LA REINE HENRIETTE-MARIE
avL'C im air de froide indifférence , on s'en indignail comme d'un tort grave * ; et la brutalité, souvent cruelle, du prince Robert causait tant de surprise et de scandale que la multitude même parlait de lui avec aversion et dégoût,, comme d'un grossier étranger. Ainsi la guerre, partout présente et très-animée, demeurait exempte de ces fureurs qui la poussent violemment à son terme ; les deux partis, en s'y livrant avec franchise, semblaient craindre de s'y porter de trop rudes coups ; et l'on se battait tous les jours dans tout le royaume sans que le cours des événements en devînt plus rapide, sans que le Parlement et le Roi cessassent de perdre le temps en petits débats ou en vains pourparlers.
Cependant, vers le milieu de février, l'arrivée de là Reine vint donner aux affaires une impulsion plus vive. Depuis plus d'un an qu'elle était en Hollande, elle avait déployé , pour se procurer des secours , une adresse et une activité peu communes. Le parti aristocratique dominait alors dans les États; le stadthouder, son gendre, la secondait de tout son pouvoir. Confiante et aventureuse lorsqu'un danger pressant ne troublait pas son imagination, gracieuse et séduisante pour tous les gens dont elle avait besoin, elle sut intéresser à son sort ce peuple républicain et réservé. En vain le Parlement envoya à la Haye - un ambassadeur, M. ^Ya^Ler Strick»
* William Lilly, Observations onthelife anddeath ofking Charles, dans les Select Tracts de M, Mazères, 1. 1, p. 144-145.— Wàitelocke p. 64.
2 En septembre 16-12.
REVIENT EN ANGLETERRE (février 1643). 397
laiid, pour rappeler les services qu'avait rendus naguère la nation anglaise à la liberté des Provinces-Unies, et réclamer au moins une exacte neutralité. Strickland, a])rè£ avoir attendu longtemps une audience, obtint à grand'peine quelques déclarations équivoques; le peuple lui témoigna ouvertement sa malveillance , et la Reine continua sans obstacle ses préparatifs de départ '. Quatre bâtiments chargés d'armes, de munitions, d'oflicicrs et même de soldats, firent voile à sa suite ; et l'amiral Batten, à qui le Parlement avait ordonné d'intercepter le convoi, ne l'atteignit qu'au moment où il débarquait à Burlington *. Batten canonna la place. La Reine logeait sur le quai ; des boulets tombèrent sur sa maison et jusque dans la chambre où elle était couchée ; elle se leva en toute hâte et s'enfuit dans la campagne où eUe passa quelques heures, cachée, dit-on, sous un banc'. Bientôt ii ne fat bruit dans la contrée que de son courage et de ses périls : lord Newcastle vint la chercher avec un corps de troupes pour la conduire a York; les gentilshommes l'entouraient avec transport, s'indignant contre le traître Batten qui avait, disaientils, dirigé à dessein ses coups sur la maison qu'elle occupait. Une foule de catholiques accoururent pour servir sous ses drapeaux; en vain cette infraction aux
» Rushwoiih, part. III, t. II, p. 157-163. — Ilarris, Life of Oliver Cromuell, p. iôO, (.Uins la note.
s Le 22 février 1643.
8 Clarendon , Hist. of thc rebell., t. V, p. iil. — Mémoires de madame de Motteville^ t. I, p. 273.
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