LE PARLEMENT ENVOYE DES
soin de n'y point appeler; ils avaient^, disaient-ils, le même droit que les gentilshommes à délibérer sur les affaires du comté, et se présentèrent à la porte de la salle où les royalistes s'étaient réunis. L'entrée leur en fut interdite; ils s'assemblèrent ailleurs, et protestèrent contre les mesures dont ils entendaient parler. La noblesse même se divisa; à la proposition de lever une garde, plus de cinquante gentilshommes répondirent par un refus signé de leurs noms; à leur tête s'inscrivit sir Thomas Fairfax *, jeune encore et inconnu, mais déjà le plus courageux et le plus sincère des patriotes du pays". Charles intimidé annonça une nouvelle réunion , où tous les francs-tenanciers seraient convoqués, les commissaires du Parlement reçurent défense d'y paraître ; mais elle se forma dans la plaine dite Heyworth-Moor*, près de leur demeure, et de moment en moment on venait chercher leurs conseils. Plus de quarante mille hommes étaient là, gentilshommes, francstenanciers, fermiers, bourgeois, à pied, à cheval, les uns arrêtés en groupes, les autres parcourant la plaiue pour reconnaître et rallier leurs amis. Bientôt les Cavaliers s'aperçurent qu'une pétition circulait, destinée à conjurer le Roi de bannir toute pensée de guerre, et de s'entendre avec son Parlement. Ils éclatèrent en invec-
* Né en janvier 1611, à Danton, dans le comté d'York.
* Lettre du comité d'York au Parlement, en date du 13 ajai» pariiam. Ihst., t. II, col. 122G-1233.)
s Le 3 juin 1642,
COMMISSAIRES A YORK (mai 1642). 361
^ivcs, en menaces, se portant violemment sur les groupes, arrachant à ceux qui la lisaient les copies de la poli lion, et déclarant que le Roi ne la recevrait point'. Charles arriva, embarrassé, plein d'humeur, ne sachant que dire à celte multitude dont la présence et le tumulte ofTensaient déjà son inhabile gravité. Après la lecture d'une déclaration équivoque, il se retirait avec hâte, pour éviter toute réclamation, lorsque le jeune Fairfax réussit à s'approcher de lui, tomba subitement à genoux, et déposa la pétition sur le pommeau de sa selle, bravant ainsi, môme à ses pieds, le courroux du Roi, qui poussa aussitôt son clieval sur lui et le heurta rudement, mais en vain, pour le contraindre à s'éloigner -. Tant de hardiesse en présence du Roi, dans le comté le plus dévoué à sa cause, intimidait les royahstes, ceiL\-là surtout qui arrivaient de Londres, l'esprit frappé de la puissance et de l'ardeur du Parlement. C'était déjà beaucoup, pensaient-ils, d'avoir donné au prince, en venant le rejoindre, un périlleux témoignage de leur zèkî ; ils ne voulaient pas se compromettre davantage, et, une fois à York, ils se montraient tièdes et craintifs'. Charles leur demanda une déclaration des molife
1 Sixième lettre du comité d'York au Parlement, en date du i juin lGl-2. — Lettre de sir John Bourchier, qui assistait à l'assemblée de Heyworth-Moor, à son cousin sir Thomas Barrington membre de la Chambre des Communes, de la même date. (Par* Mam. Ilist., t. II, col. 1345-1333.)
s Carte, Life ofOrmond, t. I, p. 357.
« Clarendon, Uist. oftherebtll, t. IV, p. 139.
I Chaules i". '-1
862 SITUATION COMPAKEE
qui les avaient contraints de (juitler Londres ; il en nvait besoin pour établir qu'après tant d'émeutes et de violences, le Parlement, n'étant plus lil)re, avait cessé d'être légal. Us la signèrent; mais le lendemain plusieurs d'entre eux vinrent dire au Roi que^, s'il la publiail^ils ne pourraient se dispenser de la démentir. « Que vouer lez-vous donc que j'en fasse? » leur dit Cliarles avec humeur; ils persistèrent, et la déclaration ne parut point*. Malgré l'affluence et les bravades des Cavaliers, rien ne se faisait : argent, armes, mimiiions, vivres même, tout manquait à York; à peine le Roi avait-il de quoi entretenir une table et suffire aux dépenses ordinaires de sa maison ^ La Reine avait vendu en Hollande quelques-uns des joyaux de la couronne; mais tel était le pouvoir des menaces du Parlement, qu'un long temps s'écoula avant qu'elle trouvât le moyen d'en faire passer au Roi le prix ^ 11 défendit à tous ses sujets d'obéir à l'ordonnance sur la milice *, et donna lui-même, aux cliefs royalistes de cliaque comté, commission de la lever et de lorganiser en son nom^ Mais aussitôt, pour atténuer l'efTet de la mesure, il protesta qu'il ne songeait point à la guerre; et les lords présents à York
1 Clarendon, J/tsf. of the rehelL, t. IV, p. 140-141.
2 Ibid., p. 172, 228.
t Ibid., t. IV, p. 118.
♦ Le 27 mai 1G42. Rushworlh, part. Ill, t. I, p. ôoO.
• La première commission de ce genre, donn(''e à lord Hasting» pour le comté de Leiccster, est du 11 juin 1U12 (Husliworlh, part, m, t. I, p. C55 et suiv.)
DU ROI ET DU Î>ARLEMENÎ (mai-juillet 1642). 5G3
déclarèrent, par un acte officiel soigneusement répandu, quà leur connaissance aucun préparalif, aucune d«îmarche n'annonçaient une telle intention '. Tant d'incertitude et de mensonge n'avait pas la faiblesse pour unique cause; depuis l'arrivée des déserteurs du Parlement, Charles était en proie aux conseils les plus contiaircs : convaincus que dans le respect du peuple i^our l'ordre légal résidait sa force la plus sûre, les jurisconsultes, les magistrats, les hommes sages voulaient cpie désormais, strict observateur des lois, il laissât au Parment seul le tort de les violer; les Cavaliers s'écriaient que la lenteur perdait tout, qu'il fallait en toute occasion prendre les devants sur ses ennemis; et Cliarles, hors d'état de renoncer à l'appui de l'une ou de l'autre opinion, s'efforçait tour à tour de lescoutenter toutes deux. La situation du Parlement était au contraire devenue plus simple; tant de membres, en se retirant, avaient laissé les cliefs de la révolution en possession assurée du pouvoir ; quehiucs voix s'élevaient encore, mais réduites à la triste tâche de déplorer et d'avertir; à peine prenait-on le soin de leur répondre. Une majorité décidée, jugeant la guerre inévitable, l'acceptait liardiment, bien qu'avec des vues et des sentiments fort divers. Par égard pour les apparences, un comité reçut ordre de chercher lus moyens de la prévenir-; des propositions d'accom-
» Cette déclaration, en date du 15 juin 1C12, fut signée de quarante-cinq lords ou membres du Conseil. iParhani. Hist., t. II, col. 1373-1375.— Clarendon, Hist. of therebcll, t. IV, p. 142-144.)
» Le -27 mai lUl-2. Parliam. Uist., t. II, col. 1319.