les Stuarts,^. avait eu une sanglante querelle avec « une vieille; femme » , et l'avait mise à la raison.
2g4 HISTOIRE
Le général remit à la voile , en rapportant peut-être <îe cette expédition une pensée philosophique sur la vanité des gloires de la terre.
Suivons maintenant les traces du prince proiscrit, <jui espérait trouver un asile parmi ces rochers continuellement battus par les flots d'une mer orageuse , pour y épier le pavillon fleurdelisé , dernière espérance de sa fuite.
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