LA GUERRE CIVILE
la confédération des comtés de l'Est, lord Manchester * n'avait eu à combattre, il est vrai, aucun chef royaliste de quelque renom; mais il avait souvent porté, aux parlementaires du Nord et du Centre, d'utiles secours; des milices bien organisées étaient prêtes à le suivre, et sa franchise, sa libéralité, sa douceur, le faisaient chérir de tous les habitants. Dans les mêmes comtés, le colonel Cromwell, déjà fameux par des coups de main aussi heureux qu'adroits, exerçait d'ailleurs sur beaucoup d'hommes d'un esprit hardi, d'une piété exaltée, et d'une condition à la fois aisée et obscure, une influence 011 perçaient déjà un grand génie et un grand pouvoir. Dans le Sud et l'Ouest, enfin, plusieurs corps de royalistes dispersés et sept places emportées en trois mois' avaient valu à sir William Waller le surnom de Guillaume le Conquérant ^ Le Parlement ne manquait donc point, disait-on, de généraux ni d'armées; et si lord Essex refusait de vaincre, on lui trouverait un successeur.
Aucune proposition , aucune insinuation publique ne suivit tant d'amers discours. Essex n'était pas un simple officier au service d'un parti mécontent; à lui se rattachaient et les grands seigneurs engagés dans la
* Lord Kimbolton, connu aussi sous le nom de lord Mande» ▼.lie, et qui portait celui de lord Manchester depuis la mort de son père, survenue le 9 novembre 1642.
' Ghichester , Winchester , Malmesbury, Hereford, Tewks* bury, Chepstow et Monmouth.
» Clarendon, Hist. oftherehell, t. VT, p. 110.
RECOMMENCE (avril 1643). 407
guerre, et les hommes modérés qui souhaitaient la paix, et les plus clairvoyants des presbytériens qu'inquiétaient déjà d'autres sectaires plus hardis. Hampdcn lui-même et les chefs du parti politique, tout en pressant le comte d'agir avec plus de vigueur, n'avaient nul dessein de s'en séparer. La discorde n'éclata donc point; mais encore cachée, elle était déjà souveraine, et Essex ne tarda pas à en ressentir les effets. Ceux qu'on forçait de le ménager mirent tout en œuvre pour lui nuire, et ses défenseurs, croyant avoir assez fait de le soutenir, s'inquiétèrent peu de le seconder. Au bout d'un mois, il eut à se plaindre du mauvais état de son armée : solde, vivre, vêtements, tout lui manquait; la souffrance et la maladie décimaient ses soldats, naguère si bien soignés parla cité. Il informait de ses besoins les divers comités chargés d'y pourvoir; mais ses adversaires, plus remuants et \tlus assidus que ses amis, exerçaient là plus d'influence : c'était à eux qu'à raison de leur activité empressée la plupart des mesures d'exécution avaient été remises; les employés subalternes étaient presque partout de leur choix. Toutes les réclamations du général demeuraient sans effet'. A peine la seconde campagne commençait, rien ne semblait changé, et déjà le parti qui avait enlevé au Roi le pouvoir le sentait échapper doses mains; déjà un parti nouveau, encore contraint de se taire, était assez fort pour réduire la grande armée
' May, Hist. du Long Pari., t. I. p, 124-1-25, 156-161. — Afemo»r«i de Hollis, p. 10-13, dans ma Colleclion.