L'ANGLETERRE
croyaient combattre leurs frères et leur Dieu^ Arrivés au bord de la Tync^ les Écossais, sans démonstration hostile^ demandèrent la permission de passer. Une sentinelle anglaise fît feu; quelques coups de canon lui répondirent; à peine une action fut engagée; l'armée se dispersa, et Strafford n'en prit le commandement que pour se replier jusqu'à York, laissant les Écossais occuper sans obstacle le pays et les places situées entre cette ville et la frontière des deux royaumes*.
Dès ce moment, Stratford lui-même fut vaincu. En vain il essaya, tantôt par caresses, tantôt par menaces, d'inspirer aux troupes d'autres sentiments; ses avances aux officiers étaient contraintes et dissimulaient mal son mépris ou sa colère; ses rigueurs irritaient les soldats sans les effrayer. Bientôt arrivèrent de plusieurs comtés des pétitions pour supplier le Roi de faire la paix. Les lords Wliarton et Howard se hasardèrent à en présenter une; Strafford les fit arrêter, convoqua un conseil de guerre, et demanda qu'ils fussent fusillés en tête de l'armée comme fauteurs de la révolte. Le conseil gardait le silence : Hamilton le rompit : « Milord, dit-il à « Stratïord, quand le jugement sera rendu, êtes-vous « sûr des soldats? )) Strajîord, comme frappé d'une révélation, détourna la tête en frémissant et ne répondit rien ^ Cependant son indomptable fierté soutenait encore
* Hcylin, Life ofLaud, p. 454.
» Clarendon, Uist. ofthe rehell., t. I, p. 248-250. — Rusliworth, part. Il, t. Il, p. 123C.
• Eurnet, Histoire de mon temps, i. I, p. 56, dans ma Collection.
DEMANDE LA PAIX (septembre 1610). 249
son espérance : « Que le Roi dise un mot, écrivait-il à « Laud, et je ferai sortir d'ici les Écossais plus vite qu'ils a n'y sont entrés; j'en réponds sur ma tète : maisil fau- « drait que l'avis vînt d"un autre que de moi. » Charles en effet l'évitait déjà, redoutant l'énergie de ses conseils. Ce prince était tombé dans un profond découragement. Chaque jour lui apportait quelque nouvelle preuve de son impuissance; l'argent manquait, et nul moyen d'en percevoir ne réussissait plus; les soldats se mutinaient ou désertaient par bandes; le peuple s'agitait partout, impatient du dénoûment qui se laissait pressentir; les correspondances avec les Écossais se renouaient autou? du Roi, dans son camp, jusque dans sa maison. Ceux-ci, toujours prudents dans leurs actes, humbles dans leur langage, ménageaient les comtés qu'ils avaient envahis, comblaient d'égards leurs prisonniers, et renouvelaient en toute occasion leurs protestations de sentiments pacifiques, de fidélité et de dévouement au Roi, sûrs de la victoire et ne demandant que la paix, qui ne pouvait manquer de la consacrer. Au mot de paix commençait à s'unir celui de Parlement. A ce nom, Charles, saisi de crainte, imagina ', on ne sait par quel avis, de convoquer à York le grand Conseil des pairs du royaume, assemblée féodale depuis quatre siècles tombée en dé' suétude, mais qui jadis, au temps de la faiblesse des communes, avait souvent partagé seule le pouvoir souverain. Sans bien savoir ce qu'était ni ce que pourrait
» Le 7 seplenibrc 1019; Ruslnvortb, part. II, i. II, p. 1257.