‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 23 sur 144 · MAI-JUIN · texte numérisé non relu

MAI-JUIN

g'arrôlc dès qu'on se précipite avec passion. On accusait sir John Elliot d'iuiniitics personnelles, sir Thomas Wentworth d'imprudence; sir Edouard Coke, disait-on, a toujours été rude et obstiné ^ Le Roi crut pouvoir saisir, dans cette disposition, un moyen de relâche, peut-être même de retour. Il fit défendre à la Cliambre de se mêler désormais des affaires d'État '.

La Chambre entière fut consternée : c'était beaucoup trop, et une insulte dans l'opinion même des plus modérés. Tous se taisaient : ce II faut, dit sir John Elliot, et que nos péchés soient bien grands; Dieu sait avec « quelle affection, quel zèle nous nous sommes efforces « de gagner le cœur du Roi ! De faux rapports, à coup « sûr, nous ont attiré cette marque de son déplaisir. On « dit que nous avons jeté quelques soupçons sur les « ministres de Sa Majesté; aucun ministre, quelque a cher qu'il soit, ne pourrait.... »

A ces m.ots, l'orateur se leva brusquement de son fauteuil, et dit en pleurant : « J'ai ordre d'interrompre « quiconque parlera mal des ministres du Roi. » Sir John se rassit.

« Si nous ne pouvons parler de ces choses dans ie « Parlement, dit sir Dudley Diggs, levons-nous et sor- « tons, ou restons ici oisifs et muets. » Le silence redevint général.

a II faut parler maintenant ou nous taire à jamais,

» Parliam. Ilisl., t. II, col. 385.

« 5 juin 1028. Padiam. Ilist., t. II, col, 401.

• s'écria enfin sir Natlianiel Rich; il ne nous con- « vient jas de nous taire en un tel péril. Le silence î nous sauverait, nous, mais il perd le Roi et l'État. « Allons trouver les Lords; qu'ils sachent nos dangers, a et nous irons tous ensemble porter au Roi nos repré- « sentations. »

Soudain la Chambre passa de la stupeur à la colère; tous les membres se levèrent; tous parlaient au miheu de la confusion : « Le Roi est bon, dit M. Kirton, aussi « bon qu'aucun prince qui ait jamais régné ; ce sont les « ennemis de l'État qui ont prévalu auprès de lui; « mais Dieu nous enverra, j'y compte bien, des cœurs, « des bras et des épées pour couper la gorge aux enne- « mis du Roi et aux nôtres. » — Ce n'est pas le Roi, « reprit le vieux Coke, c'est le duc qui nous dit : Ne « vous mêlez plus des affaires d'État. » — « C'est lui! « c'est lui! » s'écria-t-on de toutes parts. L'orateur avait quitté son fauteuil; le désordre allait croissant dans les esprits i ^e dans l'enceinte, et nul ne tentait de le calmer, car les hommes prudents n'avaient rien à dii-e : le courroux est quelquefois légitime, même aux yeux de ceux qui ne s'irritent jamais ^

Pendant que la Chambre, en proie à ce tumulte, méditait les résolutions les plus Aïolentes, l'orateur sortit secrètement et en toute hâte pour aUer rendre compte au Roi du mal et du péril*. La peur passa de la Chambre

i Parliam. Hist., t. II col. 401-4e6. « Ibid., col. 403.

(mai-juin 1628). 163

à I<i conr. Dès le lendemain, un message des plus doux oxiiliqua celui qui avait causé tant d'irritation '; maif des paroles ne pouvaient suffire : la Chambre demeurait très-agitée; on s'y entretenait de troupes allemandes déjà levées par les soins de Buckingham, et que bientôt on verrait débarquer; un membre affirma que, la veille, douze officiers allemands étaient arrivés à Londres, et que deux vaisseaux anglais avaient reçu l'ordre de transporter les soldats'. Les subsides étaient encore en suspens. Charles et son favori craignirent d'affionter plus longtemps une colère chaque jour plus puissante. Ils ne doutaient pas que la pleine sanction de la pétition des droits ne suffît à tout calmer; le Roi se rendit à la Chambre des Pairs, où les Communes s'étaient aussi réunies '. On s'était trompé, dit-il, en supposant dans sa première réponse quelque arrière-pensée; et il était prêt à en donner une qui dissiperait tout soupçon. La pétition fut lue de nouveau, et Charles répondit par la formule usitée : « Soit droit fait comme il est désiré. »

Les Communes revinrent triomphantes; elles avaient enfin arraché la reconnaissance solennelle des libertés du peuple anglais. Nulle puhlicilé ne devait y manquer: il était convenu que la pétition des droits, imi)rimée avec la dernière réponse du lloi, serait répandue dans

« Parliam. Hist., t. II, col. 406.

• Ibid., col. 408. Rushworth, t. I, p. 612.

» Le 7 juin 162a.

164 LE PARLEMENT EST PROROGÉ (36 jdin 16S8).

le pays, et enregistrée, non-seulement dans les deux Clianibres, mais aussi dans les cours de Westminster. Le bill des subsides fut définitivement adopté. Charles se crut au terme de ses épreuves : « J'ai fait tout ce qui a me regarde, dit-il; si ce Parlement n'a pas une heu- « reuse fin, à vous en sera la faute ; rien désormais ne « peut m'être imputé K »

Mais un vieux mal ne se guérit pas si vite, et l'ambition d'un peuple irrité ne s'apaise point au premier succès. Évidemment la sanction du bill des droits ne pouvait suffire : la réforme des principes était seule consommée; ce n'était rien sariS la réforme des pratiques; et pour assurer celle-ci, il fallait celle des conseillers. Or Buckingham demeurait debout, et le Roi continuait de percevoir les droits de douane sans l'aveu du Parlement. Éclairées par l'expérience sur les périls de la lenteur, aveuglées par la passion sur ceux d'une exigence trop brusque et trop dure, l'orgueil et la haine se mêlant à l'instinct de la nécessité, les Communes résolurent de porter sans délai les derniers coups. En une semaine, deux nouvelles remontrances furent rédigées, l'une contre le duc, l'autre pour établir que les droits de douane, comme tout impôt, ne devaient être perçus qu'en vertu de la loi K

Le Pioi perdit patience, et, décidé à se donner au moins quelque relâche, il se rendit à la Chambre des

* ParUam. Hist., t. II, col. 409.

* 13 et 21 juin 1028. ParUam. Hist., t. II, coL 120-131.

BUCKINGHAM EST ASSASSINE 23 août 1628). 165

F\iirs, fit appeler les Communes, et prorogea le Parlement *.

Deux mois après, le duc de Bnckingham était mort assassiné*. On trnuYa cousu dans le chapeau de Felton, son assassin, an écrit qui rappelait la dernière remontrance delà Chambre'. Felton ne s'enfuit point, ne se défendit point,dit simplement qu'il regardait le duc comme l'ennemi du royaume, secoua la tête quand on lui parla de complices, et mourut avec calme, confessant pourtant qu'il avait eu tort *.

Charles fut troublé d'un si grand meurtre, et indigné de la joie que la multitude en témoignait. Après la clôture de la session, il avait essayé de complaire au vœu public en réprimant les prédicateurs de l'obéissance passive, surtout par quelques sévérités contre les papistes, victimes dévouées aux raccommodements du prince et du pays. L'assassinat de Buckingham, où le peuple voyait sa délivrance, rejeta le Roi dans la tyrannie. Il rendit sa faveur aux adversaires du Parlement : le docleur Montagne, qu'avait poursuivi la Cliandjre des Comnunies, fut promu à l'évèché de Cliichester; le docteur Manwaring, qu'avait condamné la Chambre des Pairs,

» 26 juin 1128.

« 23 août 1628.

' Voir les Eclaircissements et pièces historiques plac(5s à la fin de ce volume, n" II.

* Clarendon, Ilist. o{ the rchelL, t. I , p. 45. Slatc-Trials, t. III, col. 3(>7.

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