CARACTERE DU DUC DE BUCKINGHAM
aimait le Roi, disait-on; quelques factieux l'égaraicnt seuls.
Mais les Communes pensaient aussi qu'on égarait le Roi, et que, pour le rendre à son peuple, il suffirait de l'enlever à un favori. Le premier Parlement s'était borné à exiger du trône, par le retard des subsides, le redressement des griefs publics; celui-ci résolut de frapper, près du trône, l'auteur de tous les griefs. Le duc de Biickingham fut accusé ^
C'était un de ces hommes qui semblent nés pour briller dans les cours et déplaire aux nations. Beau, présomptueux, magnifique, léger avec hardiesse, sincère et chaud dans ses attachements, franc et hautain dans ses inimitiés, également incapable de vertu et d'hypocrisie, il gouvernait sans dessein politique, ne s'inquiétant ni des intérêts du pays, ni même de ceux du pouvoir, uniquement occupé de sa propre grandeur, et, dans sa grandeur, du plaisir de dominer avec éclat auprès du Roi. Un moment il avait essayé de se rendre populaire et y était parvenu ; la rupture du mariage de Charles avec l'infante avait été son ouvrage. Mais la faveur pubhque n'était pour lui qu'un moyen d'user à son gré de la faveur royale; il la perdit, et s'en aperçut à peine, fier d'avoir conservé sur Charles l'ascendant qu'il exerçait insolemment sur Jacques I". Aucun talent ne soutenait son ambition; des passions frivoles étaient le seul but de ses intrigues; pour séduire une
* 21 février 1626.
IL EST ACCUSÉ PAR LE PARLEMENT (21 février 1626). 145
femme, pour perdre un rival, il compromettait , avec une arrogante imprévoyance, tantôt le Roi, tantôt le pays. L'empire d'un tel homme semblait, à un peuple de jour en jour plus sérieux, une insulte aussi bien qu'une calamité; et le duc continuait d'envahir les plus hautes fonctions de l'État * sans paraître, aux yeux de la multitude elle-même, rien de plus qu'un parvenu sans gloire, un téméraire et inhabile favori.
L'attaque des Communes fut violente: il était difficile de prouver contre Buckingham des crimes légaux; la Chambre vola que le simple bruit public était un motif suffisant d'entamer les poursuites-, et elle accueillit tous les chefs d'accusation qu'indiquait le bruit public. Le duc les repoussa, la i)lupart du moins, avec avantage, mais sans fruit. C'était le mauvais gouvernement que voulait réformer la Chambre : innocent de vol, d'assassiuat ou de trahison, Buckingham n'était pas moins pernicieux. La hardiesse des Communes rendit courage aux
1 II était duc, marquis et comte du Buckingham, comte de Covcntry, vicomte Viiiiers, baron de Wliaddun, grand amiral d'Angleterre et d'Irlande , gouverneur général des mers et vaisse;utx, lieutenant général amiral, capitaine général et gouverneur des flottes et armées de S. M., grand maître des écuries, lord garde, chancelier et amiral des cinq ports, constable du château de Douvres, juge des forêts et chasses royales au midi de la Trent, constable du château de Windsor, gentilhomme de [% chambre, chevalier de la Jarretière, conseiller privé, etc. Ou éraluait à 284,395 liv. slerl. (environ 7,109,873 fr.) la valeur de* domaines de la couronne qu'il s'était l'ait donner, etc. Brudie, Uist. of tlic Drilisli empire, etc., t. II, p. 122.
• 22 avril 1G26. Parliam. Ilist.j t. II, col. 52.