‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 9 sur 144 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

Deux révolutions, l'une visible et même éclatante, l'autre intérieure, ignorée, mais non moins certaine, s'accomplissaient vers cette époque : la première, dans la royauté européenne; la seconde, dans l'état social et les mœurs du peuple anglais.

C'était le temps où, sur le continent, la royauté, dégagée de ses anciennes entraves, devenait partout à peu près absolue. En France, en Espagne, dans la plupart (les États de l'Empire germanique , elle avait dompté raiistocratic féodale, et cessait de protéger les libertés de? Communes, n'ayant plus besoin de les opposer à d'autres ennemis. La haute noblesse, comme si elle eût perdu jusqu'au sentiment de sa défaite, se pressait autour des trônes, presque fière de l'éclat de son vainqueur. La bourgeoisie, dispersée et d'un esprit timide, jouissait de l'ordre naissant et d'un bien-être jusque-là inconnu, travaillant à s'enrichir et à s'éclairer, mais sans prétendre encore à prendre place dansle gouvernement de l'Etat. Partout la pompe des cours, la promi)titude de l'administration, l'étendue et la régularité des guerres proclamaient la prépondérance du pouvoir royal. Les maximes du droit divin et de la souveraineté des rois prévalaient, faiblement contestées là même où elles n'étaient i)as reconnues. Enfui les progrès de la civilisation, des lettres, des arts, de la paix et de la prospérité intérieure, embeUissant ce triomphe de la monarcliic pure, inspiraient aux princes une confiance présomptueuse, aux peuples une complaisance mèlc4 d'admiration.

La royauté anglaise n'était point demeurée étrangère à ce mouvement européen. Depuis l'avènement de la maison de Tudor *, elle avait cessé d'avoir pour adversaires ces fiers barons qui, trop faibles pour lutter individuellement contre leur Roi, avaient su jadis, en se coalisant, tantôt maintenir leurs droits, tantôt s'associer de vive force à l'exercice du pouvoir royal. Mutilée, appauvrie, abattue par ses propres excès, surtout par les guerres des deux Roses, cette aristocratie, si longtemps indomptable, céda presque sans résistance, d'abord à la tyrannie hautaine de Henri VIII, ensuite à l'habile gouvernement d'Elisabeth. Devenu le chef de l'Église, et possesseur de biens immenses, Henri, les distribuant à pleines mains à des familles dont il fondait la grandeur nouvelle ou relevait la grandeur délabrée, commença la métamorphose des barons en courtisans. Sous Elisabeth, cette métamorphose fut consommée. Femme et Roi, une cour brillante plaisait à ses goûts et servait son autorité; la noblesse s'y précipita avec enivrement et sans trop exciter le mécontentement public : rare séduction que de pouvoir se dévouer à un souverain populaire, et rechercher, par les intrigues et au milieu des fêtes, la faveur d'une reine qui avait celle du pays. Les maximes, les formes, le langage, souvent même les pratiques de la monarchie pure étaient pardonnes à un gouvernement utile et glorieux pour la nation ; l'affection du peuple couvrait la servilité des courtisans; et auprès d'une

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femme dont tous les périls étaient des périls publics, un dévouement illimité semblait une loi pour le gentilhomme, un devoir pour le protestant et le citoyen.

Les Stuart ne pouvaient manquer de marcher pluâ avant dans les voies oîi, depuis le rèc^ne des Tudor, la royauté anglaise était engagée. Écossais et issu du sang des Guise, Jacques P"", par les souvenirs de sa famille et les habitudes de son pays, était attaché à la France et accoutumé à chercher ses alliés et ses modèles sur ce confinent où d'ordinaire un prince anglais ne voyait que des ennemis : aussi se montra-t-il bientôt plus profondément imbu qu'Elisabeth et Henri VIII lui-même des maximes qui fondaient alors en Europe la monarchie pure; il les professait avec l'orgueil d'un théologien et la complaisance d'un roi, protestant à tout propos, par le faste de ses déclarations, contre la timidité de ses actes et les limites de son pouvoir. Obligé quelquefois de défendre, par des arguments plus directs et plus simples, les mesures de son gouvernement, les emprisonnements arbitraires ou les taxes illégales, Jacques alléguait alors l'exemple du Roi de France ou d'Espagne : « Le Roi d'Angleterre, disaient ses ministres à la Chama bre des Communes, ne peut être de pire condition « que ses égaux.» Et telle était, même en Angleterre, l'influence de la révolution naguère accomplie dans la royauté du continent, que les adversaires de la cour étaient embarrassés de ce langage, presque convaincus eux-mêmes que la dignité des pnnccs voulait (ju'ils jouissent tous des mêmes droits, et ne sachant comment

accorder cette égalité nécessaire des couronnes avec les libertés de leur pays K

Nourri dès son enfance dans ces prétentions et ces maximes, le prince Charles, devenu homme, fut encore exposé de plus près à leur contagion. L'infante d'Espagne lui était promise : le duc de Buckingham lui suggéra l'idée d'aller secrètement à Madrid rechercher lui-même son amour et sa main. Un dessein si chevaleresque sourit à l'imagination du jeune homme. Il fallait obtenir le consentement du Roi. Jacques refusa, s'emporta, pleura, et céda enfin à son favori plutôt qu'à son fils'. Charles fut reçu à Madrid avec de grands honneurs*; et là il vit, dans tout son éclat, la royauté majestueuse, souveraine, obtenant de ses serviteurs un dévouement et de ses peuples un respect presque religieux, rarement contredite , et toujours assurée de planer après tout, par sa seule volonté, au-dessus des contradictions. Le mariage de Charles avec l'infante manqua : mais il épousa en échange Henriette-Marie, princesse de France; car son père était décidé à ne voir, hors de ces deux cours , aucune alliance qui convînt à la dignité de son trône *. L'influence de cette union sur le prince au-

* Journals of the House of Commons, 18 avril, 12 et 21 mai 1614, 5 ClarenJon, Hist. of therebell.. t. I, p. 18-30, édition de Bàle,

3 En mars 1623.

* Le mariag?, négocié en 1624, ne fut définitivement conclu qu'au mois de mai 1625, et accompli en Angleterre qu'au mois de juin suivant.

ESPRITS EN ANGLETERRE, irî

ginis ne diiïéra point de celle qu'en Espagne il a\ait déjà subie; et la royauté de Taris ou de Madrid devint^ à ses yeux, l'image de la condition naturelle et légitime d'un roi.

Ainsi la monarchie anglaise, du moins dans le monarque, ses conseillers et sa cour, suivait la môme pente que les monarchies du continent. Là aussi tout trahissait les symptômes et les efforts de la révolution ailleurs consommée, et qui, dans ses plus modestes prétentions, ne laissait subsister les hbertés des sujets que comme des droits subordonnés, des concessions de la générosité du souverain.

Mais tandis que, sur le continent, cette révolution trouvait les peuples encore incapables de lui résister, peut-être même disposés à raccuciUir, en Angleterre, une révolution contraire, sourdement opérée dans la société , avait déjà miné le sol sous les pas de la monarchie pure , et préparé sa ruine au milieu de ses progrès.

Lorsque, à l'avènement des Tudor, la haute aristocratie fléchit et s'abaissa devant le trône, les communes anglaises n'étaient point en état de prendre sa place dans la lutte de la liberté contre le pouvoir; elles n'auraient pas même osé prétendre à Tlionneur du combat. Au xiv siècle, au moment de leurs plus rapides progrès, leur ambition s'était bornée à faire avouer leurs premiers droits, à conquérir quelques garanties incomplètes et chancelantes; jauiais leur pensée ne s'était élevée jusqu'à croire qu'il leur appartînt de s'associer à

la souveraineté, et d'intervenir, d'une façon permanente et décisive, dans le gouvernement du pays; aux barons çeuls pouvait convenir un si haut dessein.

Au xvi^ siècle, désolées et ruinées, comme les barons, par les guerres civiles, les communes avaient besoin surtout d'ordre et de repos ; la royauté le leur procura, bien imparfait encore , et pourtant plus assuré , mieux réglé qu'elles ne l'avaient jamais connu. Elles acceptèrent le bienfait avec une avide reconnaissance. Séparées de leurs anciens chefs , presque seules en présence du trône et de ces barons jadis leurs alliés, leur langage fut humble, leur conduite timide, et le Roi put croire que désormais le peuple serait docile comme les grands seigneurs.

Mais le peuple n'était pas en Angleterre , comme sur le continent , une coalition mal unie de bourgeois et de paysans lentement affranchis et courbés encore sous le poids de leur ancienne servitude : dans les commîmes anglaises avaient pris place, dès le xiv^ siècle, la portion la plus nombreuse de l'aristocratie féodale, tous ces possesseurs de petits fiefs trop peu influents et trop peu riches pour partager avec les barons le pouvoir souverain, imais fiers de la même origine et longtemps en possession des mêmes droits. Devenus les chefs de la nation , ils lui avaient prêté plus d'une fois des forces et surtout une hardiesse dont la bourgeoisie seule eût été incapable. Affaiblis et abattus comme elle par les longues souffrances des discordes civiles, ils tardèrent peu à reprendre, au sein de la paix, leur importance et leur fierté.

Pondant que la liante noblesse, affluant vers la cour pour réparer ses pertes, en recevait des grandeurs empruntées, aussi corruptrices que précaires, et qui, sans lui rendre sa fortune passée, la séparaient de plus en l)liis du pays, les simples gentilshommes, les francstenanciers, les bourgeois, uniquement occupés de faire valoir leurs terres ou leurs capitaux, croissaient en richesse, en crédit, s'unissaient chaque jour plus étroitement, attiraient le peuple entier sous leur influence, et sans éclat, sans dessein pohtique, presque à leur propre insu, s'emparaient en commun de toutes les forces sociales, vraies sources du pouvoir.

Dans les villes, le commerce et l'industrie se développaient rapidement : la cité de Londres acquit d'immenses richesses ; le Roi, la cour, presque tous les grands seigneurs du royaume devinrent ses débiteurs, toujours insolents, mais toujours nécessiteux. La marine marcliande, pépinière de la marine royale, fut nombreuse et partout active ; les matelots partagèrent les intérêts et les dispositions des négociants.

Dans les campagnes, les choses suivaient le même cours. Les propriétés se divisèrent. Les lois féodales opposaient des entraves à la vente et à la subdivision des liel's; un statut de Henri Vil les aboht indirectement, en partie du moins; la haute noblesse le reçut comme un bienfait, et se hâta d'en profiter. Elle aliéna également la plupart des vastes domaines que lui distribua Ik'uii VllI. Le lloi favorisait ces \ entes pour accroître le nombre des possesseurs de biens ccclésiusliiiues, et

lâO ETAT DE LA SOCIETE ET DES

les courtisans étaient contraints d'y recourir, car nufe abus ne pouyaient suffire à leurs nécessités. Enfin Elisabeth, pour se dispenser de demander des subsides, toujours onéreux même au pouvoir qui les obtient, vendit aussi beaucoup de domaines de la couronne. Presque tous ces biens étaient achetés par les gentilshommes qui vivaient dans leurs terres, les francs-tenanciers qui cultivaient les leurs, les bourgeois qui se retiraient du négoce ; eux seuls acquéraient, par le travail ou l'économie, de quoi payer ce que ne pouvaient garder le prince et les gens de cour '. L'agriculture prospérait; les comtés et les villes se remplissaient d'une population riche, active, indépendante; et le mouvement qui faisait passer dans ses mains une grande part de la fortune publique fut si rapide, qu'en 16^8, à l'ouverture du Parlement , la Chambre des Communes se trouva trois fois plus riche que la Chambre des Pairs *. A mesure que s'accomplissait cette révolution, les communes recommençaient à s'inquiéter de la tyrannie. Au milieu de plus de biens, plus de sécurité devenait un besoin. Des droits exercés par le prince, longtemps sans réclamation et encore sans obstacle, étaient

fi Cîarendon, Hist. oflherebell.jt. V, p.6.

« Hume {Hisl. ofEngl, t. VIII, p. 385, édit. de Bàle, 1789) cite à l'appui de cette assertion Sanderson et Walker, historiens de peu d'autorité ; je n'ai pu découvrir, dans les écrivains contemporains dont le témoignage mérite plus de confiance, une évaluation aussi précise de la richesse comparative des deux Chambres ; mais tout atteste que la Chambre des Communes était beaucoup plus riche que la Chambre des Pairs,

bien près de ne paraître que des abus, car bien plus de gens en S(;nlait'nt le poids. On se demandait s'il les avait toujours possédés, s'il eût jamais dû les posséder. Peu à peu rentrait dans l'esprit des peuples le souvenir des anciennes libertés, des efforts qui avaient conquis la grande charte, des maximes qu'elle consacrait. La cour parlait avec dédain de ces vieux temps, comme grossiers et barbares ; le pays les reprenait en respect et affection, comme libres et fiers. Leui'S glorieuses conquêtes ne servaient plus guère à rien, et pourtant tout n'en était pas perdu. Le Parlement n'avait pas cessé de s'assembler; les Rois, le trouvant docile, l'avaient môme plus souvent employé comme instrument de leur pouvoir. Sous Henri VllI, Marie, Elisabeth, le jury s'était montré complaisant, servile même; mais il subsistait. Les villes avaient conservé leurs chartes, les corporations leurs franchises. Depuis longtemps enfin, étrangères à la résistance, les communes en possédaient cependant les moyens; les institutions leur avaient manqué bien moins que la force et la volonté de s'en servir. La force leur revenait par la révolution qui faisait faire à leur grandeur matérielle tant de progrès. Pour que la volonté ne se fît pas longtemps attendre, il suffisait qu'une autre révolution leur vînt donner aussi la grandeur morale, enhardît leur ambition, élevât leurs pensées, leur fît de la résistance un devoir et de la domination une nécessité. La réforme rchgieuse eut celle vertu.

Proclamée en Angleterre par un despote, laUéfuruie

y commença par la tyrannie ; à peine née, elle persécuta ses partisans comme ses ennemis. Henri VIII dressa d'une main des échafauds pour les catholiques, de Tau* tre des bûchers pour les protestants qui refusaient de souscrire le symbole et d'approuver le gouvernement que la nouvelle Église recevait de lui.

Il y eut donc, dès l'origine, deux réformes, celle du prince et celle du peuple : l'une incertaine, servile, plus attachée à des intérêts temporels qu'à des croyances, alarmée du mouvement qui l'avait fait naître, et s'efïorçant d'emprunter au catholicisme tout ce qu'elle en pouvait retenir en s'en séparant ; l'autre spontanée, ardente, méprisant les considérations mondaines, acceptant les conséquences de ses principes, vraie révolution morale enfin, entreprise au nom et avec la passion de la foi.

Unies quelque temps, sous la reine Marie par des souffrances, et à l'avènement d'Elisabeth par des joies communes, les deux réformes ne pouvaient tarder à se diviser et à se combattre. Or telle était leur situation que l'ordre poMtique se trouvait nécessairement engagé dans leurs débats. En se séparant du chef indépendant de l'Église universelle, lÉglise anghcane avait perdu toute force propre, et ne tenait plus ses droits ni son pouvoir que du pouvoir et des droits du souverain de l'État. Elle était donc vouée à la cause du despotisme civil, et contrainte d'en professer les maximes pour légitimer son origine, d'en servir les intérêts pour sau\er les siens. De leur côtéj les non-conformistes, en atta-

quant leurs adversaires religicux, se voyaient forcés d'attaquer aussi le souverain temporel, et pour accomplir la réforme de rÉylisc, de réclamer les libertés du citoyen. Le Roi avait succédé au pape; le clergé anglican, héritier du clergé catholique, n'agissait plus qu'au nom du Roi : partout, dans un dogme, une cérémonie, une prière, l'érection d'un autel, la forme d'un surplis, le pouvoir royal était compromis comme celui des évoques, et le gouvernement en queslion comme la discipline et la foi.

Dans cette périlleuse nécessité d'une double lutte contre le prince et l'Église, d'une réforme simultanée de la religion et de l'État, les non-conformistes hésitèrent d'abord. Le papisme et tout ce qui lui ressemblait était décrié et illégitime à leurs yeux ; l'autorité royale, môme despoticjue, ne l'était point encore. Henri YllI avait commencé la Réforme; Elisabeth l'avait sauvée. Les puritains les plus hardis balançaient à mesurer les droits, à poser les limites d'un pouvoir auquel ils devaient tant ; et si quelques-uns faisaient un pas vers ce sanctuaire, la nation étonnée leur en savait gré, mais ne les suivait point.

Cependant il y avait nécessité : il fallait que la Ré»forme reculât ou qu'elle portât la main sur le gouvernement, car lui seul faisait ol)stacle à ses progrès. Peu à peu les esprits s'aguerrirent ; l'énergie des consciences amena l'audace des idées et des desseins : les croyances religieuses avaient besoin des droits pohtiques; on commença de rechercher pourciuoi ou n'eu jouissait pas, T Charles i". n

qui les usurpait, à quel titre, ce qu'il y avait à faire pour les ressaisir. Tel citoyen obscur qui naguère, au seul nom d'Elisabeth, s'humiliait avec respect, et n'eût peut-être jamaislevé vers le trône de plus hardis regards si dans la tyrannie des évoques il n'eût pas rencontra celle de la Reine, les interrogea fièrement l'une et l'autre sur leurs prétentions quand il y fut contraint pour défendre sa foi. Ce fut surtout parmi les simples gentilshommes, les francs -tenanciers, les bourgeois, le peuple, que se réi)andit ce besoin d'examen et de résistance en matière de gouvernement comme de dogme, car c'était là que la Réforme religieuse fermentait et voulait avancer. Moins préoccupées de leurs croyances, la cour et une partie de la moyenne noblesse s'étaient contentées des innovations de Henri VIII ou de ses successeurs, et soutenaient l'Eglise anglicane par conviction, par indifférence, par calcul, par loyauté. Plus étrangères aux intérêts et en même temps plus exposées aux coups du pouvoir, les communes anglaises changèrent dès lors, dans leurs relations avec la royauté, d'attitude et de pensées. De jour en jour leur timidité disparut, leur ambition s'éleva. Les regards du bourgeois, du franc-tenancier, du paysan même, se portèrent bien au-dessus de sa condition. Il était chrétien; il sondait hardiment dans sa maison, avec ses amis, les mystères de la puissance divine : quelle puissance terrestre était si haute qu'il dût s'abstenir d'examiner ses actes? 11 lisait dans les livres saints les lois de Dieu pour leur obéir^ il était forcé de résister à d'autres

ois; il fallait bien qu'il reconnût où celles-ci de- 'aient s'arrèler. Qui lecherchc la borne des droits Viin maître recherchera bientôt leur origine : la nature du pouvoir royal, de tous les pouvoirs, leurs anciennes limites, leurs récentes usurpations, les conditions et les sources de leur légitimité devinrent, dans toute l'Angleterre, un sujet d'examen et d'entretiens : examen d'abord modeste et entrepris par nécessité I)hilôt (pie par goût; entretiens longtemps secrets et (pie, même en s'y livrant, les citoyens n'osaient pousser bien loin, mais qui affranchissaient les esprits et leur inspiraient des hardiesses jusque-là inconnues. Elisabeth, populaire et respectée, ressentit elle-même les effets de cette disposition naissante % et la repoussa rudement, attentive i)Ourtant à ne point braver le péril. Ce fut bien pis sous Jacques L'. Faible et méprisé, il voulait qu'on le crût despote; l'étalage dogmatique de ses impuissantes [trétenlions provoqua de nouvelles hardiesses qu'il irrita sans les réprimer. La pensée des citoyens prit un libre essor; rien ne lui imposait plus; le monarque était un objet de risée, ses favoris un sujet d'indignation. Sur le trône, à la cour, l'arrogance était sans force, môme sans éclat; une corruption ignoble inspirait aux hommes sérieux un dégoût profond, et dégradait, à la portée des insultes du peuple, toutes les grandeurs. Ce ne fut plus le privilège des esprits fermes de les regarder en face et

* Voyez les É claircissements cl Pièces historiques plucés à la fin de ce volum*;, u"!.

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