ETAT DE L'ÉGLISE ANGLICANE
verain temporel, l'Église anglicane avait, comme on Ta vu, perdu par là toute indé[)cndance ; elle n'avait plus de mission divine, et ne subsistait point par son propre droit. Étrangers au peuple qui ne les élisait point, séparés du pape et de l'Église universelle, jadis leur appui, les évêques et le haut clergé n'étaient que les délégués du prince, ses premiers serviteurs : situation fausse pour un corps chargé de représenter ce qu'il y a de plus indépendant et de plus élevé dans l'homme, la foi. De bonne heure, l'Éghse anglicane avait senti ce vice de sa nature; mais ses périls et la main redoutable de Henri YIII et d'Éhsabcth ne lui avaient pas permis de rien faire pour y échapper. Attaquée à la fois par les catholiques et par les non-conformistes, encore chancelante dans ses possessions comme dans ses doctrines, elle se voua sans réserve au service du pouvoir temporel, professant sa propre dépendance, et acceptant la suprématie absolue du trône, qui pouvait seul alors la sauver de ses ennemis.
Vers la fin du règne dÉhsabeth, quelques symptômes faibles et isolés annoncèrent, de la part du clergé anglican, des prétentions un peu plus fières. Le docteur Bancroft, chapelain de l'archevêque de Cantorbéry, soutint que Tépiscopat n'était point d'institution humaine, que tel avait été, depuis les apôtres, le gouvernement de l'Éghse, et que les évêques tenaient leurs droits, non du souverain temporel, mais de Dieu seul '.
1 Dans un sermon prêché le 12 janvier 1588. Neal , Hist. of the Pw^., 1. 1, p. 395.
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Ce clergé nouveau coînmcnçait à se croire pins affermi, et tentait un premier pas vers son affranchissement; mais la tentative, hasardée avec crainte, fut repoussée avec hauteur : Elisabeth revendiqua la plénitude de sa suprématie spirituelle, répétant aux évêques qu'ils n'étaient rien que par sa volonté; et l'archevêque de Cantorbéry lui-même se contenta de dire qu'il souhaitait que le docteur eût raison, mais n'osait s'en flatter*. Le peuple se prononça vivement pour la Reine; il ne soni^eait qu'à pousser plus loin la réforme, et n'ignorait pas que, si les évoques aspiraient à l'indépendance, ce n'était point pour affranciiir la foi de l'autorité temporelle, mais pour l'opprimer en leur propre nom.
Rien ne se décida sous Jacques 1"; égoïste et rusé, peu lui importait d'aggraver le mal, pourvu qu'il éludât le péril. Il maintint sa su[)rématie, mais en accordant aux évêques tant de faveur, en prenant tant de soin pour affermir leur empire, en traitant si rudement leurs ennemis, (pie leur confiance et leur force s'accrurent de jour en jour. Ardents à proclamer le droit divin du trône, bientôt ils parlèrent souventdu leur : ce que Bancroft avait timidement insinué devint une opinion professée par tout le haut clergé, soutenue dans de nombreux écrits, prèchée au sein des églises. Bancroft lui-même tut nonnné archevêque de Cantorbéry -. Cliaque fois (pic le Roi faisait parade de sa prérogative, le clergé s'incli-
« Ncal , Ilist. of the Purit.. p. 397. > En di^cembre 1004.
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naît avec respect; mais après ces actes d'hiiinilité momentanée, il reprenait ses prétentions, s'en armant surtout contre le peuple, pour s'en faire excuser auprès du Roi, se dévouant de plus en plus à la cause de la royauté absolue, et attendant le jour oij il lui serait si nécessaire qu'elle se verrait contrainte de reconnaître son indépendance pour s'assurer son appui.
Quand Cliarles, brouillé avec le Parlement, fut seul au milieu de son royaume, cherchant de tous côtés des moyens de gouverner, le clergé anglican jugea que ce jour était venu. 11 avait recouvré d'immenses richesses et les possédait sans débat. Les papistes ne lui inspiraient plus d'alarmes. Le primat de l'Église, Laud, avait toute la confiance du Roi, et dirigeait seul les affaires ecclésiastiques. Parmi les ministres, aucun ne faisait profession, comme lord Burleigh sous Elisabeth, de redouter et de combattre les empiétements du clergé. La cour était indifférente ou papiste en secret. Des hommes savants illustraient l'Éghse. Les universités, surtout celle d'Oxford, étaient dévouées à ses maximes. Un seul adversaire restait, le peuple, chaque jour plus mécontent d'une réforme incomplète, et plus ardent à la consommer. Mais cet adversaire de l'ÉgUse était celui du trône ; il réclamait en même temps, et pour garan tir l'une par l'autre, la foi évangélique et la hberté. Un même péril menaçait la souveraineté de la couronne et telle de l'épiscopat. Le Roi, sincèrement pieux, se montrait disposé à croire qu'il n'était pas seul à tenir de Diea 6on pouvoir, et que celui des évêgues n'était ni de moins
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haute origine, ni d'un caractère moins sacré. Jamais tant de circonstances favorables n'avaient paru se réunir pour mettre le clergé en état de conquérir sur la couronne son indépendance, sur le peuple la domination. Laud se mit à l'œiîvre avec sa violence accoutumée. II fallait d'abord faire cesser, au sein de l'Église, toute dissidence et donner à sa doctrine, à sa discipline, à son culte, la force de la plus stricte uniformité. Rien ne lui coûta pour ce dessein. Le pouvoir fut exclusivement concentré aux mains des évêques. La cour de haute commission, où ils connaissaient et décidaient de tout en matières religieuses, devint chaque jour plus arbitraire et plus dure dans sa compétence, ses formes, les peines qu'elle infligeait. La complète adoption des canons anghcans et l'observation minutieuse de lahturgie ou des rites en vigueur dans les cathédrales furent rigoureusement exigées de tous les ecclésiastiques. Les non-conformistes occupaient de nombreuses cures ; on les leur retira. Le peuple se pressait à leurs sermons; la prédication leur fut interdite '. Chassés de leurs églises, privés de leurs revenus, ils voyageaient de ville en ville, enseignant et prêchant les fidèles qui, dans une auberge, une maison particulière, un champ, se rassemblaient autour d'eux ; la persécution les suivit et les atteignit partout. Dans la noblesse de province, dans la bourgeoisie, des familles riches et dévouées à leurs croyances les prenaient pour chapelains ou pour gou-
I Neal , Ilist. vfihePurit., t. II, p. 179 et suit