FAIBLESSE DU GOUVERNEMENT
influences contraires, tantôt secouant avec arrogance k joug des lois, tantôt cédant aux plus frivoles entraves, aucun plan ne présidait à sa conduite; il oubliait à chaque instant ses propres desseins. Il avait abandonné, en Europe, la cause du protestantisme, et défendu même à lord Scudamore, son ambassadeur à Paris, d'assister au service divin dans la chapelle des réformés, le trouvant trop peu conforme aux rites de l'Église anglicane '. Cependant il permettait au marquis de Hamilton de lever en Ecosse un corps de six mille hommes, et d'aller combattre à leur tête * sous les bannières de Gustave- Adolphe, ne prévoyant pas qu'ils prendraient là les sentiments et les croyances de ces puritains que l'Église anglicane proscrivait. La foi de Charles dans la religion réformée, telle que l'avaient faite Henri VllI et Elisabeth, était sincère; et pourtant, soit tendresse pour sa femme, soit esprit de modération et de justice, soit instinct des convenances du pouvoir absolu, il accordait souvent aux catholiques, non-seulement une liberté alors illégale, mais une faveur presque avouée ^ L'arclievêque Laud, aussi sincère que son maître, écrivait contre la cour de Rome, prêchait même vivement contre le culte pratiqué d^ns la chapelle de la Reine; et en môme temps il se montrait si favorable au système de rÉghse romaine, que le pape se crut en mesure de lui
* Neal, Hisiory of thePurilans, t. II, p, 231, édit. in-8, Londres, 2 En 1631.
» ClarendoD; HisL of the rebell., i. I, p. 254.
DE CHAULES I" (1630-l'î36). 185
faire offrir le chapeau de cartlinnP. Dans la conduile des affaires civiles régnaient la même incertitude, la même inconséquence. Aucun ferme dessein ne s'y laissait reconnaître, aucune main puissante ne s'y faisait sentir. Le despotisme était étalé avec faste, et dans roccasion exercé avec rigueur; mais iiour le fonder, il eût fallu trop d'efforts et de persévérance ; on n'y songeait môme pas, de sorte que ses prétentions surpassaient de plus en plus ses moyens. Le trésor était administré avec ordre et probité, le Roi n'était point prodigue; mais les embarras d'argent étaient les mômes qu'eussent pu amener la prodigalité du prince et la dilapidation du trésor: ainsi que Charles avait refusé avec hauteur de céder au Parlement pour en obtenir des revenus qui pussent suffire à ses dépenses, de môme il eût cru s'abaisser en réduisant ses dépenses au niveau de ses revenus "^ La splendeur du trône, les fêtes de la cour, les anciennes habitudes de la couronne étaient, à ses yeux, des conditions, des droits, presque des devoirs de la royauté; et tantôt il ignorait quels abus étaient char-
I En août 1G33. Laud's Diary, p. 49 ; Whitelocke, p. 17.
* Les pensions qui, sous le r6gne d'Elisabeth, étaient de J8,000 liv. st. (environ 450,000 fr.), s'élevèrent sous Jacques I" à 80,000 liv. si. (environ 2,000,000 fr.), et en 1G20, un peu plus d'un an après l'avènement de Charles I", elles montaient déjii à IJO.OOO liv. st. (environ 3,000,000). La dépense de la maison du roi s'était accrue dans le même intervalle de 45,000 liv. st. (environ 1,125,000 fr.) à 80,000 liv. st. (2,000,000) ; celle de la gardercibe avait doublé ; celle de la cassette {privy purse) triph-, etc. (Kushworlh, t. 1, p. 207.)