LE ROI REJETTE LES PROPOSITIONS
Cliarles voulut tenter le même moyen; mais l'enthousiasine ne s'imite point, et le dévouement populaire peut seul suffire aux besoins d'une cause. L'université d'Oxford envoya au Roi sa vaisselle; sur son exemple, celle de Cambridge fit emballer la sienne; déjà même une portion était partie quand Cromwell, toujours vigilant, survint tout à coup et empêcha tout nouvel envoi'. Les commissaires du Roi eurent grand'peine à recueillir, de château en château, quelques faibles contributions; et la moquerie, vain et dangereux plaisir d'une cour vaincue, fut la seule consolation qui demeurât aux Cavahers^ Les propositions d'accommodement étaient arrivées à York ^ ; elles dépassaient les prédictions des plus emportés royalistes, et ravirent aux plus modérés toute es[)érance. Les Chambres demandaient la complète destruction de la prérogative et que le pouvoir leur appartînt tout entier. Création de nouveaux pairs, nomination et révocation des grands fonctionnaires de tout genre, éducation et mariage des enfants du Roi, affaires militaires, civiles, religieuses, rien ne devait plus se décider sans l'aveu formel du Parlement. Tel était au
<ion.— Clarendon, Hist. of the rehell., t. IV, p. 136.— Whitelocke, p. 58.
' May, Hist du Long Pari., t. II, p, 196, dans ma Collection. — Parliam. Hist., t. II, col. 1453. — Querela Cantahrigiensis , p. 18i (in-8, Londres , 1685). Barwich's Life, p. 24 (in-8, Londres, 1724).— Clarendon, Hist. of therchell.,t. V, p. 53.
« Clarendon, Hist. of the rchell., t. V. p. 55-57.— May, Hist. dv Long Pari., t. I, p. 401.
» Ivlles furent présentées au Roi le 17 juin.
DU PARLEMENT (juin 1642) dtP
fond le but véritable, et devait être un jour l'ineslimable résultat de la révolution; mais le temps n'était pas venu où cette action décisive du Parlement dans le gouvernement devait s'accomplir par le jeu naturel des institutions et l'influence dominante, quoique indirecte, des Communes sur l'exercice journalier du pouvoir. Hors d'état d'imposer ses chefs à la couronne comme conseillers nécessaires, le parti national se sentait contraint d'asservir officiellement la couronne à leur empire, ne pouvant vivre en sûreté qu'à ce prix; moyen trompeur et impossible, propre seulement à jeter l'État dans l'anarchie, mais le seul alors que les plus habiles sussent imaginer. A la lecture de ces propositions, la colère éclata dans les yeux du Roi, une vive rougeur lui monta au visage : « Si j'accordais ce que vous de- « mandez, répondit-il, on pourrait encore ne se pré- « senter devant moi que la tète nue ; on pourrait encore « me baiser la main et m'appeler toujours du nom de « Majesté; ces mots, la volonté du Roi si(jnilîéeparles a deux Chambres, pourraient être encore lu formule de « vos commandements ; je pourrais même faire porter a devant moi la masse ou l'épée, et m'amuscr delà vue a d'un sceptre ou d'une couronne, rameaux stériles « qui ne fleuriraient pas longtemps, car le tronc serait « mort; mais quant au pouvoir réel et vrai, je ne a serais plus qu'une image, un signe, un vain fan- « lôme de Roi '. » Et il rompit la négociation.
» RuBhworth, pai t. III, 1. 1, p. '-16.
Le Parlement n'attendait pas une autre réponse: dès qu'il l'eut reçue, toute hésitation, même de pure forme, disparut; la guerre civile fut mise en délibération *. Une voix, la même qui, à l'ouverture de la session, avait dénoncé la première tous les griefs publics, s'éleva presque seule pom' la repousser : « Monsieur l'orateur, a dit sir Benjamin Rudyard, je suis pénétré, saisi just qu'au fond de l'àme du sentiment de ce qui importe « à riionneur de la Chambre et au succès de ce Parlea ment; mais pour bien juger de la situation où nous fi sommes aujourd'hui, reportons-nous de trois ans en « arrière. Si quelqu'un nous eût dit alors que, dans « trois ans, la Reine, par un motif quelconque, aurait « fui d'Angleterre dans les Pays-Bas ; que le Roi se « serait éloigné de nous et de Londres pour aller à (( York, disant qu'à Londres il n'était pas en sûreté; « qu'une rébelhon générale couvrirait l'Irlande ; que « l'État et lÉglise seraient en proie aux discordes qui « les travaillent; à coup sûr, nous aurions frémi à la « seule pensée d'une telle situation. Sachons donc la « ressentir maintenant que nous y sommes plongés. « Si d'autre part on nous eût dit que dans trois ans « nous aurions un Parlement, que la taxe des vaisseaux a serait abohe, que les monopoles, la cour de haute « commission, la Chambre étoilée , le vote des évêques « seraient supprimés, que la juridiction du Conseil
« Le 9 juillet 1642,