‹ Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart. Précédée d'une Histoire deChapitre 8 sur 61 · II · texte numérisé non relu

II

5o HISTOIRE

Quelquefois aussi le prince, observant deux Chefs qui se lançaient des regards de colère , et ^e faisant expliquer les motifs de haine qui les divisaient peut-être depuis plusieurs générations, employait toute son influence personnelle à étouffer ces ressentiments héréditaires. Son attention, alternativçment complaisante pour l'un et l'autre ennemis, s'emblait d abord encourager la vengeance, et l'apaisait peu à peu en la flattant* Telle était l'inimitié qui régnait entre les descendants de Caméron dé Brux et ceux de Muât d'Abergeldie. Ces deux Chefs étaient convenus de se trouver au rendez-vous du combat avec douze chevaux chacun ; Muât interpréta perfidement la convention ^ et y arriva avec deux cavaliers sur chaque cheval. Brux succomba dans cette lutte inégale, et ne laissa qu'une fille pour héritière ^e ses domaines. La mère déclara que sa main serait le prix du sang de Muât : une pierre , appelée Clach-Muat, indique encore , sur les rives du Don, le lieu où Muât fut tué en combat singulier par Robert Forbes, qui vint réclamer la récompense promise. La veuve, prête à tenir sa parole , et loin de demander des délais , voulut que sa fille entrât dans le lit de son fiancé avant que le sang de Muât fût séché sur sa dague.

Charles , respectant la hiérarchie de la Queue ^

DE CHàaLES-ÉDOUAAD. 5l

OU iaite(//Yiiis) de Chaque chef^ se plaisait à adresser aax un^ et aux autres des paroles propres à relever 4 leurs yeux leur grade ou leur oooupalion : il n'oubUait pas que^ parmi les officiers domestiques, le premier rang était du à VHenchmany ou écuyer ; le second au poète y on orateur; le troisième au joueur de cornemuse, etc. U savait qu'en fait de métiers le forgeron ou armurier était un homme d'importance, un vrai gcotilhomme, aussi bien que le musicien ; le prince louant à propos la force de Fun et le talent del'autre , se faisait aimer des derniers fils de Gaël comme de leurs Ghe£s.

Cet ascendant de Charles- Edouard sur ses compagnons d'armes fut plus d'une fois exercé pour protéger la vie ou les propriétés de s^ plus cruels ennemis. On ea avait eu une première preuve dans le comté de Linlitligovir. L'armée devait passer près de Plewliston, maison de plaisance du comte de Stair^ un des instigateurs du massacre de Glencoe, Aqui , après avoir été un moment en disgrâce à la cour d^ Hanovre, venait d'être ramené dans les conseils de Georges par son irréconciliable haine pour les Stuarts. Les officiers de Charlès»£douard craignirent que les Macdonalds de Glencoe ne respectassent pns un domaine qui était comme le prix de leur sang.

5ql histoire

Il fut résolu qu'une garde veillerait â la conservation de Newliston. Macdonald de Glencoe fut le preiiiier à penser que, dans l'intérêt de la cause commune, sa juste vengeance devait céder à la voix de son devoir } mais son honneur fut blessé de ces précautions prises contre les Macdonalds. « Prince, dit-il à Charles- Edouard, le nom de Stair inspire lahiême horreur à tous les Highlanders; mais, puisqu'une garde doit protéger cette maison, mbn clan réclame comme un droit de la fournir lui-même; sinon naus he saurions aller plus loin dans cette entreprise. Quel désliohneulpour notre nom si d'autres qu€ nous-mêmes pouvaient se vanter d'avoir retenu les Macdonilds dans la ligne de leurs devoirs! » Charles- Edouard camprit ce noble orgueil : k demande de Macdonald lui fut accordée. Ce furent les enfants des victimes de Glencoe qui veillèrent à la garde des foyers de l'oppresseur, générosité d'autant pliis noble que la tradition prétendait qu'un mçmbrè de la fandlle de Stair avait été un des dëiix bourreaux masqués- du supplice de Char-

lesl". • '

Parmi ces braves, avec lesquels Charles continuait ainsi, après la victoire, les entretiens familiers qui lui avaient gagné les tous cœurs, lors de sa première apparition dans les Highlands, il

DE CUA.RLES^£DOU\RD. 53

trouvait aussi des courages impatients qu'il avait besoiu de calmer. ïouf e l'Ecosse dtait délivrée des Auglais^ excepté la citadelle de Stirling^ et ce cliâteau d'Edimbourg qui bravait encore les vaiiiqueurç. Fallait«41 donc en subir patiemment les iqsultes, comme réternelle menace de ces ydcans dont le vpisinage est l'inévitable fléau d'unis ville? Les montagnards dirigaient souvent Jm côté de ttigh-Street des regards pleins de dépit ; mais déjà , de peur d^exposeràlé destruction quelques maisons de la capitale , et ikute d'une ai'tillerie suffisante ^ deux lois Charles s^éiait vu forcé décomposer avec ce cbâteau^ qui,!du temps de Wallace^' avait été esciiladé avec tant de bonheur par on simple soldat

Pendant qtidques jours, après la batailleLile PrestjonnPans^ la communication entre le châ-** te^u ejtiA ville étaij; restée ouverte. Lies HigUau-ders montaient la garde à .Weigb-Hous'e (vieil édifice destiné^ comm^le nom diadique, à la vérification des ppids et mesures), et dans quelques inai^ons encore plus rapprochées du <;ha^ teau» Us y laissaient introduire* toutes sortes de provisions ; mais la garnison, loin de reconn^lre c^tte tolérance , voulut les molester en leur lançant quelques boulets. L'ordre fut alors- donné, le 29 septembre,* de ne plus laisser passer

personne. Jje commandant de la forteresse était le général Guest. Un peu Jacobite^ selon les uns^ et selon les autres ne voulant pas faire courir sans utilité à sa troupe les inconvénients d'un blocus^ ou à la ville les dangers de sa défense^ cet officier, après la victoire de Preston-Pans, avait rassemblé les officiers en conseil de guerre, pour leur représenter la nécessité d'entrer en capitulation. Mais il y avait dans le conseil Preston de Walleyfieldjvieu]^ général de plu^de quatrevingts ans^ qui^ ayant été récemment remplacé par Guest dans la place de- gouverneur du château y saisit cette occasion pour lui prouver que ses soixa:nte-dii ans de service n'avaient pu glacer le courage d'un ancien camarade de Marlborough t qu'on se figure le major Miles Bellenden danslatourdeTillietudlem (i). «Qui parle de se rendre à des rebelles , s'écria Walleyfield?' J'ai fait vingt 'Campagnes, j'ai soutenu plus d'un siège contre les meilleures troupes de l'Europe : je déclare que je ne puis consentir à la reddition de cette place , en ma qualité d'officier de Sa Majesté. Je vais à l'instant envoyer la dén^ssion dé mon grade à Londres, puisque je suis trop vieux pour mourir ailleurs que sur ce rocher. »

(i) Old Mortnlity.

DE CHARLES-ÉDOUAllD. 55

Le général Guest remontra vainement au vétéran que son projet de démission était un afTpont pour toute la garnison; Wallejfield fut inflexible. Craignant de faire soupçonner son opinion encore plus que son courage, Guest se décida à conserver le drapeau de FUnion sur la citadelle , après que Walleyfield eut toutefois assumé sur lui la responsabilité de toutes les conséquences. Ce fut à rinstigation de ce dernier que fut tiré le coup de canoH sur H<^yrood lors de Fentrée du prince > et ce fut encore lui qui^ lassé de la tolérance de Charles -Edouard y envoya quelques boulets au*t postes avancés. Charles-Edouard répondit à cette bravade en fiiisant resserrer le blocus. Alors le goaverneur écrivit aux notables d'Edimbourg que^ si les communications n'étaient pas rouvertes y il allait être obligé de ca- DOnner la ville: la lettre s'adressait indirectement au prince. Il se montra indigné delà' barbarie de la garnison ^ qui menaçait de punir les habitants d'une querelle dont ils étaient bien innocents. « Mais ^ dit-il ^ je ne trouve aucune honte à me laisser vaincre par la modération et l'humanité.. J'aurais eu enfin l'occasion de contenter l'impatience de meis Highlanders^ qui mê demandaient Tassant et non le blocus ; mais je suspendrai toute espèce d'attaque en faveur de la ville. »

5f) HISTOIRE

Les bourgeois obtinrent du gouverneur qu'il suspendrait lui-même les Ijostilités jusqu'à ce qu'il eût ëçrit à Londres, et reçu la réponse sur la conduite qu'il avait à tenir. Mais^ le 4 octobre, quelques montagnards ayant tiré en Tair leurs fusils^ pour effrayer ceux qui croyaient que la trêve les autorisait à aller porter leurs provisions à la citadelle comme auparavant, la garnison saisit avidement ce prétexté pour commencer le bopubardement de la ville. Charles-Edouard menaça le général Valleyfield de faire mettre le feu à la maison de campagne d'un de ses frères. Valleyfield répondit qu'il userait ,de représailles en faisant incendier le château de lord Wemyç, père de lord Elch<? , qui était colonel des .gardes du prince. Le château de Wemjs, situé sur les côtes du comté deFife, était.exposé au feu des vaisseaux anglais qui croisaient dans Je Frith^ ou golfe du For th. Les bourgeois supplièrent encore Charles-Edouard de ne pas pousser les choses 4 l'extrême : le but du gouverneur était d'engager les montagnards au siège d,e la place, qu'ils n'auraient pu abandonner ;5;a|is déshçnneur, et qui, faute d'artillerie âufilsante, aurait pu se prolonger assez pour les dctQurner de l'expédition d'Angleterre. A la nuit tombante, la garnison fit une sortie, brûla quel-

DE CHAIlLES-ÉDOUAnD. Hj

ques maisons, tua oublessa quelques Highlanders et même ([uelques bourgeois. Le lendemain matin Falarme était dans la ville. Un retranclicment avait été pratiqué en dehors de la citadelle par les soldats anglais, 4^^^ y plaçant une baltcTÎe^ balayèrent la longue rue de lligli-Street avec leurs boulets. Quelques habitants commencèrent â déserter leurs maisons, emportant les uns leurs meubles, les autres les infirmes ut les vieil* lards. Quelle tut leur doulour en se dirigeant du du côté de Leith , qui est comme le Pirée d'Edinjbourij,, de rencontrer \es l^ourgeois de ce port qui fuyaient eux-mêmes' vers la capitale j un vaisseau de guerre anglais ayant jeté quelques bombes de I4 radelCh^^rles-JSdouard' ne |>ut résister aux prières des bourgeois^ ei une prpclar mation déclara le blocus levé. i$a modération, embarrassa à son tonr la garnison. Les Whigs ^ allant trouver les généraux Guest et Valley field, leur fiflent cojnprendre qiie lem* obstination conuaexiçait à^xajspérer les habitants, déjà assez mal disposes contre eux. Chaque parti se tint sur la défensive, et ^aqu'au départ du prince la jnéme brise fit flolterle drapeau de Preston-Pans sur Holycood, et b drapeau anglais sur les murailles de punedîn .( i )•

(1) Nqu^ çclte du châÇe^u d'jsdiaibour^.

Page 1