UN PILOTE. DONALD MAC-LEOD. DEPART POUR LES ILES. — LA
TEMPftTB. LEWIS. BTORHOWAT. EDOUARD BURU. LA CUI- SINE DU PRINCE. NOUTELLEtDBLOCHIEL. LA CHASSE ET LA pftcinu
~7-LB MENDIANT. SULLITAN , 0*NBIL , CLiNRANALD , LADT CLANRA-
NALD. FLORA MACDONALO. —SA PREMIERE ENTRETUB ATEG CHARLES- EDOUARD. LB REPAS UOMiRIQUE. LE PASSE-PORT. MAC-EACBAN.
Au milieu de leurs périls personnels et de leurs malheurs , les vaiqcus de CuUoden avaient toujours présents à leur pensée les périls et les malheurs de leur prince j savoir qu'il avait trompé la poursuite de ses ennemis, était pqur eux la plus douce consolation j c'est un sentiment qui se retrquve dans tous les chants de deuil de la muse jacobite.
THE HIGHLANDER's FÂREW^ELli.
«Hélas! où irai-je chercher mon pain? Héla^^I où irai'je porter mes pas errants ? Hélas! où irai -je cacher ma tête ? car je pe puis disiueur^i^
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ici plus long-temps ! Que les vagues se soulèvent, que les vents soufflent Forage et me menacent de toutes parts; n'importe, je dois abandonner ma terre natale, et m'exiler sur la terre de Tétranger.
(( Le vallon qui était le vallon de mon père doit être quitté par ses fils ; la maison de mon père est abattue sur la bruyère; hélas! hélas l notre gloire n'est plus : elle nous a été ravie par un lâche imposteur , no» mains sont eiicore sur la garde de la claymore, mais la force de nos bras est brisée.
« Et toi, mon prince, mon prince malheureux, ton peuple t'a désavaué; tes sujets t'ont poursuivi et chassé, toi et tes Chefs fidèles. Dans l'excès de ma misère , si j'oubUe ton sort, jeune prince errant et proscrit, ce cœur aura cessé de battre ,^ et toutes mes douleurs seront terminées.
« Adieu, adieu, chère Galédonie, ta n'es plus la patrie des fils de Gaël, un étranger occupe ton trône antique; la ruse et la trahison l'ont rendu le plus fort. Tes braves et tes justes sont dans la poussière ou sur le bord du précipice ; la pitié céleste a fermé les yeux pour ne plus te voir. Adieu , adieu pour jamais. »
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Si à ces chaûts de deuil se mélç une malédiction y ce n'est jamais contre le prince que ses enn^nis accusaient d'être venu bouleverser son pays parla guerre civile; ceux qui souffrent pour lui le bénissent encore. Leurs ancêtres n'avaient pas maudit Jacques II; et ils répétaient comme eux ce chant d'un dévouement à toute épreuve, en l'appliquant à un prince digne de réparer tous les torts de son aïeul :
« TBXBB'lL NBtXB BB PBAGB TiLL JAMIB COMBS HOMB. »
c< Au pied de ce château, au déclin du jour, j'entendis chanter un vieillard en cheveux blancs, et pendant qu'il chantait , les larmes coulaient de $es yeux : il n'y aura plus de paix tant que Jac** ques ne reviendra pas. L'église est en ruines , l'état en désordre, partout régnent la fraude, l'oppression et la guerre meurtrière ; nous n'osons paâ le dire , mais nous savons à qui le blâme ; il n'y aura plus de paix jusqu'à ce que Jacques revienne.
« Mes sept braves fils tirèrent l'épée pour Jacques, et maintenant je gémisi sur le vert gascon qui leur sart de couche ; leur perte brisa le cœur de ma tendre et fidèle compagne : il n'y
hqS uisTomE
aura pas de paix tant que Jacques ne revieddra pas. La vie est un fardeau qui me courbe vers la terre depuis que j'ai perdu mes enfants, et Jacques sa couronne; mais jusqu'à mon dernier jour j mes paroles seront les mêmes : il n'y aura plus de paix jusqu'à ce que Jacques revienne. »
I^s aventures de Charles-Edouard, après sa défaite ressemblent à un roman. Le fondateur de sa race, Robert Bruce, avait jadis comme lui parcouru en proscrit les îles et le continent des ïlighlands j comme lui encore, son grand-oncle Charles II, vaincu à Worcester, avait été obligé de fuir, déguisé, les persécuteurs de son nom; mais si ces deux princes eurent leurs têtes royales mises à prix, le diadème les consola plus tard ; le petit-fils de Jacques II ne devait sauver la sienne que dans un éternel exil.
Pour donner une idée de ce qu'étaient les Hébrides en 174S9 il suffira de dire qu'encore de nos jours on ne trouve dans ces îles qu'un petit nombre de routes et d'indications locales pour, guider le voyageur. On ne saurait y pénétrer sans avoir toujours avec soi un insulaire qui, gardant depuis long-temps les troupeaux, ou passant sa vie à la chasse , puisse vous précéder dans les sentiers élroitsqui bordent l'escarpement de
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la montagne^ ou sur les parties de terrain asse^ fermes pour supporter le poids de vos pas à travers les fondrières et les marécages; tantôt il faut descendre à demi dans un précipice pour retrouver la vallée , tantôt il faut gravir un rocher à pic^ d'où d'énormes fragments se détachent sous vos mains ^ et vont au fond d'un abîme in-« visible réveiller d'horribles échos. De précipices en précipices^ de marécages en marécages^ de rochers en rochers^ on parcourt à peine quelques milles depuis le leVer du soleil jusqu'à son déclin ^ sous un ciel trop souvent chargé de froides vapeurs y qui vous dérobent sa lumière.
Depuis quatre jours, Charles-Edouard attendait à Arisaig celui qui devait lui servir de guide et de pilote. Tout à» coup le bruit se répandit qu'un nombreux détachement d'ennemis approchait ; tous ceux qui entouraient le prince se dispersèrent, et le prince lui-*méme s'était réfugié dans une foret, où il errait tristement, lorsqu'il aperçut un vieux Higblandér qui s'avançait de son côté. Un heureux pressentiment lui fit deviner que c'était l'homme dont il avait besoin. « Ne venez-vous pas de l'île de Skye, et n'êtesvous pas, lui dit-il, Donald Mac-Leod de Gualtergill? » Le Highlander répondit affirmativement. « Eh bien! reprit le prince, c'est moi qui
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VOUS ai mandé j vous voyez devant vous votre prince qui se jette dans vos bras^ et vous confie sa destinée. » Long- temps après , le vieux insulaire ne pouvait répéter sans verser des larmes ces premières paroles que lui avait adressées un prince qui n'avait plus d'autre grandeur que celle de l'infortune. Prévoyant , par quelques signes à l'horizon^ qu'un orage se préparait^ il supplia Charles-Edouard de différer son voyage jusqu'au lendemain ; Charles redoutait plus ses ennemis que les éléments ^ et dès le ^4 avril au soir il s'embarqua dans un bateau découvert à huit rames, avec Sullivan, 0'JNeil,Ed. Burke et sept autres personnes. Donald Mac-Leo4, faisant l'office de pilote, à'assitau gouvernail. Mais à peine étaient-ils en mer, que le j)résage du vieux insulaire s'accomplit j une affreuse tempête vint soulever les vagues j la pluie qui tombait par torrents, les ténèbres de plus en plus épaisses ^ le manque de boussole et de pompe faisaient craindre que la barque ne fût engloutie ou jetée sur les plages de l'île de Skye, une des plus considérables des Hébrides, où des patrouilles nombreuses d'ennemis étaient sous les armes.
En dix heures , la tempête avait fait parcourir une espace de plus de cent milles à la barque « Elle aborda à l'ile de Benbecula, située entre
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les deax îles d'Uist. Le palais du prince fut u^e vacherie sans porte ^ sa couche un peu de paille recouverte d'un lambeau de voile ^ et le banquet royal consista en farine d'avoine délayée dans l'eau et en tranches de viande^ car ses compa-* gnons trouvant une vache égarée la tuèrent et la dépecèrent aussitôt.
La tempête dura encore quatorze heures y et ce fut seulement le mardi 29 avril qu'on put quitter cette île presque déserte, pour se diriger sur. l'île de Levais, dans le port de laquelle ils avaient l'espoir de rencontrer un navire français ou un autre^qui pourrait les conduire en France; mais une nouvelle tempête repoussa la barque jusqu'à l'ilot de Glass, à quarante milles nord de Benbecula , et à la même distance de Stornoway^ comme on appelle le port de Levais.
Se deGant des sentiments de la population^ les fugitifs se donnèrent pour des marchands qui avaient fait naufrage en se rendant aux Orcadcs. Sullivan prit le nom de Saint-Clair, et le prince passa pour son fils. Ils reçurent l'hospitalité chez un fermier, Donald Campbell, qui prêta son bateau à Donald Mac-Leod , et celui-ci s'en servit pour aller seul àla découverte jusqu*àStornoway. 11 ne tarda pas à donner de ses nouvelles , et il pressa Charles-Edouard de venir le joindre. Le 3
mai le prince partit , mais le vent contraire le força de débarquer au Loch Seafoith, k trente inilles plus loin y d'où il lui fallut faire le trajet à pied j il. s*en serait félicité s'il avait su que les habitants de Stornoway, avertis de son approche par un zélé ministre presbytérien de Pile d'Uist^ attendaient avec des intentions hostiles^ persuadés qu'il venait pour brûler leur ville, enleveî* leur bétail,. et les contraindre à lui fournir le navire dont il avait besoin. Egaré par son nouveau guide, Charles-Edouard n'arriva que le 5 ^u soir à la pointe d'Ayrnish, à un mille de Stornoway, et n'osa pas aller plus avant sans avoir fait prévenir Donald Mac-Leod,qui accourut avec des provisions , et le fit entrer dans la maison de ]^I" Mac-Kenzie de Kildun , pour y passer la nuit. A son retour à Slornoway, D. Mac-Leod trouva toute la population en. émoi , et s'écriant qu'il fallait repousser le Prétendant. Donald es-^ saya d'abord de persuader à ces insulaires que le prince était hors d'état de leur nuire ; mais les voyant incrédules, il en appela à leurs craintes mêmes, en les menaçant de la vengeance de& Français et des partisans des Stuarts* Ramenés i des intentions plus pacifiques, ils s'engagèrent à feindre d'ignorer que le prince fût si près d'eux, mais à condition qu'il s'éloignerait au plus vite.
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Donald revint avertir Charles-Edouard de la nécessité de fuir le lendemain de bonne heure. Déjà le dënûment le plus complet le menaçait. Il avait encore quatre compagnons avec lui ^ et seu. lement six chemises entre eux cinq. Us s'occupaient de leur souper frugal à l'arrivée de Donald. Ed. Burke^ chargé de la cuisine^ proposa de se retiret au plus vite dans }es marais, de peur d'être surpris par les habitants de Stornoway • « Mon ami^ répondit le prince^* si vous avez peur vous gâterez notre souper. Si c'est moi qui vous inquiète^ soyez tranquille ; on ne me prendra jamais en vie , et malheur à celui qui m'approchera le premier; mais cliaque chose à son tour : maintenant c'est le souper qui est le plus pressé.» A ces mots le prince voulut montrer son talent pour la cuisine^ et se faisant l'aide d'Ed. Burke^ prépara de ses mains un gâteau d'avoine et de cervelle, dont une grande partie fut réservée pour le lendemain. Charles-Edouard pouvait se rappeler que dans sa fuite d'Angleterre en France, Jacques II avait ainsi préparé lui-même un de ses repas.
Quand le jour parut , le bateau dans lequel Charles-Edouard était venu à Lewis fut mis en mer j et après une navigation de quelques heures, on aperçut quatre voiles anglaises qui forcèrent
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les fugitifs de se réfugier dans la petite île dlfiiirt^ près d'Harris. A leur approche les pécheurs^ seuls habitants de cette île, les prenant pour les hom«mes des équipages anglais chargés de presser des matelots , se retirèrent effrayés dans l'intérieur des terres^ leur abandonnant sur la plage les poissons qu'ils faisaient sécher. La vue des vais* seaux anglais retint les proscrits quatre jours entiers dans une vieille hutte sans toiture. Delà ils se rendirent.de nouveau à Glass, et en furent repoussés par quatre voleurs qui voulaient s'emparer du bateau. Retenus en mer par un temps de calme^ ils eurent pour toute boisson l'eau salée dans laquelle ils mêlaient quelques gouttes d'eau-de-vie. Ils rôdaient d'une baie à une autre le long de cette suite d'îles comprises sous le nom général de Long-Island, parce qu'elles semblent avoir formé autrefois une seule île , coupée par d'étroits canaux. Leur trace fut signalée y et Long-Island fut investie par plusieurs vaisseaux de guerre^ pendant que deux mille hommes de milice faisaient à terre les perquisi-* tions les plus rigoureuses. Un vaisseau serra de près trois heures entières le bateau -de Charles- Edouard y qui venait à peine de lui échapper à travers les rochers d'Harris, qu'il fut découvert par un autre qui lui donna la chasse jusqu'à
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Benbecula.Le prince avait eu le temps d'aborder^ lorsqu'une tempête dispersa tous les navires qui cernaient la cote : « C'en est fait, s'écria-t-il la Providence a décide que ma vie n'aura rien à redouter du fer anglais ni de la mer. n
Charles-Edouard et ses compagnons vécarent de coquillages et s'abritèrent dans une hutte dont la porte était si basse et le seuil si enfoncé sous le sable, qu'il fallait ramper pour y entrer. Un des habitants de Long-Islaud était le vieux laird de Clanranald^ dont le fils avait combattu à Culloden. Le fidèle Burke lui fut envoyé pour l'inviter à une entrevue avec le prince , el Donald Mac-Leod se rendit dans le Lochaber avec des lettres pour Lochiel et le secrétaire Murray. Clanranald fut ému de pitié en reconnaissant le malheureux Charles -Edouard sous des habits en lambeaux, et couché dans une espèce de tanière comme une béte fauve. Il lui prodigua ses secours, et le fit transporter dans un asile un peu moins incommode, au centre de Soulh-Vist , où, au bout de dix-huit jours, il fut rejoint par Donald Mac-Leod, qui avait heureusement rencontré Lochiel près du Loch Arkaig, avec le secrétaire Murray. Celui-ci, à qui le prince faisait demander de l'arj^ent, répondit qu'il avait à peine de quoi fournir à ses propres besoins; soit que cela