ÉOO LE PARLEMENT RECOMMENCE
min Rudyard appuya la motion : « J'ai longtemps el « amèrement redouté, dit-il, que la coupe de terreur, « qui a circulé sous nos yeux en Europe de nation en « nation, ne vînt un jour au milieu de nous; la\oilà « enfin venue, et il se peut que nous ayons à en boire e la lie, ce qu'il y a de plus amer : Dieu "veuille nous en « préserver ! Une espérance nous reste, c'est que nos c misères ne sauraient être longues, car nous ne pouce vons combattre ici comme ils le font en Allemagne, « dans ce vaste continent où la guerre peut être en plus « dun lieu sans qu'il manque de terres paisibles où « Ton sème et moissonne pour se nourrir. Pour nous, « resserrés de tous côtés par la mer, nous combattons « comme dans une arène de coqs; nous n'avons d'autres « remparts que les os de nos crânes et de nos côtes à « opposer à nos ennemis. On a dit dans cette Chambre « que nous étions tenus en conscience de punir l'elfu- « sion du sang innocent ; mais qui répondra de tout le « sang innocent qui va couler si nous ne marchons à la a paix par la voie d'un prompt traité? On a parlé de « confiance en Dieu ; certes, on peut s'en fier à Dieu « pour un traité aussi bien que pour la guerre; c'est « lui qui donne la sagesse pour négocier comme le « courage pour combattre, et le succès aux négociations « comme aux batailles, selon qu'il lui plaît. Le sang est a un péché qui crie vengeance ; il souille tout un pays : « hâtons-nous d'arrêter l'effusion du sang K» La. motion
4 Parliam. Uist., t. III, col. 80.
A NÉGOCIER AVEC I.E ROI (mars 1643). iOl
fut rejetéc ', mais seulement par une majorité de trois voix, et les paroles de Rudyard étaient dans la bouclio d'une foule de gens de bien. Les chefs des Communes frémissaient tout bas de se voir ainsi poussés à solliciter une paix impossibî,, si ce n'est à des conditions qui la rendraient fatale. Ils cédèrent pourtant; car peu d'hommes, même entre leurs amis, étaient passionnés au point d'accepter tant de maux comme inévitables; et le 20 mars, après quelques négociations préliminaires, cinq commissaires * partirent pour Oxford, chargés de débattre, pendant vingt jours, d'abord une suspension d'armes, ensuite un traité.
Le Roi les reçut bien; leurs relations avec la cour furent nobles et polies; le comte de Northumberland, président du comité, affecta de déployer une grande magnificence; il s'était fait suivre de sa maison, de sa vaisselle, de son vin ; on lui apportait de Londres des provisions. Les royalistes venaient le voir et dînaient à sa table; le Roi daigna même accepter de lui, pour la sienne, quelques présents^. Parmi les compagnons du comte, simples membres des Communes, quelques-uns prenaient plaisir à paraître à Oxford avec tant d'éclat.
' Le 17 féTrier 1643. Il 7 eut deux divisions dans la Chambre : à la première, la motion fut appuyée par soixante -treize voix contre soixante-seize; à la seconde, par quatre-vingt-trois contre quatre-vingt-six. Parliam. Hist., t. III, col. 79.
* Le comte de Northumberland, sir John Holland, sir William Armyn, William Pierpointet Bulstrode Whitelocke.
» Whitelocke, p. 04.