‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 7 sur 61 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

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DU PBnfCB. nBBBUB DBS BOUBGBOIS. LES DEUX OBAPBAUX.

Les levers ^ les bals^ les banquets d'Holy rood , pendant le séjour de Charles dans le palais de ses aïeux ^ sont encore souvent cites à Edimbourg (i).

Charles était accessible à tous; les officiers qui venaient prendre ses ordres, ou lui rendre compte de leurs cominissions^ étaient obligés quelquesfois de percer une foule de curieux et même de

(i) Voyez les chapitres de WaoerLey où sir Walter Scott introduit son héros dans les salons d'Holjrood.

Ghalmer's Caledonîa, — Chevalier de Johrstone's Memoirs. — Robert Chamber*;.

44 HISTOIRK

courtisans de toutes les classes qui affluaient de bonne heure pour assister aux levers du prince. Chaque jour , après le lever , le conseil s'assemblait^ et, dit un mémoire cité par Home (i), il durait ordinairement plusieurs heures , les conseillers difiérant fréquemment d'avis entre eux , et maintes fois avec le chevaUer.

Les principaux membres du conseil étaient le duc de Perth, lord Georges Murray^ lord Lewis Gordon , lord Elcho^lord Ogilvie,iord Pitsligo, lord Nairne, Lochiel, Keppoch, Clanranald^ Macdonald Glencoe , Lochgarry , Ardshiel , Glenbucket , sir Thomas Sheridan , le colonel G' Sullivan, et le secrétaire Murray de Broughton. Lord Elcho prétend qu'ua tiers des conseillers n'avait jamais d'autre avis que celui du ' prince, regardant les rois et les fils de rois comme infaillibles , mais que les autres osaient lui parler avec la franchise du vrai dévouement. Lord Elcho (2) , qui faisait partie de cette espèce d'opposition en majorité , eut quelques discussions un peu vives avec Charles-Edouard, et l'accusa de n'avoir jamais entendu la vérité qu'à contre-cœur : ses accusations vont même plus

(1) Uome's History ofthe rébellion.

(a)Loi'd Elgho*s Journ al.

DB CHAELES-ÉDOUARD. 4^

loin^ mais les faits les réfutent. Si un prince dont la fortune est encore incertaine conserve des flatteurs , on sait aussi quelle est l'exigence quelquefois peu généreuse de ces courtisans qui fixent eux-mêmes le prix de leurs sacrifices. L'histoire doit également se défier des rappbrts des uns et des autres.

Ce prince que lord Elcho , n'écoutant qu'ua ressentiment personnel^ accuse de n'avoir pu supporter la inoindre contradiction^ provoqua en effet plus d'une réponse piquante de la part des Chefs ^ qui eux* aussi étaient des rois dans leurs montagnes ; mais jamais sa reconnaissance pour eux n'en fut altérée. Grant de Glenmoriton s'étant présenté un soir à Holyrood dans un costume très négligé , Charles-Edouard fit mie allusion à sa barbe , qui datait de plusieurs jours. i( Croyez-vous^ dit Grant^ que c'est avec des hommes imberbes que vous remporterez des victoires ? » Le prince sourit^ et remercia le Chef de lui rappeler le combat de Preston-Pans.

Après le conseil y Charles«£douard dînait en public avec ses officiers^ et allait ensuite visiter régulièrement le camp y les sentinelles et les divers postes. Le soir^ c'était le tour des dames de venir embellir et égayer la cour dans^oe palais naguère désert et silencieux. Les concerts et les

bals étaient les divertissements habituels de ces réunions généralement nombreuses. Le prince y distribuait ses prévenances avec cet art, si difficile pour les princes , de paraître impartial en flattant tour à tour les prétentions les plus opposées. 11 avait à ménager à la fois les susceptibilités de l'amour-propre individuel et les rivalités collectives. Plusieurs dames des Chefs des Highlanders étaient accourues dans la capitale. Les nobles ladys des Basses-Terres et les bourgeoises d'Edimbourg n'étaient pas moins assidues: il fallait faire entremêler dan9 les contredanses les airs des deux contrées , tour à tour caresser la fierté aristocratique, et admirer la beauté pour entretenir le loyalisme. La veste de tartan, la toque bLeue et la croix de Saint- André, qui avaient eu tant de succès , devaient être à propos remplacées par l'habit de cour et l'ordre de la Jarretière. Cette politique de galanterie et de costume n'était pas inutile pour la popularité du jeune régent^ il en retirait même des avantages plus solides. Plus d'une fois les bijoux, les chaînes d'or et les parures que le prince avait trouvés de bon goût le soir , allaient le lendemain chez le prêteur sur gages pour augmenter les fonds de la caisse militaire. De même le palais s'était, comme par enchantement, enrichi pour

DB CHAaLES-éDOUARD. fy]

leserviœde Charles-* Edouard^ de menbles^ de linge et de vaisselle d'argent, (i)

Dans ces fêtes et ces pompes de cour , le fils de Jacques YllI n'oubliait pas ses devoirs de capitaine; le camp de ses Highlanders était dans la plaine de Duddingstone^ à deux milles environ d'Edimbourg. C'était là qu'on avait dressé les tentes conquises sur sir Jobn Cope, où les enfants des montagnes dédaignèrent long - temps de se loger. Souvent le prince^ après avoir donné le signal des plaisirs à Holyrood^ venait en soldat dormir au milieu de ses braves défenseurs^ enveloppé dans le plaid de tartan , qu'ils aimaient à lui voir préférera la pourpre et aux rideaux de soie ; ou bien , s'il retournait parmi les botes joyeux du palais, c'était commie à regret, après avoir prolongé sa ronde et s'être assis familièrement autour du feu de la garde pour écouter l'orateur de la tribu^ redisant les exploits des anciens Cbefs, ou lès légendes superstitieuses des vieillards. Ici l'insulaiil^e des Hébrides opposait aux monuments des villes des Lowlands la description des ruines sacrées d'Icolmkill , ou celle du temple naturel de l'Océan à StafFa. Les prédictions des devins de l'île de Skye ou le mystère

(i) Hogg's Jacobite relies.

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de la résurrection d'Oraii ajoutaient au souvenir de ces lieux un intérêt so>-ibre et solennel. AiU leurs^ c^était un Macdonald qui demandait avec mépris ce qu'était la richesse des seigneurs de la plaine comparée à la force d'un Kean-Ginne^ ou Chef gaélique j et il citait le trait de Macdonald de Keppock qui , après avoir admiré chez un gentilhomme Sassenacb une paire de candélabres d'un travai^'précieux, l'avait invité à venir dans son château du désert, admirer à son tour six porte-flambleaux bien préférables. Le Sassenach sy rendit et trouva dans la salle de réception six hommes du clan armés de toutes pièces, et *" tenant à la main des torches de sapin. Plus loin , unMac*Gregor célébraitles prouesses de Rob Roy et son audace mêlée de ruse. Charmés de voir sourire le prince, les enfants de Kean-Mohr (i) lui racontaient la dernière heure de ce fameux partisan qui voulut mourir tout armé. Un de ses anciens ennemis était venu le visiter le jour qu'il expira, et Rob Roy avait demandé sa claymore et son bouclier , afin qu'il ne^^fût pas dit qu'il avait été vu sans défense (12). Hamish son fils avait prouvé à Preston-Pans que les Màc-Gregors, traités de pillards, gavaient combattre en héros sur

(2) Un des noms de la race des Mac-Gregors.

■^1 } l\o^ Aoy's life.

DE CHÀRLES-ÉDOUARD, 49

un champ de bataille. Enfin , au bivôaac des enfants de Lachiel , Charles-^Edouard se faisait répéter les derniers exploits du héros de Killiecrankie^ de ce Claverhouse qtte les montagnards appelaient lati Dhu nan cath , « le noir Jearî des batâillest » ; ou pour flatU^r plus directement ïeur orgueil de clan, il interrogeait -les yieux guerriërsqui avaient connu l'aïeul dfe leut* Chef, sir EVan Caméron^ un des champions des Staarts dans les dernières guerres civiles , fct qui seiil osa lutter contrfe Crorawell, vainqueur et tout puissant. Albrs on lui disait comment dans un combat fcorpô à fcbrps avec un officier anglais d'une taille gigafatesque, sir Evan étant tombé sous àotl advcf*saire, l'avait feaisi à la gorge, comme un loiip fei^it un agneau, et Pavait étranglé avec ses dtehtsj c'était ce ruqpie sir Evan -qui, voyant un de ses fils faire avec de la neige un rouleau durci pour reposer sa tête, l'avait bvisé avfec sou pied, eti reprochant au jeune homme d'être nsset èflFénaiué pour avoir besoin d'un coussin. Plus d'^n Gamérou avait vu ce chef fameux, car il n'était mort qu'après 1719, et devenu si vieux et si faible qu'il -fallait le nourrir comme un enfant, et comme un enfant l'endormir dans un berceau en lui chantant d*antiques ballades,

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