‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 36 sur 144 · PROGRES DE LA TYRANNIE · texte numérisé non relu

PROGRES DE LA TYRANNIE

récs', faisaient souffrir le peuple, et lirrilaienl encore plus par l'inique et désordonnée répartition de leurs profits. L'extension des forêts royales^ cet abus qui avait si souvent fait lever en armes les barons de la vieille Anfjl(;terre , devint si rapide que la seule forêt de Rockingham fat portée de six à soixante milles de circuit ; et <;n même temps on recherchait, on punissait par d'énormes amendes les moindres empiétements des citoyens*. Des commissaires parcoururent les comtés, mettant en question, ici les titres des possesseurs d'anriens domaines de la couronne, là le taux des émoluments attachés à certains emplois, ailleurs le droit, des bourgeois à bâtir de nouvelles maisons, ou celui des agriculteurs à changer leurs terres à blé en prairies ; et ils sappliquaienl;, non à réformer les abus, mais à en vendre cher la continuation ^ Les privilèges, les désor-

1 Voici une liste encore incomplète des denrées mises alors en monopole : le sel , le savon, le charbon, le fer, le vin, le cuir, l'amidon, les plumes, les cartes et les dés^ le feutre, la dentelle, le tabac, les tonneaux, la bière, les liqueurs distillées, le pesage du foin et de la paille dans Londres et Westminster, les harengs saurs, le beurre, la potasse, les toiles, le chiffon à papier, le houblon, les boutons, les cordes à boyau, les lunettes, les peignes, le salpêtre, la poudre à tirer, etc.

- Lord Salisbury fut condamné, pour ce motif,à 20,000 liv. st. d'amende (500,000 fr.), lord Westmoreland à 19,000 liv. st. (475,000 fr.), sir Christophe Hattoa à 12,000 liv. st. (300,000 fr.), lord Newport à 3000 liv. st. (75,000 fr.), sir Lewis Watson à 4000 liv. st. (100,000 fr.), etc. [Strafford's Lelters, t. Il, p. 117. —Pari. Eist., t. II, col. 642).

' May, Uist. du Long Pari., t. I, p. 43^ dans ma Coûection.—m Kushworth, part. II, t. II, p. 915 et suiv.

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drrs de tout genre élaicnt,entre le Roi et ceux qui les exploitiiient, un sujet conlinuol de honteux marchés. On trafiquait môme de la sévérité des juges; ils infligeaient, sous le moindre prétexte, des amendes inouïes, qui frappaient de terreur ceux que pouvaient menacer de sem blahlcs poursuites, et les décidaient à s'en racheter d'avance à prix d'argent. On eût dit que les tribunaux n'avaient plus pour mission que de fournir aux besoins du prince ou de ruiner les adversaires de son pouvoir*. Le mécontentement semblait-il , dans quelque comté, trop général pour que de tels procédés y fuB^ent aisément praticables : on en désarmait la milice; on y envoyait des troupes que les habitants étaient tenus, nonseulement déloger et de nourrir, mais encore d'équiper. Pour n'avoir pas payé ce qu'on ne devait point, on était mis en prison; on sortait de prison en en payant partie, plus ou moins, selon la fortune, le crédit ou le savoirfaire des opprimés. Impôts, emprisonnements, jugements, rigueurs ou faveurs, tout était arbitraire; et l'arbitraire s'étendait de jour en jour, sur les riches parce qu'il y avait profit, sur les pauvres parce qu'il n'y avait pas danger. Enfin, quand les plaintes devenaient si vives que la cour en concevait quelque alarme, les magistrats qui les avaient excitées achetaient à leur tour

I On trouve , en réunissant les amendes prononcées durant cette époque, au profit du Roi, dans les principales poursuites intentées au nom de la couronne, une somme de plus de six millions. (Voyez \cs Éclaircissements et pièces historiques, h la lîu de ce volume, n» IV.)

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rimpimité. Dans un accès de despotisme insensé^, poiu quelques paroles inconsidérées, Strafford avait fait condamner lord Mountnorris à mort; et quoique l'arrêt n'eût pas reçu son exécution, le seul récit du procès avait soulevé contre lui en Irlande, en Angleterre, dans le Conseil même du Roi, un déchaînement universel. Pour l'apaiser, il envoya à Londres six mille livres sterling à répartir entre les principaux conseillers. «J'ai pris une route plus directe, » lui répondit lord Cottington, vieux et habile courtisan qu'il en avait chargé; « j'ai donné l'argent à celui qui pouvait réellement faire l'affaire, » c'est-à-dire au Roi lui-même : et Strafford obtint à ce prix, non-seulement l'exemption de toute poursuite, mais la permission de partager à son gré, entre ses favoris, les dépouilles de l'homme qu'il avait fait condamner à son plaisir'.

Tel était l'effet des besoins de Charles ; ses craintes le poussèrent bien au delà de ses besoins. Malgré sa présomptueuse légèreté, quelquefois il se sentait faible et cherchait des appuis. Il fit quelques tentatives pour rendre à la haute aristocratie la force qu'elle n'avait plus. Sous prétexte de prévenir la dissipation, les gentilshommes de comté eurent ordre de vivre dans leurs terres; on craignait leur influence à Londres ^ La

1 Strafford's Leiters, t. I, p. 508, 511, 51-2.— Voy. les ÈcUircissements et pièces historiques ajoutés aux Mémoires de Warwick, dans ma Collection, p. 386-392.

* Plus de deux cents gentilshommes lurent traduits en justice le même jour (le 20 mars 1635), et par une seule poursuite, pour

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Chambre étoilée prit sous sa garde la considération des grands seigneurs. Un manque d'égards, nnc inadvertance, une plaisanterie, les moindres actes où semblait méconnue la supériorité de leur rang et de leurs droits, furent punis avec une extrême rigueur, et toujours par d'énormes amendes au profit tant du Roi que de l'offensé'. On eût voulu faire des gens de cour une classe puissante et respectée , mais ces tentatives eurent peu de suite, soit qu'on s'aperçût de leur vanité, soit que les souvenirs des anciens barons insitirassent encore au Roi quelque méfiance de leurs descendants. Quelques-uns en effet se rangeaient parmi les mécontents, et ceux-là seuls étaient accrédités dans le pays. On continua d'humilier, dans l'occasion, les simples gentilshommes devant les grands seigneurs; mais il fallut chercher ailleurs une corporation qui, déjà forte par elîe-mème, eût i)0urtant beaucoup à recevoir de la couronne, et pût, en le partageant, servir de soutien au pouvoir absolu. Depuis longtemps le clergé anglican sollicitait cette mission; il fut appelé à la remplir.

Émanée, à son origine, de la seule volonté du sou-

avoir désobéi h cette injonction. (Rushwortb, part. Il, 1. 1, p. 288 et suiv.)

' Un nommé Grenville fut condamné à 4000 liv. st. (100,000 fr.) d'amende, et autant de dommages-intérêts au profit do lord SulFolk, pour avoir dit de ce dernier que c'était un plat seigneur ( a base lord) ; Tettager à 2000 liv. st. (50,000 fr.) et au fouet , pour avoir tenu le même propos sur le comte de Kinsgton, etc. (llushworth , part. Il, t. II; Appendice, p. 43, 72. — Voyez aussi Clarcndon, i\/c'moir«>«, etc., t. I, p. lOG-108, dans ma Collection.) I. 13

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