ÉTAT DES PARTIS
Troublée de cette impression, la Chambre des Communes fit tous ses efforts pour la comprimer; rien n'irrite plus des vainqueurs que de voir qu'un ennemi mort soit encore un danger. M. Taylor ayant dit, dans un entretien particulier, qu'on avait commis un meurtre avec le glaive de la justice, il fut envoyé à la Tour, exclu de la Chambre et déclaré incapable d'y rentrer *. Lord Digby avait publié son discours contre le bill d'atlaindcr; la Chambre en interdit la circulation et le fit brûler par la main du bourreau ^ Jamais sa force n'avait paru si grande ni mieux affermie; le Roi, en consentant à la mort du comte, avait aussi adopté, presque sans y regarder, le biil qui le privait du droit de dissoudre le Parlement sans son aveu. Cependant la sécurité manquait aux Communes, et plus leur pouvoir croissait, plus elles se sentaient poussées vers la tyrannie. Le Roi, en leur livrant Strafford,, s'était décrié à leurs yeux sans les rassurer, et l'inimitié, plus profonde, redoublait la méfiance. Un parti royaliste, autre que celui de la cour, commençait à se former dans leur sein. Pym, Hampden, Hollis, se voyaient contraints de s'allier chaque jour plus étroitement avec les sectaires; et cette alliance déplaisait, même à de chauds amis de la liberté : « A quoi bon, disait-on, embarrasser la ré- « forme pohtique de questions douteuses? En matière « de culte et de discipline, les esprits sont divisés;
» Le 27 mai 1G41. Parliam. Hkl., t. II, col. 815, » Le 13 juillet 1641. Ihid., col. 754-882.
DANS LE PARLEMENT. I&j
« contre le pouvoir absolu, l'Angleterre est unanime « c'est le seul ennemi qu'il faille poursuivre sans « j)itié *. » Quelquefois ce conseil prévalait, et la Chambre, reprenant l'examen des griefs, retrouvait son unanimité. L'abolition de la Chambre étoilée, de la cour du Nord, de la cour de haute commission, do toutes les juridictions arbitraires, fut définitivement prononcée, et le Roi y consentit après deux jours d "hésitation -, La réforme pohtique, telle du moins qu'on l'avait dabord souhaitée et conçue, semblait accomplie; mais que servait de l'avoir écrite dans des statuts, si la garde en était soudain remise à ses ennemis? Les hésitations du Roi, les bruits de complots, les défections aperçues ou pressenties dans l'armée et le Parlement réveillaient toutes les alarmes; en perdant le pouvoir, les chefs des Communes s'estimaient perdus, eux et leur cause : pour le retenir, l'appui du peuple était nécessaire; et le peuple, dévoué aux presbytériens, réclamait à son tour sa part du triomphe. Toutes les motions contre lÉglise reparaissaient alors; les Écossais commençaient même à solliciter ouvertement l'uniforniitô du culte des deux nations. Ces tentatives échouaient encore; et leur mauvais succès, l'embarras que jetaient dans les Chambres tant de passions et de desseins encor*^ mal unis, donnaient à leurs démarches une apparence d'incertitude et de fatigue dont quelcpies-uns se promct-
* May, HUt. du Long Pari., t. I, p. 223-227, dans ma CoUeclijn,
• Le 5 juillet 1641. Parliam. UUl., t. II, col. 853-855.