‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 84 sur 144 · INSURRECTION CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

INSURRECTION CATHOLIQUE

Au milieu de cette sourde agitation arriva tout à coup* la nouvelle qu'un insurrection aussi générale que violente couvrait l'Irlande de massacres, et menaçait du plus imminent danger la religion protestante et le Parlement. Les catholiques irlandais, chefs et peuple, s'étaient partout soulevés, réclamant la liberté de leur foi, de leur patrie, invoquant le nom de la Reine, du Roi même, déployant une commission qu'ils avaient , disaient-ils , reçue de lui, et annonçant le projet de se déUvrer, eux et le trône, des puritains anglais, leurs communs oppresseurs. La conspiration, depuis longtemps ourdie dans tout le royaume, n'avait été trahie que par hasard, à Dublin seulement, la veille '' du jour où elle devait éclater ; et à peine avait-on eu le temps d'en préserver le chef-heu du gouvernement. Ailleurs son explosion n'avait rencontré presque aucun obstacle; partout les protestants d'Irlande, attaqués à l'improviste, étaient chassés de leurs biens, poursuivis, égorgés, en proie à tous les périls, à tous les supplices que la haine rehgieuse et patriotique peut inventer contre des hérétiques, des étrangers et des tyrans. On faisait, de leur détresse, d'horribles et lamentables récits; on parlait de morts innombrables, de souffrances inouïes; et le mal était en effet si grand qu'on pouvait l'exagérer, au gré de ses craintes ou de ses vues, sans choquer la vraisemblance ni lasser la crédulité \ Un peuple à dem.i sau-

1 Le 1" novembre 1G41.

• Le 22 octobre 1641.

• May {H'st, du Long Pari., t. I, p. 23(;-250, dans ma CoJÏ«dton)

EN IRLANDE (octobre 1641). 301

vagc et passionné pour sa barbarie, que ses oppresseurs lui reprocbaient en rempccbant d'en sortir, avait saisi avec transport l'espoir de délivrance que lui offraient leurs dissensions. Pressé de venger en un jour des siècles d'outrage et de malheur, il commettait avec joie et orgueil des excès qui frappaient ses anciens maîtres dborrcur et d'effroi. Tout moyen de lui résister manquait aux autorités anglaises ; en haine de StrafTord et de la couronne, préoccupé du seul dessein de fonder en Angleterre la liberté, le Parlement avait oubhé qu'en Irlande il voulait maintenir la tyrannie. Le trésor avait été épuisé, la loi martiale abohe, l'armée réduite à un faible corps, le pouvoir royal désarmé. On avait même, contre le vœu du Roi, interdit aux Irlandais licenciés de passer à un service étranger * ; ils s'étaient réi)andus dans le pays, et prêtaient leur force à l'insurrection.

porte à deux cent mille le nombre des protestants massacrés; Clarendon le réduit à quarante ou cinquante mille {Uist. ofthe rebell., t. II, p. 227). Il est probable, d'après la correspondance môme des juges qui administraient alors l'Irlande, et l'enquête qui fut faite à ce sujet en 1644, que ce dernier nombre est encore exagcré. Cependant cette enquête, que M. Lingard {Hist. of Engïand, t. X, note A, p. 463-469) regarde comme décisive, ne mérite aucune confiance ; elle fut faite, non-seulement trois ans après l'explosion, mais à une époque où le parti royaliste doa.inait absolument en Irlande et venait de faire la paix avec les catholiques ; elle eut évidemment pour objet d'atténuer, autant qu'on le pourrait, les excès des insurgés, les souffrances des protestants, et d'excuser ainsi l'alliance que le Roi était sur le point de contracter.

» Rushworth, part. III, t. I , p. 381. — Clarendon . Ilut. of tht rtbell., t. II, p. 1%.

Page 1