‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 52 sur 144 · DES PURITAINS · texte numérisé non relu

DES PURITAINS

écarta ses cheveux, et mit à découvert ses oreilles mntilécs. « Milords, dit Prynne, que vos seigneuries ne s'of- « lensent point; je ne demande à Dieu que de vous « donner des oreilles pour m'écouter *. »

Ils furent condamnés au pilori, à perdre les oreilles, à oOOO livres st. d'amende, et à un emprisonnement perpétuel. Le jour de l'exécution', une foule immense se pressait sur la place; le bourreau voulut l'écarter: « Ne les repoussez pas, dit Burton, il faut qu'ils appren- « ncnt à souffrir. » Et le bourreau troublé n'insista point *. « Mon cher monsieur, dit à Burton une femme, « ceci est le meilleur sermon que vous ayez jamais « prêché. » — «Je l'espère, répondit-il, et Dieu veuille « qu'il convertisse les assistants *. » Un jeune homme pâlit en le regardant : « Mon fds, lui dit Burton, pour- « {juoi es-tu pâle? mon cœur n"est point faible, et si « j'avais besoin de plus de force, Dieu ne m'en laisse- 0 rait pas manquer ^ » De moment en moment, la foule "se serrait de plus près autour des condanmcs. Quelqu'un donna ùBalswick un bouquet, une abeille vint s'y poser; « Voyez, dit-il, cette pauvre abeille; sur le pilori même « elle vient sucer le miel des fleurs; et moi donc, pour- « quoi n'y pourrais-je pas goûter le miel de Jésas-

» State-TrialsA. HI, col. 711-717.

« Le 30 juin lt)37.

» State-Triah, t. III, col. 7ôl.

» Ihid.j col. 753. •

» Ihid., col. 752.

I Charles i". 13

218 PERSÉCUTION DES PTIRITAINS.

« Christ'?» — «Chrétiens, dit Prynne, si nous avions a fait cas de notre propre liberté, nous ne serions pas a ici; c'est pour votre liberté à tous que nous avons c( compromis la nôtre : gardez-la bien, je vous en con- « jure. Tenez ferme, soyez fidèles à la cause de Dieu et « du pays; autrement vous tomberez, vous et vos « enfants, dans une éternelle servitude *. » Et la place retentit de solennelles acclamations.

Quelques mois après', les mêmes scènes se renouvelèrent autour de l'échafaud oii, pour la même cause, Lilburne subit un traitement aussi cruel. L'exaltation du condamné et du peuple parut même plus ardente Lié derrière une charrette et fouetté par le bourreau à travers les rues de Westminster, Lilburne ne cessa d'exhorter la multitude qui se précipitait sur ses pas. Attaché au pilori, il continua de parler ; on lui enjoignit de se taire, mais en vain : on le bâillonna. Tirant alors des pamphlets de ses poches, il en jeta au peuple, qui s'en saisit avidement; on lui garrottâtes mains. Immobile et silencieux, la foule qui l'avait écouté demem'a pour le regarder. Quelques-uns de ses juges étaient à une fenêtre, comme curieux de voir jusqu'où irait sa persévérance : elle lassa leur curiosité *.

* State-Triah, t. III, col. 751.

» Ibid., col. 748.

S iel8 avril 1638.

♦ State-Triah, t. III, col. 1315 et suiv. — Éclaircissements ti pièces historiques ajoutés a\xs. Mémoires de Hollis^ p. 279-283, dans ma Collection.

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