PREMIER PARLEMENT DE
« Nous ne voulons point intervenir dans les clioix, « comme cela s'est vu sous Edouard II et Richard II, « Henri IV et Henri VI ; ni que ceux que le Roi aura « choisis soient tenus de prêter serment devant le « Parlement, comme il est arrivé sous Edouard I"', « Edouard II et Richard II; ni que le Parlement leur « prescrive d'avance la conduite qu'ils auront à tenir, « comme il crut le devoir sous Henri 111 et Henri IV; a ni même que Sa Majesté promette, comme Henri 111, a qu'elle fera toutes choses avec l'asscnliment du grand et conseil du pays, et rien sans son aveu. Nous expri- « mons seulement, et en sujets fidèles, nos modestes « désirs. Puisque le Roi s'est entouré de conseillers sages, a pieux et honorables, nous souhaitons que, de concert « avec eux, il porte remède aux maux de l'État, et ne « se laisse jamais guider par un seul homme, ni par de « jeunes conseils. » Ainsi parlait sir Robert Cotton, savant illustre et orateur modéré '; et la Chambre, protestant avec lui qu'elle n'avait point dessein dimiter les anciennes hardiesses du Parlement, s'applaudissait de les entendre rappeler.
Le Roi prenait de l'humeur; cependant il ne se plaignait point. Un tel langage, déjà importun, ne lui semblait pas encore dangereux. D'ailleurs il avait besoin de subsides. Le dernier Parlement avait souhaité avec ardeur la guerre d'Espagne ; celui-ci ne pouvait refuser
i 6 août 1625. Parliam. Hist., t. II, col. 14-17. Ce discours a été pris dans les Œuvres posthumes de sir Robert Cotton, puLliee» par Howell, en 1651.
CHARLES I" (JDILLBT-AODT 1625). 139
de la soutenir. Charles insistait pour que sans retard on lui on fournît les moyens, promettant de redresser les justes griefs.
Mais la Chambre ne se fiait plus aux promesses, môme d'un Roi qui n'en avait encore violé aucune et qu'elle estimait. Les princes héritent des fautes comme du trône de leurs devanciers. Charles pensait qu'on ne devait rien craindre, puisqu'il n'avait fait aucun mal; le peu[)le, qu'on devait extirper tous les maux passés pour ne rien craindre à l'avenir. Les Communes ne donnèrent d'abord qu'un faible subside, et les droits de douane ne furent votés que pour un an. Ce dernier vote parut une offense , et la Chambre haute refusa de le sanctionner. On portait donc au Roi, disait la cour, moins de confiance qu'à ses prédécesseurs qui avaient obtenu les droits de douane pour toute la durée de leur règne. Cependant il venait d'exposer avec une rare sincérité l'état des finances du royaume, ne refusant aucun document, aucune explication. L'urgence des besoins était évidente. Il y avait peu de sagesse, pensaient les Lords, à mécontenter sitôt, sans motifs, un jeune prince qui se montrait si enclin à bien vivre avec le Parlement.
La Chambre des Communes ne déclarait point qu'elle n'accorderait pas de plus larges subsides; mais elle poursuivait l'examen des griefs, résolue, sans l'annoncer pourtant, à en obtenir d'abord le redressement. Le Roi s'indigna qu'on osât de la sorte lui faire la loi, et prélen(he qir'il cédât à la force, ou se vît hors d "élat de gouverner; c'était usurper la souveraineté qui n'appar-
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tenait qu'à lui seul, et en aucun cas ne devait être compromise. Le Parlement fut dissous *.
Ainsi, malgré leur bienveillance mutuelle, le prince et le peuple ne s'étaient rapprochés que pour se heurter ; ils se séparèrent sans que ni l'un ni l'autre se sentît faible ou se crût un tort, également certains de la légitimité de leurs prétentions, également décidés à y persister. Les Communes protestèrent qu'elles étaient dévouées au Roi, mais ne lui livreraient point leurs libertés. Le Roi dit qu'il respectait les libertés de ses sujets, mais qu'il saurait bien gouverner seul.
Il l'entreprit aussitôt. Des ordres du Conseil, expédiés aux lords lieutenants des comtés, leur enjoignirent de lever, par voie d'emprunt, l'argent dont le Roi avait besoin \ Ils devaient s'adresser aux citoyens riches, et transmettre à la cour les noms de ceux qui refuseraient de prêter ou qui demeureraient en retard. On comptait encore sur l'affection et sur la peur. En même temps la flotte mit en mer pour tenter une expédition contre Cadix, dont la baie était pleine de bâtiments richement chargés. Pour donner cependant quelque satisfaction au peuple, le clergé eut ordre de procéder contre les papistes; on leur défendit de s'éloigner de plus de cinq milles de leur demeure, sans en avoir reçu la permission ; on leur prescrivit de rappeler du continent leurs enfants qu'ils y faisaient élever; on les désarma. Les
» 12 août 1625.
• OldParliam. Ilist., t. VI, p. 407 (Londres, 1793).
RÉUNION D'UN SECOND PARLEMENT (6 février 1626). 141
Communes avaient réclamé leurs libertés ; on leur accorda un peu de tyrannie contre leurs ennemis.
Ce méprisable expédient ne les contenta point: d'ailleurs^ la persécution même des papistes était équivoque et suspecte; le Roi leur vendait des dispenses ou leur donnait sous main des pardons. L'emprunt valut peu d'argent au trésor ; l'expédition contre Cadix échoua; le imblic imputa ce revers à l'inhabileté de l'amiral et à l'ivrognerie des troupes; le gouvernement fut accusé de ne savoir ni choisir ses chefs, ni veiller aux mœurs de ses soldats. A peine six mois s'étaient écoulés qu'un second Parlement fut jugé nécessaire*. La rancune n'était pas encore entrée bien avant dans l'àme du jeune Roi, et son despotisme était à la fois confiant et timide. Il croyait que les Communes seraient charmées de revenir sitôt ; peut-être même espérait-il que la fermeté qu'il leur aAait montrée lui vaudrait de leur part plus de complaisance. Enfin , il avait pris des mesures pour écarter du Parl(3ment les orateurs les plus populaires. Le comte de Bristol, ennemi personnel du duc de Buckingham, ne reçut point de lettres de convocation. Sir Edouard Coke, sir Robert Philips, sir Thomas Wentworth, sir Francis Seymour, etc. *, nommés shérifFs de leurs comtés, ne pouvaient y être élus. On ne doutait pas qu'en leur absence la Chambre des Communes ne fût docile, car le peuple
• 6 février 162G.
' Sept en tout : les trois autres, moins célèbres, étaient sir Grey Palmer, sir William Flcetwood et M. Edouard Alford.