‹ Histoire de Charles Ier (volume 2)Chapitre 85 sur 144 · INSURRECTION CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

INSURRECTION CATHOLIQUE

Enfin, quoique le comte de Leicester eût été nommé pour succédera StrafTord, aucun nouveau vice-roi ne résidait encore en Irlande ; et les affaires y étaient confiées à deux juges * sans capacité, sans crédit, que leur zèle presbytérien avait seul fait investir de ce difficile emploi. Un cri d'épouvante et de fureur contre le papisme s'éleva dans toute l'Angleterre ; tout protestant se crul en danger. Le Roi, qui avait reçu en Ecosse les mêmes nouvelles, se hâta d'en informer les Cliambres, annonçant quelques mesures qu'avec le secours des Écossais il avait déjà prises pour réprimer la révolte, et remettant d'ailleurs toute l'affaire aux soins du Parlement •. Charles était étranger à l'insurrection, et la prétendue commission que produisait sir Phehm O'neil n'était qu'une grossière imposture ; mais sa haine connue pour les puritains, la confiance qu'il avait plus d'une fois témoignée aux catholiques, les intrigues que depuis trois mois il entretenait en Irlande pour s'y ménager au besoin des places fortes et des soldats ^ , enfin les promesses de la Reine avaient persuadé aux Irlandais qu'ils pouvaient, sans craindre un désaveu sincère, se préva-

1 Sir William Parsons et sir John Borlase.

• Clarendon, Hist. of the rebell., t. II, p. 229.

s Carte, Life of Ormond, t. I, p. 132; t. III, p. 30-33.— Clareodorij State-paperSj t. II, p. 337. — Antrim's information^ dans l'appendice à VHistory of the Irish relellion de Clarendon. Le témoignage d'Antrim, surtout quant au détail des faits, ne mérite paa cependant, à mun avis, la confiance que lui accordent MM. Lingard [Hist. of Engl., t. X , p. 150-154) et Godwin [Wst. of the commonviealth, t. I, p. 220-225),

EN IRLANDE (octobre 1641). 303

loir de son nom. L'Irlande une fois soulevée, Charlos ee flatta qu'un si grand péril rendrait le Parlement plus traitable ; et sans soutenir les rebelles, sans méditer avec eux une prochaine alliance, il ne fut point, comme son peuple, saisi de colère et defl'roi à leur soulèvement, ne s'empressa point de les écraser, et livra aux Chambres cette affaire pour en rejeter sur elles toutes les chances, pour écarter tout soupçon de complicité, peut-être aussi pour se décharger, aux yeux de ses sujets calliolicpies, de la responsabiUté des rigueurs ({u'ils auraient à subir.

Mais toute finesse échoue contre les passions d'un peuple, et qui ne veut pas les servir ne saurait les tromper. Plus habiles et mieux placés, les chefs des Communes ne songèrent qu'à les exploiter à leur profit. Leurs inquiétudes s'évanouirent, car le peuple anglais se croyait tombé dans un péril analogue au leur. Promjjts à se saisir du pouvoir que leur offrait le Roi, malgré le faste de leurs déclarations et la violence de leurs menaces, le soin d'étouffer la révolte les occupa peu; les secours de troupes et d'argent envoyés en Irlande furent faibles, lents, mal concertés : à TAnglelerre seule s'adressèrent tous leurs discours, tous leurs actes, et par une démarche aussi décisive qu'inattendue, ils résolurent de l'engager sans retour.

Peu après l'ouverture du Parlement, un comilé avail été chargé de préparer une remontrance gcuérale où seraient exposés tous les griefs du royaume eties moyens de les redresser. Mais la réforme avait été si rapide qu'on ivait ncghgé de donner tant de solennité à la plainte;

Page 1