‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 35 sur 144 · PROGRES DE LA TYRANNIE · texte numérisé non relu

PROGRES DE LA TYRANNIE

de nouveau * ; la Reine et lui-même redoutaient le nom seul de Parlement, et les peurs de son maître ne permirent pas à Strafford de prêter à la tyrannie les formes et l'appui de la loi. Il insista, mais sans succès, et se soumit enfin. Énergique, il portait le joug de la faiblesse, et sa prévoyance était au service de l'aveuglement. Quelques-uns même desconseillers qui pensaient comme lui, plus égoïstes ou mieux avertis de la vanité de leurs efforts, se retiraient dès que, pour le soutenir, il eût fallu combattre, et le laissaient, seul avec Laud, en butte aux intrigues et aux haines de la cour.

A la tyrannie ainsi frivole et malhabile il faut chaque jour un surcroît de tyrannie. Celle de Charles fut, sinon la plus cruelle, du moins la plus inique et la plus abusive qu'eût jamais soufferte l'Angleterre. Sans pouvoir alléguer pour excuse aucune nécessité publique, sans éblouir les esprits par aucun grand résultat , pour suffire à des besoins obscurs, pour accomphr des volontés sans but, elle méconnut et offensa les anciens droits comme les désirs nouveaux, ne tenant compte ni des lois et des opinions du pays , ni des aveux et des promesses du Roi lui-même, essayant au hasard, et selon l'occurrence , de tous les genres d'oppression , adoptant enfin les résolutions les plus téméraires, les mesures les plus illégales , non pour assurer le triomphe d'un système conséquent et redoutable, mais pour soutenir, par des expédients journaliers, un pouvoir toujours dans l'em-

* Strafford' s Leliers, etc., t. I. p, 365.

barras.De subtils conseillers^ foiiillantsans cesse les vieux registres pour y découvrir quelque iniquité oubliée, ex humaient laborieusement les abus du temps passé, et les érigeaient en droits du trône. Aussitôt d'autres agents, moins savants, mais plus hardis, convertissaient ces prétendus droits en vexations réelles et nouvelles; et si quelque réclamation s'élevait, des juges serviles étaient là pour déclarer qu'en effet la couronne avait jadis possédé de telles prérogatives. Doutait-on quelquefois de la complaisance des juges, ou voulait-on ménager leur influence, des tribunaux d'exception, la chambre étoilée, la cour du Nord *, une foule d'autres juridictions affranchies de la loi commune étaient chargées de les supjûéer, et la complicité des magistrats ilf égaux venait au secours de la tyrannie, dès que la servifité des magistrats légaux n'y pouvaft suffire. Ainsi furent rétablis des impôts tombés en désuétude, et inventés des impôts jusipie-là inconnus; ainsi reparurent ces innomlirables monopoles introduits et abandonnés par Élisabetli, raj)pelés et abandonnés par Jacques I", constamment repoussés par le Parlement, un moment abolis par Charles lui-même, et qui, livrant à des traitants ou à des courtisans privilégiés la vente exclusive de la plupart des den-

* Instituc'e par Henri VIII en 1537, h York, h. la suite des troubles qu'excita, dans les comtés du nord, la suppression des [M-iits monastères, pour rendre la justice et maintenir l'ordre dans ces comtés, indépendamment des cours de Westminster. La juridiction de la cour du Nord, d'abord assez restreinte, devint, r. )us les règnes de Jacques l'^et de Charles I", beaucoup plui cicndue et plus arbitraire.

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