‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 41 sur 61 · II. îiO · texte numérisé non relu

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fût vrai, soit que,ame trop faible pour résister aii malhear, il méditât déjà dans ses égoïstes regrets la trahison qu'il accomplit plus tard. Quant au généreux Lochiel , il faisait au moins parvenir au prince quelques paroles de consolation. Charles-Edouard sut alors qu'une association venait d'être signée par les principaux Chefs pour leur défense mutuelle ; association tardive , et qui fut déconcertée bientôt par la prise de plusieurs d'entre eux. II apprit aussi, qu'à peine avait-il quitté Arkaig, quatre navires français y avaient paru. Il rci^retta d'avoir écouté trop tôt les alarmes de ses confidents; mais il eut la certitude que la marine française ne l'abandonnait pas. Il trouvait aussi dans South-Vist presque autant de partisans que d'habitants , grâces à l'influence de Glanranald. Il passait souvent la journée à la chasse ou à la pêche, preaque heureux de cette vie hébridienne , et, lorsqu'il avait montré son adresse en abattant les oiseaux au Vol, s'étonttant quelquefois d'éprouver pour ces pacifiques succès presque autant de satisfaction qu'après une victoire dans les hasards plus sérieux de la guerre. Sa bonne humeur charmait ses compagnons; un jour que Burke avait préparé avec soin un daim tué par le prince , un jeune mendiant, attiré p<^r l'odeur du repas, vint sans cérémonie s'as-

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seoir à côté de Charles pour en prendre sa part. E. Burke , plus sévère sur l'étiquette que ]e prince lui-même, vint secouer rudement cet intrus effronté ; mais Charles-Edouard le défendit en disant : « Mon ami ^ souviens-toi de l'Écriture , qui nous ordonne de nourrir ceux qui ont faim et de vêtir ceux qui sont nus : laisse manger cet homme, et puis tu lui -donneras un vêtement pour se couvrir* » Burke obéit , et le prince ajouta : m Jamais nous ne devons permettre qu'un chrétien périsse faute de nourriture et de vêtements y tant que nous pouvons l'empêcher. » Qui peut douter de la sincérité de ces sentiments dans la bouche d'un fils de roi, quand, quelques jours auparavant , il aurait pu envier lui-mêmô le sort de celui à qui il faisait ainsi l'aumône.

Mais déjà il touchait au terme de l'amélio-* ration passagère de sa propre destinée. Ce même mendiant fut plus sensible aux menaces de Burke qu'au bienfait de Charles-Edouard, et alla dénoncer comme suspects aux soldats les étrangers qu'il avait rencontrés. Ils furent averti;^ à temps ; et il leur fallut recommencer leur vie errante. En peu de jours les croisières anglaises étant revenues, les patrouilles de terre ayant re^ doublé de vigilance, il paraissait impossible aux

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proscrits de s'échapper de File où ik étaient enveloppés de toute part.

Dans ces circonstances critiques ^ une femme vint au secours du prince.

Sullivan, O'JNeil, Edouard Burke et Donald Mac- Leod, ne pouvaient plus rien personnellement pour leur maître : désormais signalés aux agents du duc de Cumberland, ils devaient le confier entre d'autres mains pour le tirer du péril. Il y avait alors dans l'île de South-Vist une jeune fille, remarquable par sa beauté , mais plus encore par son esprit , sa modestie, sa sagesse et la bonté de son cœur. C'était miss Flora Macdonald , fille de Macdonald de Milton de l'île de South-Vist, mais dont la mère, devenue veuve depuis plusieurs années, avait épousé en secondes noces Macdonald d'Armadale de l'île de Skyc. Ces relations de parenté amenaient souvent Flora de Skye à South-Vist, tantôt à Milton, chez son frère, tantôt à Ormaclade, dans la famille Glanranald, où elle était alors. Elle faisait ces fréquents voyages, avec la liberté dont jouissent encore les jeunes Hébridiennes , tantôt seule , tantôt avec un domestique. Elle n'avait jamais vu Charles-Edouard, quoique, selon une tradition, elle fût allée à Inverness pendant le séjour du

DE CUARLES-ésOUARD. SoQ

priace dans cette ville. O'Neil avait remarqué miss Macdonald à Ortnaclade , et s'était aperçu que le récit des infortunes des Jacobitcs l'iutéressaient au point de faire couler ses larmes. Un jour qu'il la voyait émue en entendant parler des nouveaux périls qui menaçaient l'héritier des Stuarts^ il s'approcha d'elle ^ et avec un mélange de respectueuse courtoisie et de conliauce : « Miss Flora, lui dît-il, ce prince auquel vous donnez des larmes peut vous devoir son salut j les dames d'EcossQ ont beaucoup fait pour sa cause^ vous ferez plus encore en l'arrachant de cette îte , où chaque jour sa perte devient de plus en plus inévitable. »

Flora demanda d'abord comment une jeune lille comme elle pourrait rendre un tel service; mais bientôt son dévouement surmonta sa défîauce d'elle-même : h Le péril m'inspinera , ditelle, procurez-moi une entrevue avec Son Altesse Royale ! n O'Neil fit observer que telle était la position de son maître, qu'il était indispensable que ce fût miss Flora qui se rendît auprès de lui, et il offrit de la, conduire ; Flora exigea que M. Mac-Eachan, précepteur des enfants de sa famille, l'accompagnât, et ils allèrent trouver, tous les trois, l'illustre proscrit dans une espèce 4e caverne où il était caché. Flora ne pouvait

croire que ce fut là le jeune prince dont les ballades dès jeunes Écossaises yantaien^ ]a bonne inine et la beauté ^

« My handsome charming highiand laddie, » ( i )

Sa maigreur était extrême, ses yeux caves , et ses habits souillés de poussière , obligé qu'il était de se traîner d'une caverne dans une autre. Elle s'avança pour lui baiser la main, et Charles- Edouard n'osa confier à ses lèvrejs cette main royale, atteinte d'une éruption contagieuse ; Flora versa des larmes et lui offrit quelques provisions avec du linge propre qu'elle avait apporté dans un panier. Charles-Edouard la remercia avec bonne humeur , et bientôt sa gaité la força de sourire.

Flora le quitta , en promettant de revenir dés qu'elle serait sûre de l'exécution de son plan. Instruite désormais du secret de ses asiles, elle eut avec lui d'autres entrevues , mais à des intervalles de quelques jours, de peur d'éveiller les soupçons.

Quelquefois elle venait avec lady Clanranald^ et ces deux dames rendirent au prince toute sa confiance et sa santé; pendant trois jours Char-

(i) Mon beau et charmant garçon montagnard.

DE CHARLES-EDOUARD. 3ll

les les 2(lteiidit vainement à un lieu dësij;.né et put se croire abandonné^ peut-être trahi : mais Flora reparut, et avec elle Fespéranoe. Enfin, tout étant préparé , Flora et Mac-Eachan, affectant un air de mystère en passant devant une compagnie de soldats, se firent arrêter» Ou voulut leur de* Oiander leur passe-po^tj Flors^dit u'en pas avoir, et refusa mémje de $e nomçier, excepté au chef du poste ; ce chef était Macdopald d'Armadale , le mari de s^ (néi^e, capitaine d'une des compagnies de milice levées pour la mai^n de l:fanovre. Il fut surpris de trouver sa ^ellç-fillç détenue depuis plusieurs heures au cp^pç-dejjarde^et Flora, profitant avec adresse des regret* qu'il exprimait, déclara son intentiqn de V6tourner à l'île de Skje avec un passe-port : « Jç| vais rejoindre ma mère, dit-eUe, et j'eramène avec moi , outre M. Mac-Eachaa , une fille, excellente fileuse, appelée Betty Burke. » Le capitaine mentiona sur le passe-port Betty Burke, et recomn^aqda même à sa femme de ne pas négliger d,e garder à son service un« fille qui pouvait leur élre si utile.

Muni de celte pièce importante, qu'elle avait su se procurer sans éveiller le çoupçon , Flora eut encore peur de se trahir par un départ trop pressé ; elle se rendit chez lady Clanranald , et

y resta jusqu'au 27 juin, en évitant toute communication avec le prince, au risque d'exciter en lui de nouvelles défiances* Cependant elle s'occupait d'un costume nécessaire an travestissement qu'elle méditait, et faisait préparer le bateau du voyage ; enfin, le 28 au matin, Flora, lady Glanranald et quelques affîdés se transportèrent du côté du livage, et faisant un détour , entrèrent dans une hutte à un mille de distance, où Charles-Edouard les attendait. On le trouva seul avec O'Neil, et, comme un héros d'Homère, faisant rôtir, au moyen d'une broche de bois, le cœur et le foie d'un mouton : à ce spectacle , les larmes coulèrent ; mais Charles , souriant de son rôle, se prétendit si heureux, qu'il voulait que ses hôtes partageassent avec lui ce repas homérique ; on s'assit à table , miss Macdonald à sa droite, lady Glanranald à sa gauche. Tout à coup un émissaire posté en sentinelle vint les avertir que le général Campbell était arrivé à Ormaclade , avec une nombreuse troupe de soldats. Lady Clanranald se décida à retourner chez elle, pour les recevoir et les retenir. Le général n'épargna pas les questions; mais lady Clanranald se permit un pieux mensonge, en répondant qu'elle venait de visiter un de ses enfants malades. Plus tard, son mari et elle payèrent leur

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généreuse hospitalité par un long emprisonne* ment à la tour de Londres (i).

Cependant après le départ de lady Glanranald^ comme il avait piu^ le prince et ses compagnons venaient d'allumer un feu de bruyères pour sécher leurs habits^ lorsqu'ils fiirent forcés de l'éteindre et de se cacher derrière les rochers de la plage ^ en apercevant quatre bateaux pleins de soldats qui longeaient la côte ; enfin ^ le ven«dredi soir, 28 juin^ Charles quitta LongJsland> où depuis deux mois il avait échappé à tant de périls. Il s'était séparé depuis quelques jours de Sullivan, d'O'Neil, d'Edouard Burke et de Donald Mac-Leod; ses nouveaux compagnons étaient miss Flora Macdonald et Mac-£achan.

(i) Journal de la fuite de Charles^Édouard , itbprimé à la suite des Lockkart-papers,

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