CONVOCATION ET REUNION
L'impérilie du général avait causé ce revers; il n'avait su ni s'emparer de Tîle de Rc, ni se rembarquer sans perdre l'élite de ses troupes^, officiers et soldats. Depuis longtemps j l'Angleterre n'avait payé si cher tant de honte *. Dans les campagnes, dans les villeS;, une multi-' tude de familles, aimées et considérées du peuple, étaient en deuil. L'indignation fut populaire. Le fermier quitta ses champs et l'apprenti son atelier pour aller savoir si son patron, gentilhomme ou bourgeois, n'avait pas perdu un frère, un fils ; et il revenait racontant à ses voisins les désastres qu'il avait appris, les douleurs qu'il avait vues, maudissant Buckingbam et accusant le Roi. Des pertes d'une autre nature aigrirent encore les esprits : la marine ennemie inquiéta et ralentit le commerce anglais; les bâtiments demeuraient dans les ports; les matelots oisifs s'entretenaient des revers de la flotte royale et des causes de leur propre inaction. De jour en jour, la petite noblesse, la bourgeoisie, le peuple s'unissaient plus étroitement dans un même courroux. Buckingham de retour, et malgré son arrogance, sentit le poids de la haine publique et le besoin d'y échapper; il fallait bien trouver d'ailleurs quelque expédient pour sortir d'embarras, pour se procurer des ressources. On avait épuisé ce qu'on savait ou ce qu'on pouvait en fait de tyrannie. Sir Robert Cotton, comme
* Ce désastre est peint avec beaucoup d'énergie dans une lettre de Hollis à sir Thomas Wentworth, du 19 novembre 1627. Slrafford's Lettcrs and Dispatches^ t. I, p. 41.
DU TROISIÈME PARLEMENT (17 mars 1628}. 151
le plus doux des hommes populaires, fut appelé aux conseils du Roi. Il y parla avec sagesse et franchise, insistant sur les justes griefs de la nation, sur la nécessité de les redresser pour ohtenir son appui, et rappelant ces paroles de lord Burleigh à la reine Elisabeth : « Gagnez « leur cœur, vous aurez leur bourse et leurs bras *. » Il ouvrit l'avis de convoquer un nouveau Parlement ; et pour réconcilier le duc de Buckingham avec le public, on convint que, dans le conseil où cette résolution serait officiellement adoptée, la proposition viendrait de lui. Le Roi se rendit à l'avis de sir Robert.
Aussitôt les prisons s'ouvrirent ; les hommes qu'on y avait jetés i)Our leur résistance à la tyrannie en sortirent brusquement *, icisultés hier, puissants aujourd'Imi. La faveur publique les accueilMt avec transport; vingt-sept furent élus *, Le Parlement s'assembla *.
« Messieurs, dit le Roi en ouvrant la session, que cha- « cun agisse désormais selon sa conscience. S'il arrivait a (ce que Dieu veuille prévenir!) que, négligeant de me a fournirceque réclament aujouid'hui les besoins de l'É- « lat, vous ne fissiez pas votre devoir, le mien m'ordon- « nerait d'user alors des autres moyens que Dieu a mis o en mes mains pour sauver ce que compromettrait la c folie de quelques hommes. Ne prenez point ceci pour a une menace; je dédaigne de menacer tout autre que
1 Parliam. Hist., t. II, col. 212-217.
• An nombre de soixanto-dix-lniit. Ruslnvorth, t. I, p. 473.
• Ibid.
» 17 mars 1C28.