‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 54 sur 61 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

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L'honneur français prit parti pour Charles-* Edouard. Le dauphin alla, dit-on^ se plaindre au roi de ce qu'il appelait l'attentat des ministres contre un fils de roi^ une violation du droit sacré de l'hospitalité. Le roi fut obligé de répondre au dauphin qu'il était trop jeune pour donner son avis. L'indignation du dauphin trouva de nombreux échos. Il parut des pamphlets ; il parut des vers qui contenaient des apostrophes peu respectueuses pour Louis XV :

Quoi î BiroQ , votre roi vous l'a-t-il ordonné 7 Edouard ^ est-ce vous, d'huissiers environné , Est-ce vous^. de Henri le fils digne de l'être ? S^ps doute : à vos malheurs j'ai pu vous reconnattrir^

Sijft HISTOIRE

Mais je aroui reconnais bien mieux à vas rertuK

O Louis! vos sujets 9 de douleur abattus.

Respectent Edouard captif et sans couronne :

Il est roi dans les fers , qu'êtes-rous sur le trône ?

J'ai TU. tomber le sceptre aux pieds de Pompadour,

Mais fut-il relevé par les mains de Ta mour?

Belle Agnès (1)9 tu n'es plus, le fier Anglais nous dompte.

Tandis que Louis dort dans le sein de la honte,

£t d'une femme obscure indignement épris ,

II oublie en ses bras nos pleurs et nos mépris ;

Belle Agnès , tu n'es plus ! ton altière tendresse

Dédaignerait un roi flétri par sa faiblesse :

Tu pourrais réparer les malheurs d'Edouard, etc., ete.

Une autre pièce, qui eut plus de succès encore, attribuée, je crois ^ à Dufresnoy (2), n'était pas moins sévère pour le roî et ses ministres.

Cependant Charles-Edouard continuait dans sa prison à se montrer supérieur à sa mauvaise fortune. Il demeura à Vincenncs cinq jours encore^ impassible devant ses geôliers, repoussant comme un nouvel affront toutes les offres pécuniaires qui lui étaient faites. Le 27 décembre il monta dans un carrosse avec deux capitaines aux gardes, et le commandant des mousquetaires, qui l'accompagnèrent jusqu'au pont de Beauvoisin ,

(1) Allusion à madame de Châteauroux.

(3) Peuple jadis si fier, aujourd'hui si servile ,

Des princes malheureux vous n*êtes plus l'asile , etc.

DE dHARLES-EDOUÀRD. 'i^

petite yille qui sépare la France de la Savoie. Charles se rendit avec le lieutenant O'Donnel à Chambéry, où il se vit entouré des officiers d'un régiment irlandais^ en garnison dans cette ville '^ et qui le saluèrent con^tme leur prince. Il n'avait point changé d'habit depuis son arrestation»

Pour reconnaître Taccucil qu'il recevait , il demanda et revêtit un uoi forme irlandais. De Cham«béry il se rendit à Avignon , en traversant le Dauphiné. Son projet était d'y séjourner quelque temps. Il y fut rejoint par ses gentilshommes^ et ses bagages lui furent renvoyés avec^ux. Le séjour d'Avignon s'accordait avec la pensée de ses infortunes. L'aspect de la capitale du Gomtat-Ve*naissin a une certaine solennité triste ; et c'est le caractère à peu près général de toutes les cités voisines^ où toutes les décorations monumentales sont des ruines. Les arcs de triomphe d^Orange et de Saint-Remy, les palais, les temples, les obélisques d'Arles , rappellent des graQdeurs éteintes : Arles, surtout, offre en partie sur ses places publiques, en partie sous les voûtes de ses rues solitaires , les vestiges de l'empire des Césars, ceux d'une république libre, ceux d'un royaume «même qui , comme le. royaume d'Ecosse^ n'existe plus que sur les inscriptions des tombeaux et dans les pages des chroniqueurs.

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Le vice-légat rendit au prince de Galles les honneurs! dus à son rang. Charles -Edouard pa« rut encore trop heureux sans doute à Georges II, el trop près de la France^ où il fut accusé d'avoir £iit qodqnN oiaaTsiea^secrèteSy et les ministres anglais exigèrent que Louis XT usai de sm droit de souveraineté sur le Comtat pour l'en exploser» Avant de quitter Avignon , il avait eu une entrevue avec l'infant don Philippe , que le même traité d'Aix-la-Chapelle , si funeste aux Stuarts , avait doté du duché de Parme, dont il alla prendre possession dans le courant de février(i). L'Italie seule restant ouverte à Charles-Edouard, il se décida à aller s'y fixer. Le sénat de Venise le repoussa, comme il devait repousser un jour un roi deFrance.Charlesnefit que passer à Rome; la pourpre dont son frère y était revêtu blessait ses yeux. Il s'établit en Toscane, avec l'agrément du duc Le'opold.

Cependant les Jacobites d'Angleterre et dTÉcosse étaient désormais réduits au rôle d'obscurs conspirateurs. Lord Ehbanck et son frère Alexandre Murray conçurent le projet hardi de s'emparer , avec soixante hommes dévoués, de la personne de Georges II, au milieu de son propre •

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palais de Saint-* James» A un jour convenu ^ Vé^^ tendard de la rébellion devait être arbore' en Ecosse^ où s'étaient rendus secrètement deux proscrits^ Macdonald de Locb-Garry, et le docteur Archibald Caméron, frère de Locbiel(i).

Une dame titrée, la duebesse du Buckingbam^ était du complot^ et avait fait plusieurs voyages secrets à Paris et à Rome. Cbàrles-Édouard^ajant peine à croire qu'il ne suflSrait que d'un coup de main pour renverser la maison de Brunswick^ désira juger par lui-même de l'assistance que lui garantissaient ses adhérents en Angleterre. Il arriva mystérieusement à Londres en 1753; mais il s'aperçut qu'à l'exception de quelques hommes audacieux , une mesure énergique et décisive répugnait aux Jacobitesles plus influents* Comme en I745^ ils auraient toujours voulu profiter d'une révolution, sans en courir les chan-^ ces et les périls. Le docteur King, entre autres^ un des chefs de l'université d'Oxford, élevait^ à chaque conférence, de nouvelles difficultés* Charles-Edouard ne resta que quelques jours à Londres. On a prétendu que le roi Georges n'i-* gnora pas sa présence si près de lui, et ne crut pas devoir le faire arrêter ; il eût fallu, pour un

(ij Lochiel était mort à Parii en 1746^

tel prisonnier^ dresser de nouveau Péchafaud d^ Marie Stuartj'mais il n'est pas probable que le roi fut si bien informé^ ou averti à temps. La conspiration fut découverte peu après , sans qu'on pût en avoir la preuve positive^ si bien. que le docteur Caméron , ayant été arrêté, fut jugé, non d'après ce nouveau délit, mais comme con-^ tumace de i'j^5. Il fut exécuté à Londres, et dans sa prison on l'entendit se distraire en clian-^ tant la ballade touchante des adieux au Lochaber, pays des Camérons (i).

« JV^U may be reium to Lochaber no more, »

« Nous ne reverrons plus, hélas ! le Lochaber. »

La mésintelligence de la France et de l'Angleterre en lySS put donner une dernière espérance aux Jacobites. Au mois de juin de cette année, l'Amiral Boscaven, à la tête d'une escadre de quatorze vaisseaux de guerre, rencontre, sur les bancs de Terre-Neuve, les yaisseaLUxT^ilcide et le Lys y séparés de l'escadre française ; il les approche sous les apparences de la paix , les attaque tout à coup et s'en empare. Dès, qu'on apprit à Versailles cette déclaration de guerre, car c'est en violant le droit des gens que la Grand e-Bre*

(i) Anecdotes de Spence,

DE CHARLES-EDOUARD. 4<^t

laghe a de taal temps eonnnencé les hostilités sur. met, le roi rappela son ambassadeur et se prépara à veoger son pavillon. Le comte Lally fut mandé au conseil. « Il y a trois mesures à prendre y dit-il : descendre en Augleterre avec le prince Charles - Edouard^ abattre la puissance des Anglais dans l'Inde , conquérir leurs colonies d'Amérique. » On eut d'abord recours aux négociations, et l'on perdit un temps précieux. Gependant Charles-Edouard, secrètement averti, quitte Florence , et se rend à Navarre chez le duc de Bouillon, puis à Nancy, chez le roi Stanislas* Il y voit le comte de Lally qui , nommé commandant des côtes de Picardie et du Boulonnais, avait déjà rouvert ses correspondances avec les Jacobites destrois royaumes ; mais un mois après le cabinet de Versailles renonce à l'invasion d'An* gleterre , Charles^Edouard retourne en Italie , et le comte Lally va comba|ttre les Anglais dans rinde , pour revenir un jour porter sa tête à ses ennemis en France (i).

(i) Quand Charles-Edouard araît retrouvé Lally à Paris en 174Ô9 îl lui araif remis des patentes qui. le créaient pair d'Irlande , comte de Lallj de Moenmoye, et vicomte de Ballymote avec Pancien titre de baron de Tolendal. Le nom de Lally-Tolendal appartient au jour* d'hui à la pairie française : parmi les Irlandais réfugiés ,

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