‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 78 sur 144 · NÉGOCIATIONS ENTRE · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS ENTRE

propositions directes et précises. Pym devait être chani:elierde l'Échiquier, Hampden gouverneur du prince de Galles, HoUis secrétaire d'État; Saint-John fut mémo nommé sans retard procureur général de la couronne. Le ministère devait avoir pour chef le comte de Bedford avec le titre de grand trésorier. Les hommes qui occupaient ces charges avaient offert ou déjà donné leur démission K

Mais pendant ces négociations suivies des deux paris avec peu d'espoir, et peut-être aussi sans vif désir du succès, d'autres propositions parvinrent au Roi, bien plus propres à lui plaire. Quelque mécontentement s'était répandu dans l'armée ; plusieurs officiers, membres des Communes, l'avaient même hautement témoigné. « S'il suffit aux Écossais, dit un jour l'un d'eux à la « Chambre, de demander de l'argent pour l'obtenir, les a soldats anglais sauront bien en faire autant -. » Le bruit de cette humeur parvint bientôt aux oreilles de la Reine; Henri Jermyn, son favori, se lia avec les mécontents ; par son entremise, elle les reçut à Whitehall, déplora avec eux leur situation, la même et pourtant bien moins périlleuse que celle du Roi. Vive, caressante, plaçant en eux seuls son espérance, elle eut peu de peine à leur persuader qu'ils tenaient entre leurs mains le sort de l'État. Des conférences secrètes s'étabhrent; des plans

I Clarendon, Hisi. of the rebell., t. II, p. 73 et suiv. — ^Wbife» ocke, p. 39. — Sidney's PoM'u'i!. t. II, p.6C4-66G. « Whitelûcke, p. 44.

LE ROI ET LE PARLEMENT U641). 'Hi

de toute sorte y furent produits. Les uns voulaient que l'armée marchât sur Londres,, et sans plus attendre, tirât le Roi de servitude ; d'autres, plus sages, proposaient seulement qu'elle adressât aux Chambres une pétition pour exprimer son dévouement au Roi, à l'Église, déclarer qu'à son a\is la réforme de l'État était accomplie, et demander qu'on mît un terme aux innovalions. Il fut aussi question de secours étrangers, de levées en Portugal, en France; propos frivoles et sans résultat, mais hasardés avec confiance par des hommes légers, ou qui sortaient de table, ou plus occupés de se faire valoir que de réussir. A ces entretiens correspondaient, dans l'armée même, quelques menées plus actives qu'efficaces; les mécontents allaient et venaient du camp à Londres; de petits écrits circulaient dans les cantonnements. Le Roi lui-même eut enfin une entrevue avec Percy, frère du comte de Northumberland et l'un des conjurés ; il Tcpoussa, de l'avis de Percy, tout dessein violent, toute tentative d'amener l'armée à Londres; mais un projet de pétition lui fut soumis, aussi menaçant pour le Parlement que Tétaient, pour la couronne et l'Église, celles que les Chambres recevaient chaque jour. Il l'approuva, et, pour donner crédit aux meneurs de l'entreprise, se laissa persuader d'y apposer de sa main, en signe d'assentiment, les lettres initiales de son nom '. Le complot continua sans avancer; la pélilion ne fut

1 May, Ilist. du Long Pari., t. I, p. 189, dans ma Collection.— ClaiL'iidon. Uist. of ilic rebell., t. II, p. l:j-2etsuiv. — WLiiclockCi p, 43-44.— Rushworth,jpart. 3, t. I, p. 2bi-ibl.

point présentée : mais rien n'échappe à la méfiance d'un peuple, et elle tient les desseins pour des actes, les paroles pour des desseins. Sur les places, dans les tavernes, une foule d'espions volontaires avaient recueilli les imprudents propos des officiers. Pym, chargé de la police du parti, en fut bientôt informé. Peu après, la trahison lui en apprit davantage : Goring, l'un des conjurés, vint tout révéler au comte de Bedford. Rien n'avait été fait; mais le Koi s'était laissé proposer tout ce qu'on pouvait craindre. Les chefs des Communes gardèrent le silence sur leur découverte, attendant, Dour la mettre à profit, quelque grande occasion ' ; ils ne rompirent même pas les négociations, toujours suivies au nom du Roi, pour leur entrée au ministère. Mais, dès ce jour, toute hésitation disparut de leurs conseils; ils s'allièrent étroitement avec les presbytériens fanatiques, seul parti dont l'appui fût sûr et le dévouement inépuisable, car il avait seul des principes fixes, des passions ardentes, une révolution à faire et des forces populaires pour l'accomplir. En même temps la perte

* M. Brodie nie ce fait {Hist. ofthe British Empire, etc., t. III, p. 109 et suiv.,dansla note), et pense que le complot ne fut révélé par Goring que dans le courant du mois d'avril 1641. C'est en effet ce que semblent indiquer les dispositions et interrogatoires publiés dans la Cvllection de Husbands (p. 195 et suiv.). Mais un examen attentif de toute cette intrigue, et le rapprochement des différents passages indiqués dans la note précédente, prouvent, a mon avis, que les réunions des officiers avaient eu lieu dès ie commencement de l'hiver de 16^' et que Pym et ses amis en avaient eu vcni dès les premiers jours du mois de mars. C'ost

de Strafford fui irrévocablement résolue; son procès commença \

La Chambre des Communes tout entière y voulut assister, pour soutenir l'accusation de sa présence. Avec lus Communes d'Angleterre siégeaient les commissaires d'Ecosse et d'Irlande, également accusateurs. Quatrevingts pairs étaient présents comme juges; lesévêques, d'après le vœu violemment exprimé des Communes, s'étaient récusés, comme dans tout procès de vie et de mort. Au-dessus des pairs, dans une tribune fermée, prirentplace le Roi et la Ruine, avides de tout voir, mais cacliant, l'un son angoisse, lautre sa curiosité. Dans dus galeries et sur des gradins plus élevés se pressaient une foule de spectateurs, hommes, femmes, presque tous de haut rang, émus d'avance par la pompe du spectacle, la grandeur de la cause et l'attente qu'excitait le caréiclère connu de l'accusé -.

Conduit par eau de la Tour à Westminster, il traversa, sans trouble ni insulte, la multitude assemblée aux portes : en dépit de la haine, sa grandeur si récente, son uiainliun, la terreur môme naguère attachée à son nom, comnianilaieut encore le respect. A mesure qu'il passait, le corps un peu courbé avant làge par la mala-

aussi l'opinion de M. Lingard [Hist. of England, t. X , p. 128, note 27).

» Le 22 mars 1641.

2 May, Hist. du Long Pari., t. I, p. 178, et les Eclaircissementi hùtvriqueSj p. 413, dans ma Collection. — State-Trials, t. III, col. 1411.-Rushworth, t. VIII.

276 PROCÈS DE STRAFFOKD

die, mais le regard brillant et, fier comme dans la jeunesse, la foule s'écartait, tous étaient leur chapeau, et il saluait avec courtoisie, regardant cette attitude du peuple comme de bon augure K L'espérance ne lui manquait point : il dédaignait ses adversaires, avait bien étudié les charges, et ne doutait pas qu'il ne réussît à se laver du crime de haute trahison. L'accusation des Irlandais l'avait seule étonné un moment : il ne pouvait comprendre qu'un royaume, jusque-là si soumis, si empressé même à le flatter et le servir, eût ainsi changé tout à coup.

"^ Dès le second jour, un incident lui fit voir qu'il avait mal jugé de sa situation, et quelles seraient les difficultés de sa défense : « J'espère, dit-il, que je repoussea rai sans peine les imputations de mes malicieux a ennemis. » A ces mots Pym, qui dirigeait la poursuite, se récria avec emportement : « C'était, dit-il, aux Com- « munes que s'adressait cette injure, et il y avait crime a à les taxer ainsi de mahcieuse inimitié. » Strafford troublé tomba à genoux, s'excusa, et dès ce moment, parfaitement calme et maître de lui-même, il ne laissa échapper aucun signe de colère ou seulement d'impatience, aucune parole qu'on pût tourner contre lui -.

Pendant dix-sept jours, il discuta seul, contre treize accusateurs qui se relevaient tour à tour, les faits qui lui étaient imputés. Un grand nombre furent prouvés

1 State-Triah,t. III, col. 1417.

s Ibid.t. in, col. 1120.

(MARS-MAI l»;-!!). Ttl

invinciblcincnt, pleins d'iniquité et de tyrannie. Mais l'aulrcs, follement exagérés ou aveuglément accueillis )ar la haine, furent faciles à repousser, et aucun ne rentrait, à \rai dire, dans la définition légale de la haute trahison. Strafford mit tous ses soins à les dépouiller de ce caractère, parlant noblement de ses imperfections, de ses faiblesses, opposant à la violence de ses adversaires une dignité modeste, faisant ressortir, sans injure, l'illégalité passionnée de leurs procédés. D'odieuses entraves gênaient sa défense; ses conseils, obtenus à grand'peine et malgré les Communes, n'étaient i)oint admis à parler sur les faits ni à interroger les témoins; la permission de citer des témoins à décharge ne lui avait été accordée que trois jours avant l'ouverture des débals, et la plupart étaient en Irlande. Dans ciiaque occasion, il réclamait son droit, remerciait ses juges s'ils consentaient à le reconnaître, ne se plaignait point de leurs refus, et répondait simplement à ses ennemis qui se courrouçaient des lenteurs suscitées par son habile résistance : « Il m'appartient, je crois, de « défendre ma vie, aussi l)ien ([u'ù tout autre de Tatta- « quer. »

Tant d'énergie embarrassait et humiliait les accusateurs. Deux fois les Communes sommèrent les Lords de mener jilus vite un procès qui leur faisait perdre, ilisaient-elles, un temps précieux pour le i)ays K Les lords refusèrent; le succès de l'accusé leur rendait

1 Les 25 mars et 9 avril IGII. Parliam. Ilist., t. II, col. 743. l Chaules i". Ig

quelque énergie. Le débat des faits terminé, avant que les conseils de Strafford eussent ouvert la bouche et qu'il eût lui-même résumé sa défense, le comité d'accu- Bation se sentit vaincu, du moins quant à la preuve de la haute trahison. L'agitation des Communes devint extrême ; à la faveur du texte de la loi et de son fatal génie, un grand coupable allait donc échapper, et la réforme, à peine commencée, retrouverait son plus dangereux ennemi. Un coup d'État fut résolu. Sir Arthur Haslerig, homme dur et grossièrement passionné, proposa de déclarer Strafford coupable et de le condamner par acte du Parlement'. Ce procédé, qui affranchissait les juges de toute loi, n'était pas sans exem[)le, quoique toujours dans des temps de tyrannie et toujours qualifié bientôt après d'iniquité. Quelques notes trouvées dans les papiers du secrétaire d'État Yane , et livrées à Pym par son fils ', furent produites comme supplément de preuve suffisant pour démontrer la haute trahison. Elles imputaient à Strafford d'avoir donné au Roi, en plein Conseil, l'avis d'employer larmée d'Irlande à dompter l'Angleterre. Les paroles qu'elles lui attribuaient, bien que démenties par le témoignage de plusieurs conseillers, et susceptibles d'un sens moins odieux, étaient trop conformes à sa conduite, et aux

» Le 10 avril 1641.

• Il s'appelait Henri Vane comme son père, et était né en 1612i c'est de lui qu'il sera toujours question dans la suite comme l'ua de»- "Uefs du parti indépendant.

(mars-mai 1641) 27?

maximes qu'il avait souvent professées, pojir ne pas I)rodiiirc une vive impression sur les esprits. Le bilt obtint sur-le-champ une première lecture. Les uns crurent sacrifier la loi à la justice, d'autres la justice à la nécessité.

En même temps le procès continuait, car on ne voulait perdre, contre l'accusé, aucune chance, ni que le péril du coup d'État l'affranchît de celui du juprement léiral. Avant que ses conseils prissent la parole pour traiter la question de droit, Strafford résuma sa défense*; il parla longtemps et avec une merveilleuse éloquence, toujours appliqué à prouver que, par aucune loi, aucun de ses actes n'était qualifié de haute traliison. La conviction grandissait de moment en moment dans lame de ses juges, et il en suivait habilement les progrès, adaptant ses paroles aux impressions qu'il voyait naître, profondément ému, mais sans que l'émotion lempèchàt d'observer et d'apercevoir ce qui se passait autour de lui: « Milords, dit-il en finissant, ces messieurs disent « qu'ils parlent pour le salut de la république contre « ma tyrannie arbitraire; permettez-moi de dire que « je parle pour le salut de la république contre leur 0 trahison arbitraire. Nous vivons à l'ombre des lois ; « faudra-t-il que nous mourions par des lois qui n'exis- 0 tent point? Vos ancêtres ont soigneusement enchaîné, « dans les bons de nos statuts, ces lerril)ies accusations • de haute trahison : ne rt^cherchcz pas Ihonneur dèlre

« Le 13 avril 1G41.

-^80 PROCÈS DE STKAFFORD

« plus savants et plus habiles dans l'art de tuer. Ne « vous armez pas de quelques sanglants exemples; « n'allez pas, en fouillant de vieux registres rongés des « vers et oubliés le long des murs, réveiller ces lions « endormis, car ils pourraient un jour vous mettre « aussi en pièces, vous et vos enfants. Quant à moi, « pauvre créature que je suis , n'était l'intérêt de vos a seigneuries, et aussi celui de ces gages sacrés que m'a « laissés une sainte maintenant au ciel... (à ces mots il « s'arrêta, fondit en larmes, et relevant aussitôt la « tête. . .) je ne prendrais pas tant de peine pour défendre « ce corps qui tombe en ruine, et déjà chargé de tant « d'infirmités qu'en vérité j'ai peu de plaisir à en porter « le poids plus longtemps. » Il s'arrêta de nouveau comme à la recherche d'une idée : « Milords, reprit-il, a il me semble que j'avais encore quelque chose à vous « dire; mais ma force et ma voix défaillent; je remets a humblement mon sort en vos mains; quel que « soit votre arrêt, qu'il m'apporte la vie ou la mort, « je l'accepte d'avance librement ; te Deum lauda* a mus. »

L'auditoire demeura saisi d'attendrissement et d'admiration. Pym voulut répondre; Strafford le regarda; la menace éclatait dans limmobilité de son maintien; «a lèvre pâle et avancée portait l'expression d'un dédain passionné; Pym troublé s'arrêta ; ses mains tremblaient, et il cherchait, sans le trouver, un papier placé devant ses yeux. C'était sa réponse qu'il avait préparée, et qu'il lut sans que personne l'écoutât, se hâtant lui-même de

(MAIIS-MAI 1641}. 881

finir un discours étranger aux sentiments de l'assemblée, et qu'il avait peine à prononcer *.

Le trouble passe, la colère demeure ; celle de Pym et de ses amis fut au comble; ils pressèrent la seconde lecture du bill à'altamder -. En vain Selden, le plus ancien et le plus illustre des défenseurs de la liberté, Holborne, l'un des avocats de Hampden dans l'affaire de la taxe des vaisseaux, et plusieurs autres, le combattirent ', C'était maintenant l'unique ressource du parti, car il voyait bien que les Lords ne condamneraient point Strafford comme juges et au nom de la loi. Il eût voulu même que le procès fût tout à coup suspendu, qu'on n'entendît point les conseils de Strafford , et tel était l'emportement, qu'il fut question de mandera la barre et de punir «ces avocats insolents qui osaient « défendre un homme que la Chambre déclarait cou- « pable de haute trahison *. » Les Lords repoussèrent CCS propositions furieuses ; les conseils de Strafford furent entendus ; mais les Communes ne leur répondirent point, n'assistèrent même pas à la séance, disant qu'il était au-dessous de leur dignité de lutter contre des avocats *; et quatre jours après, malgré la vive opposition de lord Digby, jusque-là l'un des plus achar-

i State-Trials, t. III, col. 14G9.

« Le 14 avril 1641.

s State-TriahA. III, col. 1469.

• Clarondon, Ilist. of Ihe rcheU., t. II, p. 98.

• Ibi(l.,Y<. loi.

nés accusateurs de Strafford, le bill d'attainder fut déflnitivement adopté K

A cette nouvelle, le Roi désolé ne songea plus qu'à sauver le comte, n'importe à quel prix : « Soyez sur, lui « écrivit-il, sur ma parole de Roi, que vous ne souffrirez « ni dans votre vie, ni dans votre fortune, ni dans votre « honneur. » Tout fut tenté à la fois, avec l'aveugle empressement de la crainte et de la douleur. On essayait, par des concessions et des promesses, d'adoucir les chefs des Communes , on conspirait pour faire évader le prisonnier. Mais les com[jiots nuisaient aux négociations, les négociations aux complots. Le comte de Bedford , qui semblait disposé à quelque complaisance , mourut subitement. Le comte d'Essex répondit à Hyde qui lui parlait de la résistance insurmontable qu'opposerait au bill la conscience du Roi : « Le Roi est obligé de se conc( former, lui et sa conscience, à l'avis et à la conscience « du Parlement *. » On fit otfrir à sir WiUiam Balfour, gouverneur de la Tour, 20,000 livres sterling et v.ne fille de Stratîord pour son fils, s'il voulait se prêter à l'évasion : il s'y refusa. On lui ordonna de recevoir dans la prison, à titre de gardf.„, ôent hommes choisis, commandés par le capitaine Billingsley, officier mécontent; il en informa les Communes. Chaque jour voyait naître et échouer, pour le salut du comte, quelque nouveau dessein. Enfin le Rci, contre l'avis de Stratfordlui-

» Le 21 avril 1641,

» Clarendon, Hist. ofthe relell.,i- H, p- 130.

(mars-mai ICA\). î«?3

même, fit appeler les deux Chambres, et reconnaissan* les fautes du comte, promettant que jamais il ne l'emploierait, fût-ce comme constable, il leur déclara que jamais aussi aucune raison, aucune crainte ne le ferait consentir à sa mort *.

Mais la haine des Communes était inflexible et plus hardie que la douleur du Roi ; elles avaient prévu sa résistance et préparé les moyens de la vaincre. Depuis que le bill d'atlainder avait été porté à la Chambre haute, la multitude s'assemblait chaque jour autour de Westminster, armée d'épées, de couteaux, de bâtons, criant : Justice/ justice/ et menaçant les Lords qui tardaient à prononcer*. Lord Arundel" fut contraint de descendre de voiture, et, chapeau bas, il pria le jjeuple de se retirer, s'engageant à presser l'accomplissement de ses vœux. Cinquante-neuf membres des Communes avaient voté contre le bill; leurs noms furent placardés daus les rues avec ces mots : Voici les Straffordicns, traîtres à leur pays. La chaire retentissait des mêmes menaces; on prêchait, on priait pour le supplice d'un grand délinquant. Les Lords, provoqués par un message du Roi, se plaignirent aux Communes de ces désordres; les Communes ne répondirent point*. Cependant le bill demeurait toujours en suspens. Un coup décisif, jusque-là tenu en réserve, fut résolu : Pym, appelant

I Le 1" mai 1641. Parliam. Hist.. t. II, col. 754. » Ibid., col. 755.— Whitelocke, p. 43.

• Lord Montgomery, selon Whitelocke, ibid. » Le 3 mai 1(541. Parliam. Hist., t. II, col. 778.

la peur à l'aide de la vengeance, vint dénoncer le complot de la cour et des officiers pour soulever l'armée contre le Parlement *. Quelques-uns des prévenus prirent soudain la fuite, ce qui confirma tous les soupçons. (Jne terreur furieuse s'empara de la Cliambre et du peuple. On décréta que les ports seraient fermés, qu'on ouvrirait toutes les lettres venues du dehors *. D'absurdes alarmes révélèrent et accrurent encore le trouble des esprits. Le bruit se répandit dans la Cité^ que la salle des Communes était minée et près de sauter; la milice prit les armes, une foule immense se précipita vers Westminster. Sir W a IterEarl accourut en toute hâte pour en informer la Chambre ; comme il parlait , MM. Middleton et Moyle, remarquables par leur corpulence , se levèrent brusquement pour l'écouter; le plancher craqua: « La Chambre saute! » s'écrièrent plusieurs membres en s'élançant hors de la salle, qui fut aussitôt inondée du peuple ; et des scènes de même nature se renouvelèrent deux fois en huit jours ^. Au miheu de tant d'agitations, des mesures savamment combinées assuraient l'empire des Communes et le succès de leurs desseins. A l'imitation du covenant écossais, un serment d'union, pour la défense de la religion protestante et des libertés publiques, fut adopté par les deux Chambres; les Communes voulurent même l'imposer à tous

« Ls 3 mai 1641. ParhamHist., t. II, col. 776

1 Le 11 mai 1641. Ibid., col. 788-789.

• Le 5 mai 1641 .

» Parliam. HVsf., t. II. coi, 783-788.

les citnycns ; et sur le refus des Lords^ elles déclarèrent quicon(|uc s'y refuserait incapable de toute fonction dans l'Église et dans l'État*. Enfin, pour mettre l'avenir à l'abri de tout péril, un bill fut proposé, portant que ce Parlement ne pourrait être dissous sans son propre aveu ^ A peine une mesure si hardie excitat-elle quelque surprise; la nécessité de donner une garantie aux emprunts devenus, dit-on, plus difficiles, servit de prétexte; l'emportement universel étouffa toute objection. Les Lords essayèrent d'amender le bill, mais en vain : la Chambre haute était vaincue; les juges offrirent à sa faiblesse la sanction de leur lâcheté; ils déclarèrent qu'aux termes des lois les crimes de Strafford constituaient vraiment la haute trahison'. Le bill d'attainder fut soumis à un dernier débat; trente-quatre des lords qui avaient assisté au procès s'absentèrent delà Chambre; parmi les présents, vingtsix votèrent pour le bill, dix-neuf contre *; il n'y manqua plus que l'adhésion du Roi.

Charles se débattait encore, se croyant incapable d'accepter un tel déshonneur. Il fît venir Hollis, beaufrère de Strafford, et qui, à ce titre, était demeuré étranger à l'accusation, a Que peut-on faire pour le sauver? » lui demanda-t-il avec angoisse. Ilolhs fut d'avis

1 Pari, fl., t. II col. 778.— Neal.fl'Mt, ofthePurit..t. II, p. 382. h «Le 7 mai 1641. Clarendon, Ilist. of the rehrlL, t. II, p. 161.

H — Whitelocke, p. 43.— Parham. Ilist.. t. II, col. 786-787.

3 Parliam. Hist., t. II. col. 737.

» Le 7 mai 1G41. Parliam. Hisl., t. Il, col. 737.

que Strafford sollicitât du Roi un sursis, et que le Roi allât en personne présenter sa pétition aux Chambres, en leur adressant un discours qu'il rédigea lui-même sur-le-champ; en même temps, il promit de tout faire pour décider ses amis à se contenter du bannissement du comte : tout ainsi convenu, ils se séparèrent. Déjà, dit-on, les démarches de Hollis dans la Chambre avaient obtenu quelque succès; mais la Reine, épouvantée des émeutes chaque jour plus vives, de tout temps ennemie de Strafford, et craignant même, dit-on, d'après les rapports de quelques affidés, qu'il ne se fût engagé, pour sauver sa vie, à révéler tout ce qu'il savait de ses intrigues, vint assiéger son mari de ses soupçons et de ses terreurs * ; son effroi était si grand, qu'elle voulait s'enfuir, s'embarquer, retourner en France, et faisait déjà ses préparatifs de départ *. Troublé des pleurs de sa femme, hors d'état de se résoudre seul, Charles convoqua d'abord un conseil privé, puis les évêques. Le seul évêque de Londres, Juxon, lui conseilla de suivre sa conscience; tous les autres, l'évêque de Lincoln surtout, prélat intrigant, longtemps opposé à la cour, le pressèrent de sacrifier un individu au trône, sa conscience d'homme à sa conscience de Roi ^ Il sortait à

* Burnet, Hist. de mon temps, t. I, p. 62-64, dans ma Collection,

* Voyez la lettre de M. de Montreuil, ministre de France, en date du 23 mai 1641, publiée par M. Mazure, dans son Histoire di la révolution de 1688, t. III, p. 422-428.

* Clarendon, Uist. of the rebell., t. II, p. 154-156. — Me'moiret de Warwick , p. 145.

peine de cette conférence, une lettre de Straffoid lui fut remise* : « Sire, lui écrivait le comte, après un long et « rude combat, j'ai pris la seule résulution qui me con- « vienne; tout intérêt privé doit céder au bonheur de u voire personne sacrée et de l'"État; je vous sui)plie « d'écarter, en acceptant ce bill, l'obstacle qui s'o[)pose « à un heureux accord entre vous et vos sujets. Mon « consentement, sire, vous acquittera plus devant Dieu « que tout ce que pourraient faire les hommes; nul M traitement n'est injuste envers qui veut le subir. Mon « àme, près de s'échapper, pardonne tout et à tous avec « la douceur d'une joie infinie. Je vous demande seule- « ment d'accorder à mon pauvre fils et à ses trois sœurs « autant de bienveillance, ni plus ni moins, qu'en méri- « tera leur malheureux père, selon qu'il paraîtra un a jour coupable ou innocenta »

Le lendemain, le secrétaire d'État Carlton vint, de la part du Roi, annoncer a Stratîord qu'il avait consenti au bill fatal '\ Quelque surprise [)arut dans les reyards du comte, et pour toute réponse, il leva les mains au ciel, disant: vi Nolitc coiijidere principibus cl filiis hominum, « quia non est salus in illis *. »

Au lieu d'aller en personne, comme il l'avait promis à HoUis, demander aux Cliambres un sursis, le Roi se conieula de leur envoyer ^ pai" le [irince de Galles, une

* Le 9 mai 1G41.

« S taie-Trials, t. III, col. 151C-1517. » Le 10 mai 1641.

* Whilelocke, p. 44.

« Le 11 mai 1G41.

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