LE PARLEMENT RECOMMENCE
Mais quand on vint à négocier, ces brillantes démonstraiions furent sans effet : ni le Parlement ni le Roi ne pouvaient accepter leurs conditions réciproques, car c'étaient les mêmes qui, avant la guerre, avaient été hautement repoussées, et elles auraient livré sans défense, à ses adversaires, l'un ou l'autre parti. Un soir, les envoyés du Parlement se flattèrent qu'ils avaient enfin obtenu du Roi, probablement au sujet de la milice, une concession de quelque valeur; après une longue conférence, il avait paru se rendre et devait leur donner, le lendemain matin, sa réponse par écrit. A leur grande surprise, elle fut tout autre qu'on n'en était convenu, et ils apprirent qu'au coucher du Roi, en l'absence de ses ministres, les gens de sa chambre, les affidés de la Reine, l'avaient fait changer de résolulion ». « Si du moins le Roi, dit à ses conseillers M. Pier- « point, l'un des commissaires, voulait traiter avec « faveur quelques uns des grands seigneurs attachés au « Parlement, leur influence pourrait le servir. » Mais Charles, rancunier et hautain avec ses courtisans comme avec son peuple, souffrit à peine qu'on lui parlât de rendre un jour, au comte de Northumberland, la charge de grand amiral; et les intrigues des intérêts personnels furent aussi vaines que l'eût été leur succès *. Le Roi, comme les meneurs des Communes, ne voulait point de la paix; il avait promis à la Reine que jamais
» Whitelocke, p. 65.
• Mémoires de Clarendon, 1. 1, p. 217-225, dans ma Collection.
A NÉGOCIER AVEC LE ROI {mars 1643). AoS
il 110 la ferait sans son aveu; et elle lui écrivait d'York poni- l'en détourner, déjà courroucée que des négocia* tions se fussent ouverles en son absence, et déclarant à son mari qu'elle qui^'erait l'Angleterre si elle n'obtenait officiellement une garde pour sa sûreté '. Une pétition des officiers en garnison à Oxford, provoquée sous main par Charles lui-même, s'opposa à la suspension d'armes*. En vain quelques-uns des commissaires du Parlement s'efforcèrent, dans de secrets entretiens, de l'effrayer sur l'avenir^; en vain d'autres commissaires, venus d'Ecosse pour solliciter la convocation d'un Parlement dans ce royaume, proposèrent leur médiation *. Il la repoussa comme une injure, leur interdit de se mêler des affaires de l'Angleterre, et donna entîn aux négociateurs, pour réponse péremptoire, l'offre de retourner auprès des Chambres si elles voulaient transporter, au moins à vingt milles de Londres, le séjour du Parlement. Sur ce message, les Chambres rappelèrent soudain leurs commissaires, et par un ordre si pressant qu'ils se crurent obligés de partir le jour même ^, quoiqu'il fût tard et ■jue leurs carrosses de voyage ne fussent pas prêts*. Leur conduite à Oxford, surtout leur façon de vivre
• Mémoires de Clarendon, 1. 1, p. 225-229.
« I6td.,p. 216,228.
» Whitelocke, p. 65.
• Clarendon, Hist. of therebell., t. V, p. 325 et suir. — Mémoiru, t. I, p. 229-235.
» Le 15 avril 1643.
• Whitelocke, p. 65.— Rushworth, part. III, t. II, p. 164-261.— Clarendon, iiiAt. of the rebell., t. YI, p. 18.
i04 LA GUERRE CIVILE
avec le Roi et la cour, avaient inspiré aux partisans de la guerre l)eaucoup de méfiance. Lord Northumberland apprit en arrivant qu'une de ses lettres à sa femme avait été ouverte par Henri Martyn, membre du comité de sûreté, connu seulement pour avoir fui de Reading, à l'approclie des troupes royales, et par la violence de ses propos. Nul grand seigneur n'était plus soigneux que le comte de sa dignité, ni plus accoutumé à la déférence de ses concitoyens. Rencontrant M. Martyn à Westminster, il lui demanda raison d'un tel outrage; et comme Martyn, d'un ton moqueur, soutint qu'il avait bien fait, le comte le frappa de sa canne devant plusieurs témoins. Portée aux Chambres, la querelle fut prise par les Communes avec quelque embarras, par les Lords avec hauteur, et presque aussitôt étouffée \ On en était à ce point où tout révèle et fomente des dissensions que nul ne veut pourtant laisser éclater. Le printemps avançait ; qu'on souhaitât ou craignît la paix, c'était à la guerre qu'il fallait songer. Le jour même où les commissaires revinrent à Londres, Essex rentra en campagne *. C'était encore l'avis de Hampden qu'il marchât brusquement sur Oxford pour y assiéger et réduire le Roi'. A Oxford même on en eut peur, et il fut question de partir pour aller rejoindre la Reine et lord Newcastle
* Parliam. Hist., t. m, col. 109. — Clarendon, Hist. oftherehell., i. VI, p. 18.
2 Le 15 avril 1643, selon Rushworth, part. III, t. IL p. 265; le 17, selon May, Hist. du Long Pari., t. II, p. 121.
» Clarendon, Hist. oftherehell., t. VI, p. 40.
RECOMMENCE (atril 1643). 405
dans le Nord. Mais Essex, se méfiant encore de ses forces ou déjà inquiet de ses succès, repoussa de nouveau ce hardi conseil, et toujours campé entre Oxford et Londres, se contenta de mettre le siège devant Reading, place indispensable, selon lui, à la sûreté du Parlement.
Reading se rendit en dix jours '. Hampden redemanda le siège d'Oxford : Essex persista dans ses refus '. Rien n'était plus loin de lui que la trahison ou la peur ; mais il faisait la guerre avec tristesse et n'avait déjà plus, pour se distraire de sa prévoyance, les plaisirs de la popularité. Avant même que la campagne se rouvrît, quelque humeur avait éclaté contre lui dans les Communes, surtout dans le comité de sûreté, vrai foyer du parti. Les plus violents étaient allés jusqu'à se demander s'il serait donc impossible de le remplacer, et le nom de Ilampden avait, dit-on, été prononcé '. Hampden était trop sage pour accueillir l'idée seule d'un pouvoir auquel rien ne le portait; qu'il fût ou non capable de commander, il n'avait fait que servir sous Essex, comme simple colonel. Depuis l'origine de la guerre, pendant l'hiver surtout, d'autres avaient acquis une gloire plus indépendante et plus étendue. Dans le Nord, Fairfax et son père, malgré la supériorité de lord Newcastlc, lui disputaient ciiaque jour et sur tous les points, avec la plus brillante audace, la domination du pays *. A la tète de
« Le27avrillG43.
t Clarendon, Hist. of the rehcU., t. VI, p. 49.
' Wood, Athenx oxomcnscs, à l'article IIami>di'.x.
* Voyez les Mcmoirex do Fairfax, 1" partie, dans ina CoJleclton.