‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 72 sur 144 · ACCUSATION DE STRAFFORD · texte numérisé non relu

ACCUSATION DE STRAFFORD

— « Je ne puis, lui répondit le Roi, me passer ici de vo3 « conseils; aussi vrai que je suis Roi d'Angleterre, vous « ne courez aucun danger ; ils ne touclieront pas un « cheveu de votre tète \ » Strafford balançait encore; mais sur une seconde inviîation, bravant l'orage puisqu'il fallait le subir, il partit, résolu d'accuser lui-même, devant la Chambre haute, et sur des preuves récemment recueillies, les principaux chefs des Communes, pour avoir provoqué et soutenu Finvasion des Écossais. Informés du coup qu'il leur voulait porter, Pym et ses amis frappèrent les premiers. Le 9 novembre, Strafford arriva à Londres; le 10, la fatigue et la fièvre le retinrent dans son lit; le II, la Chambre des Communes fit fermer ses portes, et, sur la motion de Pym, l'accusa de haute trahison. Lord Falkland seul, bien qu'ennemi de Strafford, dit qu'un délai et quelque examen lui seuiblaicnt exigés par la justice et la dignité de la Chambre, (y Le moindre retard peut tout perdre, répon- « dit Pym : si le comte s'entretient une seide fois avec « le Roi, le Parlement sera dissous ; d'ailleurs la Cham- « bre ne fait qu'accuser et ne jugera point. » Et il sortit aus?itôt suivi d'un comité, pour aller porter l'accusation à la Cliambre des Lords '. Strafford étaiten ce moment chez le Roi. Au premier

» Whitelocke, p. 36. On serait tenté de croire que M. Lingard (Hiit. of England, t. X, p. 107) n"a pas connu ce passage, car il dit que les amis seuls de Strafford lui conseillèrent de ne pas se rendre à Lond/es, mais que pour lui il n'iiésita pas un moment

« Slate-Trials,t. III, col. 1383, dans la note.

ET DE LAUD (xovEMBRE-DÉCEMnRK 1640). 258

avis il se rend en toute hâte à la Chambre haute^ oîi Pyni l'avait devancé. II trouve la porte fermée, frappe rudement, et tançant avec colère l'huissier qui hésitait à lui ouvrir, il traversait la salle pour aller prendre sa place, lorsque plusieurs voix lui criè-rcnt de se retirer. Le comte s'arrêta, regarda autour de lui, et obéit, après quelques secondes d'hésitation. Rappelé une heure a|)rès, on lui enjoignit de se mettre à genoux, à la barre; là il apprit que la Chambre avait admis l'accusation des Communes, et décidé, sur leur demande^ qu'il serait détenu à la Tour. Il voulut parler, mais la Chambre refusa de l'entendre, et l'ordre d'emprisonnement fut aussitôt exécuté '.

A Taccusation de StratTord succéda presque immédiatement celle de Laud, moins redouté, mais, encore plus odieux. Fanatique aussi sincère que dur, sa conscience ne lui reprochait rien, et il s'étonna de la poursuite : « Nul membre des Communes, dit-il, ne pouvait, « au fond du cœur, le croire coupable de trahison. » iLe comte d'Essex releva rudement ces paroles, comme outrageantes poiu- les Communes qui l'accusaient. Laud s'excusa avec surprise, et demanda à être traité selon les anciens usages du Parlement. Lord Say s'indigna qu'il prétendît leur prescrire comment ils devaient procéder. L'archevê(iiie troublé se tut, incapalile de comprendre une autre i)a?sion que la sienne, et de se soutenir qu'il eût jamais parlé de la sorte à ses ennemis*.

I State-Triah, t. III, col. 1381, dans la note.

» Le 18 décembre liMO. Slate-Trials,i. IV. col. 319.

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Deux autres ministres, lord Fincli, garde du sceau, et le secrétaire d'État Windebank, n'avaient pas eu moins de part à la tyrannie ; mais l'un, courtisan rusé, avait pressenti ce qui se préparait, et depuis trois mois s'était appliqué, aux dépens de son maître, à gagner l'indulgence des chefs du parti; l'autre, homme faible et d'un esprit médiocre, n'inspirait ni haine ni crainte. La Chambre des Communes les accusa pourtant, mais sans colère, et comme pour satisfaire au cri public. Windcbank prit la fuite. Lord Finch obtint la permission de paraître devant la Chambre, et y débita, humblement et avec grâce, une plate apologie '. Le parti lui en sut gré, comme du premier hommage rendu par un ministre h son pouvoir. On lui laissa le temps de passer la mer. Plusieurs membres s'étonnèrent d'une justice si inégale; mais Pym et Hampden, meneurs habiles, ne voulaient pas décourager la bassesse^. Quelques accusations contre deux évêques, des théologiens et six juges, furent encore intentées. Celle de Strafîord seul fut poursuivie avec ardeur. Un comité secret, investi de pouvoirs immenses, eut mission de scruter toute sa vie, et de rechercher dans ses paroles comme dans ses actes, même dans les avis qu'il avait pu donner, que le Pioi les eût ou non adoptés, les preuves de la haute trahison \

* Le 21 décembre 1640.

• Parliam.Hist., t. II, col. 686. — Clarendon, Hist. oftherelelL, i. II, p. 15-17. — May, Hist. du Long Pari., t. I, p. 167-172, daua ma Collection. — Whitelocke, p. 38.

» Clarendon. Hist. ofthe relelL, t. II, p. 42.

STRAFFORD, DE LAUD, ETC. 2(jl

Vn comité semblable, formé en Irlande, servit d'auxiliaire à celui des Communes. Les Écossais s'y joignirent par une déclaration virulente, laissant entrevoir que leur armée ne sortirait pas du royaume tant que justice ne serait pas faite de leur plus cruel ennemi. Au gré de la liaine et des terreurs populaires, ce n'était pas trop de trois peuples ligués de la sorte contre un homme en prison'.

Ainsi délivrée de ses adversaires, et préparant, contre le seul qu'elle redoutât, une éclatante vengeance, la Chambre prit possession du gouvernement. Elle vota des subsides, mais faibles, et seulement pour fournir aux nécessités de chaque jour^ Des commissaires pris dans son sein, et nommés par le bill même, en eurent seuls l'administration et l'emploi. Les droits de douane ne furent également votés que pour deux mois; on les renouvelait successivement 3. U fallait, pour suffire aux dépenses, des revenus plus considérables et plus prompts. La Chambre emprunta, mais en son nom, à ses partisans dans la cité, même à ses membres, et sur la seule foi de ses promesses : ainsi naquit le crédit public*. Le Roi pressait le licenciement des deux armées, surtout des Écossais, se prévalant avec avantage du far-

* Clarendon, Hist. of the rebell.j t. II, p. 80. Le procès de Strafford forme le 8" volume de la Collection de Rusliwortii ; j'y renvoie une fois pour toutes.

2 Parliam. Hist., t. II, col. 701.

» Clarendon, Iliat. of llie rddL, t. II, p. GO.

*I6K?.,p.GG.

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