PREMIER PARLEMENT DE
de les mesurer froidement : tant d'audace devint populaire. Bientôt l'opposition parut aussi hautaine et plus confiante que le pouvoir; et ce n'était point l'opposition des grands barons de la Chambre des Pairs, c'était celle de la Chambre des Communes, décidée à prendre dans l'État une place, sur le gouvernement une influence qui jamais ne lui avaient appartenu. Son indifférence aux fastueuses menaces du prince, la fierté, bien que respectueuse, de son langage laissèrent voir que tout était changé, qu'elle pensait avec hauteur et voulait agir avec empire; et le secret sentiment de cette révolution morale était déjà si répandu qu'en 1621, attendant un comité de la Chambre qui venait lui présenter une remontrance sévère, Jacques dit avec une ironie moins douloureuse, à coup sûr, qu'elle n'eût dû letre: «Qu'on prépare douze fauteuils : je vais recevoir douze rois^»
En effet, c'était presque un sénat de rois qu'un monarque absolu appelait auprès de son trône, quand Charles 1" convoqua le Parlement. Ni le prince, ni le peuple, celui-ci surtout, n'avaient encore démêlé le principe et mesuré la portée de leurs prétentions: ils se rapprochaient avec le dessein et l'espoir sincère de s'unir; mais au fond leur désunion était déjà consommée, car l'un et l'autre pensaient en souverain.
Dès que la session fut ouverte, la Chambre des Communes porta ses regards sur le gouvernement tout
1 Hist. d'Angleterre^ par Rapin Thoiras, t. VIII, p. 183, éditioa in-4. La Haye, 174.9; Kennet, Compl. Hist. of Engl., t. III, p. 743.
CHARLES I" (JUILLET- A OTJT 1625). 137
entier: affaires du dehors cl du dedans, négoc'.ations, alliances, emploi des subsides passés, des subsides futurs, état de la religion, répression des papistes, rien ne lui parut étranger à ses droits. Elle se plaignit de la marine royale, qui protégeait mal le commerce anglais *, du docteur Montague, chapelain du Roi, qui défendait l'Église romaine et prêchait l'obéissance passive *. Elle attendait du Roi seul le redressement de tous ses griefs, mais elle se montrait décidée à intervenir en toutes choses par ses enquêtes, ses pétitions, l'expression de son avis.
Les reproches s'adressaient peu au gouvernement de Charles : il commençait. Cependant un examen si étendu et si animé des affaires publiques lui semblait déjà un empiétement; la liberté des discours l'offensait. Un partisan de la cour, M. Edouard Clarke, essaya de s'en plaindre dans la Chambre : «On s'était servi, dit-il, « de paroles inconvenantes et amères. » Un cri général le somma de paraître à la barre et de s'expliquer; il insista; on fut sur le point de prononcer son expulsion \
Les discours, en effet, étaient hardis, bien qu'en fermes humbles : « Nous ne demandons point au Roi « d'éloigner de mauvais conseillers, comme le fit le «■ Parlement sous ses prédécesseurs Henri IV et Henri VL
« 11 août 1625. Parliam. Hùt.. t. II, col. 33. » 7 juillet 1625. Parliam. Uist., t. II, col. 6. • 6 août 1G25. Parliam. Ilist., t. II, col. 13.