‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 55 sur 61 · II · texte numérisé non relu

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Déjà^ cVailleurs^ plusieurs J aoobites anglais^ lassés de la Êitalité attachée à la caase des Sluarts^ comnneQçaient à vouloir faire leur paix avec la famille de BruDswick. Charles-Edouard avait pour amiâ de cœur une dame anglaise^ miss Walkenshaw^ dont il eut un fils^et puis une fiile, connue sous le nom de princesse d'Albany. Une sœur de a)iss Walkenshaw occiipait un emploi dans la maison d'un prince de la famille régnante. Les Jacobites d'Angleterre s'imaginèrent qu'elle était un espion des ministres anglais, à qui elle vendait les stïcrets du Prétendant et les leurs. Ils envoyèrent au prince M. Mao-Namara, qui déclara que, dans Tintérét commun, miss Walkenshaw devait être enfermée dans un couvent ; Charles<-Edonard répondit qu'il consentirait n se laisser guider en tout par ses amis , excepté pour ce qui regai'dait sa vie domestique. Son refus de rompre ce tendre engagement devint pour plusieurs un prétexte

que les malheurs de Charles-fidoaard ont légués à la France, nous aimons encore à citer les Walsh créés eorntes de Serent par Louis XY. En souvenir de ses loyaux servions 9 M. Walsh , capitaine de la Doutellêy reçut de Charles -Edouard une épée avec ces mots sur la lame : Gratituào fidelitati; la famille Walsh a trouvé de nos jours une nouvelle source d'illustration dans les lettres.

de ces$er loute correspondance avec leâ Stuarts. Le docteur King^ qui raconté cette anecdote dans ses Souvenirs y ajoute que M. Mac-Namara, «iffligë de l'obstination du prince^ lui dit : « Par quel crime votre famille a-t-elle attiré sur elle la vengeance du ciel , puisqu'elle en est punie sur toutes les branches de sa race ? » Cette réponse eût été une insulte bien gratuite ; le docteur King l'a évidemment arrangée à l'appui de ses récriminations contre Charles, et pour justifier sa propre apostasie politique, écrivant à Pépoque où il était venu se courber dans la foulé des courtisans du palais Saint^James.

Par le fait, le parti Jacobite était à peu près dissous en 1761, lorsque Georges III succéda à Georges II. Le couronnement eut lieu à Westminster, avec toute la pompe accoutumée. Le champion du roi, armé de toutes pièces et monté sur son cheval de bataille, jeta le gant dé défi d'après les antiques usages. Au grand étonnement de tous les spectateurs, ce gant fut relevé par une jeune fille qui disparut aussitôt. Les Jacobites présents à la solennité s'empressèrent du moins de soustraire a tous les regards cette jeune téméraire. Peut-être était-ce un dernier appel à leurs sermçnt6> un signal auquel ils auraient dû répondre en tirant l'épée du fourreau. En effet, un

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indiiddu connu de lord Maréchal (i) aperetb tout à coup près de lai un étranger, dont In présence en un tel lieu, en un tel moment, devait bien surprendre : a Vous êtes, lui dit-il, le dernier être vivant que je me serais attendu

à trouver ici » C'était le prince Charles-

Edoaard, qui répondit: « La curiosité seule m^a amené; mais je vous assure que l'homme qui est roï>jet de cette pompe est celui que j'envie le moins...» L'objet de cette pompe a eu cependant un règne long et glorieux; mais comme s'il y avait eu une malédiction dans les paroles indifférentes du prince légitime , sous ce^ règne , au dehors , l'Amérique a vu une colonie anglaise s'insurger contre la mère-patrie j la vaincre et la forcer de l'admettre au rang des nations indépendantes; au dedans, d'amers chagrins domestiques ont fait du roi Georges III un autre roi Léar; la couronne des Stuarts a fatigué sa tête jusqu'à troubler sa raison , et les galerie^ solitaires

(i) Celte lettre de Hume au D' Prioglo est citée en entier dans les pièces intéressantes , etc. de Laplace et dans les Mémoires secrets du cardinal Dubois , publiés

par M. de Sévelinges. Mais elle contient sur le caractère de Charles-Edouard des insinuations peu vraisemblables. Voyez aussi Tarticle Charles-Edouard dans la Biographie

universelle.

OB CHARLES -ÊDOOAAD. J^oS

de Windsor ont retenti pendant plus.cfe vinçt années des cris de sa douleur paternelle et de sa démence.

De retour sur le continent , Charles-Edouard perdit son père ( 1766)^ qui lui laissait le stérile héritage de ses droits. Il prit alors le titre de comte d'Albany , et continua à résider à Fio«rence^ ne faisant guère que de courtes excursions à Rome. A peu près dans le même temps ^ les cours de France et d'£spa°[ne crurent qu'il était dans l'intérêt de leur politique de ne pas laisser éteindre le nom de Stuart^ et négocièrent le mariage du petit-fils de Jacques II avec la princesse Louise-Maximilienne de Stolberg Gredern j née à Mons en 17 Sa. Cette union de Charles avec, une femme plus jeune que lui de trente-deux. ans pouvait être difficilement heureuse^ et ne le fut pas long-temps; la disproportion d'âge eut été un motif suffisant pour expliquer la mésintelligence qui éclata entre les deux époux ; mais le caractère de Charles pouvait bien être aigFJ par son long exil : ne pas trouver quelques consolations à ses infortunes dans ses affections domestiques dut être pour lui une source de réflexions bien amères. Quelque fidèle à ses devoirs que fût sa compagne, il eut des motifs d'être jaloux, et un jaloux ressemble bientôt à un tyran. Leurs quer

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relies donnèrent lieu à des scènes désagréables y qui se terminèrent par une séparation^ et la princesse se retira auprès du cardinal d'York, son beau^^frère. Elle fui suivie ^ Rome par Alfieri, en qui elle avait fait naître un amour si tendre y si respectueux y un amour qui eût été si pur s'il eût pu être légitime. Alfieri y dans la dédicace de la tragédie de Mirrha , attribue tout son génie à son inspiration, et, dans ses mémoires, il reconnaît qu'il lui dut mieux encore , « puisqu'elle lui apprit à respecter et à aimer la vertu ».I1 l'accompagna en Suisse et a Paris , où il l'épousa à la mort de son premier époux (i).

Charles-Edouard vit du moins grandir auprès de lui mue fille dévouée, qui charmait ses ennuis par ses caresses et ses grâces naturelles ; car rien dans la belle Italie ne put jauKiis le distraire complètement des souvenirs de la pauvre Ecosse. Les voyageurs écossais qui se présentaient diez lui y retrouvaient ce prince bien aimé dont leurs braves compatriotes vantaient encore dans leurs montagnes la bonté autant que la valeur : il ai-

(i) La comtesse n'est morte qu'en 1634* ^^e avait fait élever à Alfieri ua monmneDt fuaèbre par l'illustre Canova. On croit qu'elle avait épousé secrètement en troisièmes noces le peintre Fabre ^ qui a dernièrement légué son riche Musée à Montpellier sa ville natale.

DE CUARLES^ÉDOUAAU. ^O']

iHait à les iaterrogeir sur ce pays qu'il ne deirait plus revoir. Un jour ^ au milieu d'une soirée qu'il donnait dans sa villa, un etilé l'isqtia de faire entendre^ après les accords mélodieux de la musique d'Italie 7 un air simple et nâ'lF des montagnes calédoniennes. C'était l'air pathétique que le frère de Lochiel diantait dans sa ptiâoli ^ Tait* de Lochaber no more (nous ne reverrons plus le Locbaber). Le prince, qui avait admiré la savante exécution des musiciens italiens^ éprouva un autre genre d'émotion en écoutant cet air plaintif de la vieille Ecosse. Il baissa la tête dans ses mains, et versa an torrent de larmes.

En 1783^ M. Greathead, ami de Fox, voyageant en Italie, obtint une audience de Charles'- Edouard. Sa curiosité l'amena à lai demander le récit de son expédition de 174^. Le prince semblait d'abord ne répondre qu'avec peine à ses questions; no^is tout à coup, emporté par sou récit même, et y retrouvant toute la clialeur de sa jeunesse, il entra dans une narration circonstanciée des principaux événements. Ses yeux étincelaient^ sa voix devenait déplus en plus ^ergique, et, quand il en fut à sa défaite, aux périls de sa fuite , au dévouement des montagnards, son émo-^ iioa fut tcUe qu'il tomba en convulsion sur le plancher. M. Greathead , alarmé ^ appela du se--

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cours. La jeune princesse d'Albanj accourut, et^ voyant Te'tat de son père ; « Alil monsieur, ditelle , vous avez parlé de FEcosse ! »

Tel était le prince qu'on aurait voulu faire passer pour insensible et égoisle. U est un reproche sur lequel on a beaucoup appuyé encore^Char* les-Edouard s'abandonna^ dit-on, en Italie, à la passion du vin. La vued'un héros qui abdique sa dignité d'homme dans une brutale ivresse inspire de bien tristes pensées sur l'humanité tout entière; mais on a sans doute exagéré cette accusation comme tant d'autres , et ^ en jetant le manteau des fils de Noé sur Gharles-Edouard , il est juste de rappeler qu'à l'époque où il vivait , l'ivresse était un vice de grand seigneur. Il avait va en France les courtisans de Louis XV, et, en Angleterre, c'est depuis très peu d'années que les princes et les nobles imitent plus rarement dans leurs hôtels, comme dans leurs clubs, les orgies de Henry Y et de Falstaff.

Malheureusement, ce ne sont pas seulement les Whigs qui ont attaqué la renommée du Prétendant; Pour s'excuser sans doute , à l'exemple du docteur King, d'avoir renoncé à leurs serments^ des écrivains jacobites ont répété les as-* sertions de leurs ennemis politiques sur Fincapa-r cité de Charlçs-Edouard, sur son égoïsme, soq

DE CHARLKS-ÉDOUÂRD. ^O;}

iagratitade , sa lâcheté même ; tant il est facile do calomnier riiifortu ne. Quelques voyageurs anglais^ flatteurs de la famille régnante^ se sont complus à le peindre dans les inGrmités de la vieillesse à Rome et à Florence. L'âge n'épargne pas les héros, surtout ceux qui*, comme le fils de Jacques 11^ ont combattu et souffert long-temps; mais les lauriers de Preston^-Pans et de Falkirk auraient peut-être dû entourer de plus de respect les cheveux hlancs du prince exilé. Le poète populaire de l'Ecosse^ qu'on ne peut soupçonner d'avoir été l'ennemi des libertés de son pays, Robert Burns , pensa différemment. Dans ses ballades nationales il a plus d'une fois célébré la vaillance, les vertus et les malheurs du dernier des Stuarts. L'historien, sans doute, ne doit pas, commeje poète , écouter exclusivement sa sym*» pathie pour le malheur; la cause de la dynastie déchue avait cessé d'étte celle du peuple sous Jacques II : il fallait oser alors l'accuser au nom des libertés publiques; mais quand le tronc a été donné au plus digne , une telle origine n'impose-t-elle pas des obligations d'autant plus sévères aux successeurs du prince préféré? S'ils les dédaignent, comme avait fait la dynastie de Brunswick, sou<rn8obert Walpole,. avant et après 1 745, et ItMl^f 4xn compétiteur tel que Charles-

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Edouard y rentrant dans la lice ^ ramasse le gant , de quel coté placerons-nous la légitimité ? La politique des souverains déserta ce prince et cette cause ^ qui était la leur. Charles-Edouard , longtemps proscrit et presque oublié ^ mourut à Florence en 1788 (3) janvier) : un an après ^toutes les légitimités de l'Europe furent mises en question par la révolution française, et le palais désert d'Holyrobd s'ouvrit pour protéger Texil des Bourbons errants de royaume en royaume , comme naguère les malheureux Stuarts (i).

(1) Il y a une légère ressemblance entre ces rapprochements et ceux que fait M. de Chateaubriand dans son admirable fragment historique des quatre Stuarts : mais ce chapitre fait partie de l'extrait de mon ouvrage qui ayait été imprimé, long-temps ayant i8a8, comme supplément à la première série des Contes (Tun grand' père^eit Walter Scott. Edit. in-^i8.

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