RÉUNIT (13 AVRIL
lance ses représentations. De longues discussions s'élevèrent à ce sujet, mais sans violence, (juoique les séances fussent suivies avec une ardente assiduité et se prolongeassent beaucoup plus tard que de coutume '. Quelques paroles amères, échappées à des membres peu connus, furent aussitôt réprimées, et les discours de plusieurs serviteurs de la couronne, d'ailleurs estimés, obtinrent un favorable accueil*. Mais la Chambre se montra fermement résolue à faire passer les griefs avant les subsides. En vain on lui dit que la guerre pressait; elle se souciait peu de la guerre, quoique sans l'avouer hautement, par égard pour le Roi. Charles recourut à l'intervention de la Chambre des Pairs. Ils votèrent qu'à leur avis les subsides devaient précéder les griefs, et demandèrent une conférence aux Communes pour les exhorter à procéder ainsi ^ Les Communes acceptèrent la conférence, mais votèrent à leur tour, en rentrant dans leur chambre, que la délibération des Pairs portait atteinte à leurs privilèges, car ils n'avaient nul droit de s'occuper des subsides avant qu'elles les eussent réglés*. Les nommes de parti, Pym, Hanipden,Saint-Jolni, s'emparèrent de cet incident pour échaulfer la Chambre, dont les intentions étaient plus modérées que ne le compor-
» Clarcndon, Hist. oftherebclL. t. I, p. 2-27-233.
» Ihid., p. 229, 234, 23lJ.
3 Pari. Hist., t. Il, col. 5G0.— Clarendon, Ilist. of the rcbelL, t. I, p. 230 et suiv.
* Parliam. Hist., col. 563. — Clarendon, Hist. ofthe rehciL, t. i, p. 231.
i CUAIlLIiS 1". 14
ii2 LE PARLEMENT
taienl ses principes et sa situation. Elle s'agitait avec impatience, contenant sa force, mais décidée à maintenir son droit. Le temps s'écoulait; le Roi se laissait dire que ce Parlement serait aussi intraitable que ses prédécesseurs. Déjà irrité, il emoya à la Chambre un message portant que, si l'on voulait lui accorder douze subsides, payables en trois ans, il s'engagerait à ne percevoir désormais la taxe des vaisseaux que de l'aveu du Parlement '. La somme parut énorme; c'était plus, disait-on, que tout l'argent du royaume. D'ailleurs il ne suffisait pas que le Roi renonçât à la taxe des vaisseaux; il fallait qu'en principe, pour le passé comme pour l'avenir, son illégitimité fût déclarée. Cependant la Cbambre ne voulait pas rompre avec le Roi; on lui démontra que la valeur de douze subsides ne s'élevait pas, à beaucoup près, aussi haut qu'on lavait dit d'abord; et malgré sa répugnance à suspendre l'examen des griefs, pour prouver saloyauté, elle prit le message en considération. On était sur le point de décider qu'on accorderait des subsides sans en fixer le montant, lorsque le secrétaire d'État, sir Henri Vane, se leva et dit qu'à moins d'admettre le message tout entier, ce n'était pas la peine de délibérer, car le Roi n'accepterait que ce qu'il avait demandé. Le procureur général Herbert confirma l'assertion de Vane ^ La sur* prise et la colère saisirent la Chambre; les plus modérés
* Le4mai 1G40. Parliam. Hist., t. II, col. 570-571 ClarendoD,
F.isl. oflhe rebell., t. I, p. 232 et suiv. » Clarendon, Ilist. of the rebell., t. I, p. 238.
EST DISSOUS (5 mai 1G40). 243
furent frappes de consternation. 11 était tard; on remit le débat au lendemain. Mais ce jour-là, au moment où les Commîmes venaient de s'assembler, le Roi les fit mander à la Chambre haute, et trois semaïucs 'après sa convocation, le Parlement h:t dissous*.
Une heure après la dissolution, Edouard Hyde ', depuis lord Clarendon, rencontra Saint-John, ami de Hampden et Tun des meneurs de l'opposition déjà formée en parti. Hyde était triste ; Saint-John au contraire , d'un visage naturellement sombre et qu'on ne voyait jamais sourire, avait l'air joyeux et les yeux animés : « Qu'est- « ce qui vous trouble?» dit-ilàHyde. — «Ce qui trouble, « lui répondit Hyde, beaucoup d'honnêtes gens: ladis- « solution si imprudente d'un Parlement si sage et qui, « dans la confusion où nous sommes, eût pu seul nous ce porter remède. — Bon ! reprit Saint-John, avant que les « choses aillent mieux, il faut qu'elles aillent encore plus 0 mal; ceParlement n'eût jamaisfait ce qu'il faut faire ^»
Le même jour, dans la soirée , Charles était plein de regrets. On lui avait, dit- il, faussement représenté les dispositions de la Chambre; jamais Vane n'avait reçu de lui l'autorisation de déclarer qu'à moins de douze suLh sides il n'accepterait rien. Le lendemain encore, il s'inquiéta, réunit quelques hommes sages, et leur demanda si la dissolution ne pourrait pas être révoquée. Cette
1 Le 5 mal 1640.
« Né le 16 février 1608, à Dinton dans le Wiltsbire,
« Clarendon, Hist. of the rebelL, t. I, p. 240.