‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 53 sur 61 · JI · texte numérisé non relu

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prochcr, dit-il^ de l'Opëra^ et des autres lieus de divertissements. Peu à peu ii se rendit plas rarement à Versailles^ à Ghoisy ou à Fontainebleau ; ses visites y devinrent plus courtes^ et il évitait d'entretenir le roi en particulier. Si on faisait allusion devant lui au traité. d'Aix-la-Cha« pelle , il éludait de prendre part à l'entretien ^ 6oit par un air distrait , soit par quelque propos joyeux qui écartait la politique. Quand eurent lieu les réjouissances pour la paix ^ quand il lut sur les arcs de triomphe et les transparents Finscription : A Louis le Pacificateuii^ïI osa protester, pour l'Angleterre, contre un titre qui semblait la déclarer vaincue, en même temps qu'en se faisant le champion de l'honneur anglais il protestait contre l'acte qui brisait à jamais les liens de sa famille avec l'Angleterre. Il fit même frapper une médaille à son effigie, avec cette devise : Carolus wALLiiE PRiNCÈPS (Charles princc de Galles); sur le revers était un navire avec ces mots : Amor et spes Britannije. (L*amour et l'espoir de l'Angleterre.) Les ministres de Louis XV se récrièrent devant le roi sur cette manière de prétendre que la marine anglaise avait forcé la France à la paix. Le roi répondit que le prince de Galles avait ses raisons, et qu'il uc voulait pas voir la une insulte contre la

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France. Le prince de Gonti eût volontiers cherché t^uerdle à Charles-Edouard. L*ayant ren-^ contré dans les jardins du Luxembourg, ii se contenta de lui dire avec ironie : « Je suis étonné que vous soyez si généreux pour la marine anglaise; elle ne s'est pas montrée l'amie de Votre Altesse Royale. — * Gela est vrai > prince, reprit Gharles - Edouard , mais je suis , nonobstant , l'ami de la marine anglaise contre tous ses ennemis ; je regarderai toujours la gloire de l'Angleterre comme la mienne^ et sa gloire est dans sa marine (i)« » -

Par suite du même système ^lorsque arrivèrent à Paris le comte de Snssex et lord Gathcart^ comme otages du roi Georges pour la restitution de Louisbourg^ Gbarles-Édouard répéta avec un ton d'amertume que l'Angleterre n*eût jamais dû consentir à donner ainsi des gages de 5a bonne fbi^ puisque on ne peut en exiger que des vaincus.

Gette fierté ne déplaisait pas aux Français. Le comte de Sassex et lord Cathcart se voyaient traités presque avec mépris ^ tandis qu'un mur-

(i) Pendant les négociations d'Aix-la-Chapelle^ Charles-Edouard et son père n'ay^ient pas mîdnqué de protester d'avance contre tout ce qui serait arrêté dans^ le traité contre les droits des Stuarts au trône d'Angieterrfé

mure flatteur accueillait partout le jeune prétendant. Us se plaignirent plus d'une fois que le cabinet de Versailles ne le forçât pas à sortir du royaume.On retarda long-temps l'exécution de cet article du traité de paix, que la cour de Londres ne cessa de réclàmer.On aurait voulu que Charles- Edouard partit de lui-mème.Les avis indirects ne lui manquèrent pas. Le cardinal deTencin et puis le duc de Gesvres allèrent le voir pour l'engager adroitement à ne pas provoquer contre lui des mesures désobligeantes.Il feignit de nepas les comprendre. ce Le roi était, disait-il, lié à sa cause par son honneur qui valait tous les traités », voulant lui laisser l'humiliation de s'expUquer plus clairement. Il avait commandé un service d'argenterie. Quelque temps avant le jour fixé où il devait le lui remettre, l'orfèvre vint le prier de lui accorder quelques jours de plus, parce que Sa Majesté venait de lui en commander un autre ^ qu'il devait livrer , à un terme plus rapproché. Charles-Edouard insista pour que l'orfèvre tînt ses conditions avec lui ^ et l'orfèvre , dans ce dilemme,alla exposer son embarras à Louis XY. Le roi fut charmé de voir Charles- Edouard si pressé, parce qu'il s'imagina qu'il se préparait à partir. Il dit à l'orfèvre de le servir au gré de son impatience j qu'il consentait à attendre ^ et qu'il paie-

rail lui-même tout ce qui serait fourni au prince de GaHes. Maisil fut piqué lorsqu'il apprit que ce service était destiné à une fête donnée à la pruicesse de Talmont^ à madame de Maisieux, au duc de Bouillon, et à trente autres personnes de la cour.

On s'adressa à Rome : Jacques III écrivit à son fils qu'il devait céder aux circonstances, et éviter par son départ d'irriter Louis XV. Cette lettre fut d'abord envoyée ouverte au cabinet de Versailles : le roi la fit porter à Charles- Edouard par le duc de Gesvres , avec une autre de sa main, et un blanc-signé qu'il était invité à remplir par le chiffre de la pension qu'il désirerait toucher partout ailleurs qu'en France.Charles-Edouard reçut si mal le duc de Gesvres, et après lui M.deMaurepas, qu'un conseil fut assemblé, où l'on décida qu'il serait arrêté et conduit sous escorte à la frontière. On dit qu'en signant cet ordre, Louis XV s'écria par un dernier sen- * timent de remords : « Pauvre prince ! qu'il est difficile pour un roi d'être un véritable ami ! »

On espérait encore que l'on ne serait pas obligé d'en venir à celte extrémité. On eut soin de faire avertir Charles-Edouard qu'il était encore à temps de partir volontairement.

Sa fermeté, ou, si l'on veut, son obstination ne

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rabandoDna pas.Uordre du roi fut remis le mardi 1 1 décembre au duc de Biron^colonel des gardes* françaises , qui commanda douze cents hommes pour investir l'Opéra, où Charles-Edouard devait aller le soir. On s'attendait à une résistance, et l'oo prépara des cordes pour le lier: on crut peut-être concilier cette rigueur avec le respect dû à un prisonnier de sang royal, en se procurant des rubans de soie à cet usage. Le prince pouvait aussi se jeter dans quelque maison et s'y barricader : tout fut disposé comme pour un siège ; on porta des échelles et des pieux pour enfoncer les portes ou les fenêtres ; enfin un médecin et trois chi-> rurgiens devaient marcher avec les troupes, aGn de panser les blessures si le sang était versé*

Deux agents de police, six sergents déguisés^ et un autre en uniforme, qui feignit de vou-* loir disperser la foule, entourèrent Charles-* Edouard lorsqu'il descendit de voiture, ets'emparant de lui, le transportèrent dans une maison voisine où les officiers les attendaient. M. deVaudreuil, major des gardes,lui dit : a Prince, je vous arrête au nom du roi mon maître. — - La manière est un peu cavalière», répondit-il sans changer de visage. M. de Vaudreuil lui demanda ses armes. H Qu'on les prenne » , dit Charles, voyant que toute résistance était inutile ; mais il fit un.

geste pour se dégager des bras des etempts : ce fut un pretei^te pour le charger d'indignes liens^^ «( dernier coup , dit Voltaire^ dont la destinée accabla une génération de rois qui datait de trois siècles a .On lui ôta ^on épée, un couteau à deux lames, et une paire de pistolet^.: « Vous ne devez pas être surpris de me trouver si bien armé y dit-il ; je l'ai toujours été depuis mon retour d'Ecosse. » M. de Vaiidreujil s'excusa em déplaçant son malheur d'avoir à remplir une commission pareille. « En effet, dit Charles^ c*est là une commission indigne d'un officier : quant à moi , îe ne suis point habitué à de semblables procédés; mais, s'ils déshonorent quelqu'un^ c'est votre maître plutôt que moi.» On le mit dans nue voi* ture«M.de Vaudreails'y plaça àc^té de lui/avec deux capitaines sur le devant ; doux autres à cheval avaient la main sur chaque porti^e ; six grenadiers montèrent derrière avec la^ hajonaett& »n bout du fusil. Un détachement suivit le carrosse qui s'arrêta au faubourg Saintr Antoine^ ou , voyant que l'on prenait des relais , Charles^. Edouard ne put s'empêcher de dire :« Oi\ allonsnous? Me conduisez- vous à Hanovre?. ... .)i On le conduisait à Vincennes , dans ce château qui^ cinquante ans plus tard^ devait voir uni autre proscrit ^ non, moii^s illustre , expier dans.

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ses fossés, par la mort des transfuges, son titre de descendant de Henri IV, devenu un crime.

M. du Gliâlelet, gonverneur de Vincennes , était connu et aimé de Charles-Edouard. En l'apercevanl, le prince retrouva sa bonne humeur : « Mon ami , lui dit-il , c'est à vous à venir rii'embrasser, car vous voyez qtie je no saurais faire tfn pas pour aller à vous. » M. du Ciiâtelet s'indigna de le voir cjarrotlé comme un crimincl.M. deVaudreuil dit que ces précautions avaient été prises de peur que Charles-Edouard n'attentât à sa vie; et que s'il voulait donner sa parole d'honneur do n'en rifen faire, il serait délivré de ses lions. Le prince la donnai ce qui n'empêcha pas M. de Vaudreuil de fouiller ses habits pour chercher s^il n'avait pas quelque arme cacïiée.M. du Châ-* telot conduisit ensuite son prisonnier dans une petite chambre qui lui était destinée. « Hélas ! mon prince, dit-il , vous lie pourrez pas faire ici beawcoup d'exercice j niais cette chambre communique à une plus grande, et si vous voulez dotiiier votre parole. • . — Je l'ai donnée une fois, on Ta oublié. Je ne la donnerai pas deux , interrompit Charles , avec plus de dignité que de colère; ^\\ lieu de faire un tour dans cette chambre, j'en ferai quafre. — Monseigneur, s'e'cria M. dti Ciiâtelet, voici le Jour le pli\s mal-

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heureux de ma vie m ; et il embrassait ses genoux en* pleurant. « Rassurez-vous^ reprit Charles en' lui tendant la main, je connais votre amitié pour moi y et je ne confondrai pas lami avec le gouverneur. Mais savez-vous ce que deviendront mes gentilshommes? les a-t-on arrêtés? » Puis , faisant un effort pour sourii*e, il ajouta : « Ce pauvre Harrington ! si on Fa arrêté comme moi , il a dû bien souffrir^ lui qui est si gros! » Ses gentilshommes avaient été en effet arrêtés et conduits momentanément à la Bastille^ excepté un seul qui eut la permission de lui tenir compagnie à Vincennes, C'était Macdonald Mac-Eachan , de File de Skye , le parent de Flora , et qui , renonçant depuis à l'Ecosse pour la France, y donna le jour à un de nos héros modernes , le maréchal Macdonald. Quand M. de Vaudreuil et M. du Châtelet furent retirés; quand le prince n'eut plus besoin de se montrer par son sangfroid au-dessus de l'outrage qu'on lui faisait subir; quand il se vit seul avec un Ecossais fidèle , un ami , il s'abandonna à toute sa douleur, et versant des larmes : w Ah 1 mes braves montagnards ! » s'écria-t-il. C'était un souvenir de cette époque d'espérance et de gloire, ou, entouré de ses braves Ecossais, il faisait trembler le roi Georges sur son trône, et inspirait à h cour

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de Louis le regret d'avoir si timiflemcnt secoiim un héros qui avait sa paryenir presque aux portes de Londres. Peut-être aussi s'estimait-il malheureux d^avoir survécu pour un tel affront aux yictimes de Culloden. Devenu plus calme , il se jeta sur un lit et dormit jusqu'au lend^nain matin. Il demanda l'heure en se réveillant : « Il est six heures, lui dit-on... —Je croyais que c'était plus tard^ reprit-il. Ah ! je vois que les nuits sont longues ici ! »

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