ÉTAT DE L'ÉGLISE ANGLICANE
veineurs de leurs enfants; la persécution pénétra dan« les familles, et en chassa les chapelains et les gouverneurs de leur choix'. Les proscrits quittaient l'Angleterre; ils allaient en France, en Hollande, en Allemagne, fonder des Églises selon leur foi ; le despotisme passa les mers, et somma ces Églises de se conformer au rite anglican*. Des manufacturiers français, hollandais, allemands, avaient porté en Angleterre leur industrie, et obtenu des chartes qui leur assuraient le libre exercice de leur culte national; ces chartes leur furent retirées, et la plupart d'entre eux abandonnèrent leur nouvelle patrie : le seul diocèse de Norwich perdit trois mille de ces hôtes laborieux ^ Ainsi dépouillés de tout asile comme de toute fonction, cachés ou fugitifs, les non-conformistes écrivaient encore pour défendre ou propager leurs doctrines; la censure interdit les livres nouveaux, rechercha et supprima les livres anciens *. n fut même absolument défendu de traiter, soit en chaire, soit ailleurs, les questions dont les esprits étaient le plus vivement agités ^ ; car la querelle était générale et profonde, sur les dogmes comme sur la
* Neal, Hist. ofihe Purit., t. II, p. 179 et suiv
* Ibid., p. 205.
* Rushworth, part. II, t. I , p. 272. — May, Hist. du Long ParL^ t. I, p. 161, dans ma Collection. — Neal, Hist. ofthePurit.^ t. II, p. 232.
* Décret de la Chambre étoilée, du 11 juillet 1637. Rushworth, part. Il, t. II. Appendice, p. 306- — Neal, Hist. of the Purit.^ t. Il, p. 165.
t Haal, Hist. ofihe Purit., t. II, p . 1 63.
SOTTS riTARLES T". 100
discipline, sur les mystères de la destinée humaine commo sur les convenance? ^n culte pul>lic; et rÉglise aiiizlicane ne voulait ni tolérer la dissidence des cérémonies, ni admettre le débat des opinions. Le peuple se lamentait de ne plus entendre parler ni les hommes qui lui étaient chers, ni des choses qui préoccupaient sa pensée. Pour calmer ses alarmes, pour ne pas se séparer de leur troupeau, modérés ou timides, des ministres non-conformistes offraient de se soumettre en partie, réclamant à leur tour quelques concessions, comme de ne jias porter le surplis, de ne pas donner à la table de la communion la forme ou la place d'un autel. On leur répondait, tantôt que les pratiques exigées étaient importantes, qu'il fallait obéir, tantôt qu'elles étaient insignifiantes, qu'il convenait de céder. Poussés à bout, ils résistaient absolument, et l'insulte les attendaient devant les cours ecclésiastiques, aussi bien que la condamnation. Un tutoiement injurieux, les noms de foua, d'idiots, d'impudenls, de drôles, l'ordre de se taire dès qu'ils ouvraient la bouche pour se défendre ou s'excuser, tel était le traitement qu'ils recevaient des évoques ou des juges'. Renonçaient-ils à prêcher, à écrire, à paraître, la tyrannie ne renonçait point à les poursuivre : elle avait contre eux des obstinations et des ralfincments qu'aucune prudence n'eût su prévoir, qu'aucune faiblesse ne pouvait détourner. M. Workman,
1 Rushworth, part. II, t. I, p. 233-240.— Ncal, Hist. ofthePuriL» t. I, p. 256, dans la note ; p 352.