MESURES CONTRE LES CHEFS
mesure fut jugée impossible; et Charles retourna au despotisme, un peu plus troublé, mais aussi léger, aussi haufain qu'avant l'épreuve qu'il venait de tenter pour en sortir*.
L'urgence de la situation parut un moment rendre à ses ministres quelque assurance, à ses mesures quelque succès. Strafford était revenu d'Irlande-, atteint d'ime violente attaque de goutte, menacé d'une pleurésie, hors d'état de se mouvoir ^ Mais il avait obtenu du Parlement irlandais tout ce qu'il avait demandé, subsides, soldats, offres, promesses; et dès qu'il put quitter son lit, il se remit à l'œuvre avec sa vigueur et son dévouement accoutumés. En moins de trois semaines, des contributions volontaires, provoquées par son exemple, versèrent à l'Échiquier près de 300,000 livres sterling; les papistes en fournirent la plus grande part\ On y joignit toutes les vexations en usage, les emprunts forcés, la taxe des vaisseaux, les monopoles; on ouvrit môme l'avis de faire fabriquer des monnaies de bas aloi\ Aux yeux du Roi et de ses serviteurs, la nécessité excusait tout: mais la nécessité n'est jamais la borne de la tyrannie. Charles reprit, contre les membres du Parlement, ses inutiles habitudes de persécution et de
* Clarendon, Hist. oftherehelî., t. l, p. 241. « Le 4 avril 1640.
» Straff'ord'sLetters^ i. II, p. 403.
» Neal, Hist. of thePurit.,t. IL, p. 296.
» May, Hist. duLong Pari., t. I, p. 124, dans ma. Collection.' Whitelocke, p. 31.
vengeance : sir Henri Bellasis et sir John Ilolliam furent emprisonnes pour leurs discours; on fouilla la maison et les papiers de lord Brook; M. Crew fut mis à la Tour pour n'avoir pas voulu livrer les pétitions qu'il avait reçues, durant la session, comme président du comité charge de les examinera On exigea de tous les ecclé' siastiques le serment de ne jamais consentir à aucune altération du gouvernement de TÉglise ; et ce serment se terminait par un et cœtera qui fit sourire avec méfiance et courroux*. Jamais le langage n'avait été plus arrogant ni plus dur : quelques gentilshommes dii comté d'York s'étaient refusés à une réquisition arbitraire; le Conseil voulait les poursuivre : « La seule poursuite à a exercer, dit Strafford, c'est de les faire venir et de les « mettre aux fers ^ » 11 connaissait mieux que nul autre l'étendue du mal; mais la passion étoulîait en lui toute prudence comme toute crainte: on eût dit qu'il s'efforçait de communiquer au Roi, au Conseil, à la cour, cette fièvre qui aveugle l'homme sur ses forces et sur ses dangers. 11 retomba malade et toucha aux portes de la mort; mais son impuissance ne fit qu'accroître l'àprcté de ses
» Parliam. Hist.,t. II, col. 581. — R««hwor(li , part. II, t. II, p. 1196.
• Voici le texie de ce paragraphe : « Je jure... de ne jamais f consentir à aucune altération du gouvernement de cette « Église, tel qu'il est maintenant réglé par des archevcqucu, « évoques, doyens, archidiacres, etc. » (Neal, 7/is(. oflhelurit t. II , p. 302.— Kushworth, part. II, t. II, p. Il8(j.)
» Strafford's Lcltcrs, t. II, p. 409.