EXÉCUTION DE STRAFFORD
lettre qui tinissait par ce post-scriplum : « S'il doit n»ou- « rir, ce serait une charité de lui laisser jusqu'à sa- « medi. » Les Chambres la relurent deux fois, et, sans tenir compte de cette froide prière, fixèrent Texécution du lendemain *.
Le gouverneur de la Tour, chargé d'accompagner Strafford -, l'engagea à prendre une voiture pour échapper aux violences du peuple : « Non, monsieur, lui dit a le comte; je sais regarder la mort en face, et le peuple a aussi. Que je ne m'échappe point, cela vous suffit; « quant à moi, que je meure parla main du bourreau ou « par la furie de ces gens-là, si cela peut leur plaire, rien a ne m'est plus indifférent. » Et il sortit à pied, précédant les gardes et promenant de tous côtés ses regards, comme s'il eût marché à la tête de ses soldais. En passant devant la prison de Laud, il s'arrêta ; la veille, il l'avait fait prier de se trouver à la fenêtre et de le bénir au moment de son passage : « Milord, dit-il en élevant « la tête, votre bénédiction et vos prières ! » L'arche- « vêque étendit les bras vers lui ; mais d'un cœur moins « ferme et affaibli par l'âge, il tomba évanoui. « Adieu, « milord, dit Strafford en s'éloignant ; que Dieu pro- 0 tége votre innocence ! » Arrivé au pied de l'échafaud, il y monta sur-le-champ, suivi de son frère, des ministres de l'Église et de plusieurs de ses amis, s'agenouilla un moment, puis se relevant pour parler au
i Parliam. Hist., t. II, col. 760»
• Le 12 mai 1641.